12ème Festival du Film Asiatique de Deauville 2/2

[ 5 ] 20/03/2010 |

PAJU
Corée du Sud
Park Chan-Ok

On pénètre dans l’univers asiatique en Corée du Sud – les yeux brillants et encore gonflés après notre folle course matinale pour attraper la correspondance. Et c’est Paju, bourgade reculée et imprégnée d’histoires mystérieuses, qui nous projettera dans une création à l’atmosphère quiète mais aux mœurs agités.

PCO s’est attelée à un travail minutieux de montage qui brave les lois de la linéarité – ce qui semble l’inquiéter puisqu’à la présentation de son film en début de séance, elle nous met en garde de ne pas confondre les 2 sœurs (« …celle du début n’est pas celle de la fin. Car vous, les Européens, avez une tendance à confondre les asiatiques ! ». Rires dans la salle…). La vie de la belle Eun-mo est transposée à l’écran ou plutôt assemblée autour d’un drame qui a l’air de vouloir congédier la réalisation d’un puzzle fragmenté. Après un voyage en Inde de 3 ans, Eun-mo retrouve son beau-frère, seul, sa sœur ayant péri accidentellement. S’ensuit sous fond de drame social, révolutionnaire et amoureux, une introspection difficile mais évidente de chacun des personnages.

Si certains pourraient reprocher à la fable une langueur singulière, on ne pourra que saluer cette composition coréenne qui nous profile l’intelligence d’une construction inventive, intimiste et sage. Heureux de voir qu’il a été récompensé par le Lotus du Jury.

JUDGE
Chine
Liu Jie

Le jeune Qiuwu erre lamentablement dans le couloir de la mort… condamné pour avoir volé 2 voitures représentant un montant de plus de 30 000 yuans (condition sine qua non pour appliquer la peine de mort). Le juge expérimenté, respecté et redouté, a délibéré dans un professionnalisme froid et indéfectible alors que la loi chinoise semble sur le point d’être révisée…

Une thématique captivante et d’actualité à travers l’Empire du Milieu inébranlable, souverain et fier. Celle d’un système n’obéissant qu’à des règles intransgressibles régissant la vie pourtant si hétéroclite et singulière. Le message habile et intelligent nous parvient teinté d’optimisme et d’humanité. Une métaphore véritablement touchante à travers de petits épisodes burlesques (on pensera à la « carte de séjour canine » payante obligatoire autorisant à avoir un chien).

Liu Jie met en scène son talent authentique à travers un personnage bourru et attachant sous fond d’autoritarisme glacial. Lotus du Meilleur Film… et mérité !

BAD BLOOD
HK
Denis S.Y. Law

Le seul film Action Asia qu’on a vu… parmi une maigre sélection pas forcément attractive. Hong-Kong, Triade, faux monnayage, succession – enrôlé par le fameux Simon Yam et d’autres gueules bien de HK : que du bon présage !

Couleurs un peu délavées, course poursuite et exécution du GodFather – une bonne entrée en matière qui se confirme avec les premières chorégraphies dignes d’un bon Jackie Chan (rapide, efficace et maîtrisé : on saluera la 1ère scène avec la muette). Malheureusement, le scénario prend une tournure faisandée navrante… ça en devient rapidement irritant voire insupportable et grotesque. Quant au final… larmoyant d’abomination ! On passe, déçus.

MY DAUGHTER
Malaisie
Charlotte Lim Lay Kuen

Récompensé par le prix International de la Critique cette année, My Daughter avait déjà fait des émules puisque ce n’est pas le premier festival qui l’accueille. Un objet difficilement identifiable pour moi… Si la photographie est colorée d’esthétisme, le rythme nous noie et nous perd, peinés par un encéphalogramme plat.

Faye a 18 ans et est élevée par sa mère qui arpente les sillons de sa vie de femme sans construire de réel avenir (ou sans pouvoir le faire). S’exprime ici leur relation mère-fille complexe et parfois paradoxale à travers un minimalisme (trop) décourageant. Les dialogues sont quasi inexistants et la chaleur qui transparaît finit de nous achever. Certains parlaient d’une influence Wong Kar-Wai… outre le charme indéniable de l’actrice Lai Fooi Mun, pas de fascination suffisamment énergique qui m’aurait permis d’entrer dans l’univers clos et sinueux de Faye

THE KING OF JAIL BREAKERS
Japon
Itao Itsuji

Le titre évocateur situe le film et son scénario simpliste de prime abord : Suzuki (interprété par le réalisateur lui-même) est un roi de l’escapade et aucune prison ne lui résiste. Le geôlier Kanemura (incarné par l’acteur frénétique Kunimura JunAudition, Kill Bill, Ichi The Killer) s’intéresse à cet homme au dessein étrangement itératif… pourquoi sa fuite est systématiquement avortée sur la voie ferrée ?

Petit film au sarcasme dérisoire qui aura suscité un grand coup de cœur de notre part – dommage qu’il n’ait  pas été salué par le jury. On vit à travers ce personnage sombre, impénétrable et morne un univers carcéral piètre habité par des matons sots – un portrait satirique cocasse (on reconnaîtra le culte Kiyoshi Yamazaki (le père dans Visitor Q) en cerbère exalté de l’Ile de l’ultime sentence) . On a craint un dénouement fragile et expédié… et on en est sorti ébahi de stupéfaction satinée. Belle surprise !

AU REVOIR TAPEI
Taiwan
Arvin Chen

6 films, 6 pays…Il nous restait l’Ile de Taiwan à explorer. Halte effectuée à la capitale avec ce Au revoir Taipei. Kai a décidé de s’envoler pour Paris récupérer sa copine. Il accepte de livrer un mystérieux paquet du mafieux Frère Bao qui, en contrepartie, financera son billet d’avion pour la France. Paquet qui suscite l’intérêt malsain d’autres petits gangsters (colorés)…

Dans un registre léger opportun, ce film n’aura pas volé son Lotus du Jury ex-æquo avec Paju. On s’exalte à découvrir un burlesque azimuté aux personnages truculents. Si le scénario ne s’encombre pas de méandres surfaits, les acteurs enjolivés nous soignent notre libido niaise du sourire hébété et abruti. Spéciale mention au pote de Kai… transpirant la sincérité naïve et la balourdise innée – belle prestation !

Un divertissement abouti inéluctable pour se persuader d’arrêter notre voyage asiatique ici…

- C. -


Categorie: Cinéma, Critiques Films

Commentaires (5)

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  1. avatar Benedicte dit :

    Merci, merci pour ce beau tour d’horizon. On a une bonne idée des films qui vous ont plu et d’autres moins.
    J’imagine qu’ils étaient tous sous-titrés en français.
    Aviez-vous, dans le public, beaucoup d’asiatiques ?
    C’est aussi l’ouverture sur l’Est, qui n’est pas naturelle encore, pour beaucoup d’entre nous.
    Par les films, on apprend beaucoup sur la culture d’un peuple.
    Merci de nous faire partager vos découvertes.

  2. avatar C. dit :

    La Béné – toujours là pour faire honneur. Thxxx for your support !

    Oui fort heureusement tout était sous-titré en français (ça reste un festival local pour du français – donc pas de sous-titrage en anglais comme dans le Zinemaldi).

    Oui pas mal d’asiatiques dans les coulisses du festival – mais sont plutôt minoritaires (souvent les équipes des films présentés).

    Quant au côté culturel – tu ne crois pas si bien dire… le cinéma est une mine enrichissante et tellement particulière d’un pays à l’autre !!

  3. avatar E. dit :

    Superbe billet, comme chaque année maintenant ! J’ai ri avec PCO et sa vision des jaunes vus par les européens, la bouse d’Asian Action, l’encéphalogramme plat irritant, mais aussi le coup de coeur aux nombreuses références d’acteurs : THE KING OF JAIL BREAKERS donne vraiment envie d’être vu. Tout comme le taï qui pourrait bien me plaire !!

    Un grand bravo à notre maître du cinéma Asiatique.

  4. avatar Lore dit :

    Merci beaucoup pour ces articles!! Ça me fait plaisir de lire tout ça, car tous les films me viennent encore à la tête!!
    Certains qu’on a très bien aimé, d’autres qu’heureusement qu’on n’a pas regardé après dejeuner, parce qu’on serait tombés tous les deux de la chaisse endormis, d’autres qu’après les avoir vu on a envi de faire un kamehameka a quelqu’un dans la rue en sortant de la salle… finalement, que du bonheur!
    Petit à petit tu m’as mis dans ce cinéma asiatique que maintenant j’aime autant et ce festival que j’espère qu’on continuera à visiter chaque année!!
    Merci encore!

  5. avatar C. dit :

    Z’êtes gentils les gens… suite en 2011 !!

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