1980 – Une pièce de Pina Bausch, à Paris

Théâtre de la Ville jusqu’au 4 mai 2012
Le Théâtre de la Ville poursuit son hommage à la grande Pina Bausch et accueille sa compagnie le Tanztheater Wuppertal pour une reprise de 1980 (Ein Stück von Pina Bausch), pièce charnière dans l’œuvre de la chorégraphe qui venait de perdre son compagnon Rolf Borzik. Sous la forme de tableaux surréalistes, Pina Bausch – entre saynètes décalées, prises de parole parodiques, envolées gestuelles – donne corps à son théâtre de brides comme autant d’éclats de l’être : radicalement et intensément Pina.
Sur scène, une pelouse naturelle au parfum d’herbe coupée où une biche s’est immortalisée pour veiller au destin commun d’hommes et de femmes habillés sur leur 31, invités à une garden party aussi improbable que ravageuse. Où les souvenirs d’enfance remontent à la surface des corps et bousculent les rituels sociaux, les jeux de séductions et font tomber les masques.

Colin-maillard, rondes ou jeux de cache-cache : des jeux à jouer, et parfois à jouer à se faire peur. Avec ces refoulements, ces obsessions qui inscrivent nos terreurs d’adulte dans nos peurs enfantines. Le pré est un abîme mais c’est l’homme avant tout comme animal émotionnel que traque la chorégraphe.
Drôlerie extrême et émotion au firmament avec cette séquence subtile où chaque danseur vient définir en trois mots son pays d’origine.

Dans ce happening de pas moins de 3h35, pas de ligne narrative, mais une exploration humaine profonde et paradoxale sous forme d’un kaléidoscope comportemental qui rend compte du décalage entre la profondeur des émotions et l’hypocrisie des conventions qui en polissent l’expression.
Et toujours cette virtuosité collective absolue qui se déploie naturellement dans l’espace en un ballet de nationalités, de gestes, de silences, d’attitudes, de mouvements avortés aussitôt esquissés et répétés dans leur élan suspendu. Là où les rôles s’évanouissent aussitôt apparus et les situations se réitèrent sans qu’une histoire ne naisse.

Sur la plateau l’incommunicabilité des danseurs-acteurs atteint son comble : on s’esquive, on se déchire, on se renie et on s’isole.
Puis, une femme danse seule, à l’écart des autres. Face à elle, un groupe d’individus est venu prendre congé dans un cérémonial compassé qui renvoie à l’épreuve du deuil et à son indicible souffrance où seul le silence fait sens.
Grondement des sentiments aux prises avec le jeu social et que le langage des corps intègre dans toute son humanité…
-Amaury Jacquet-

Categorie: Spectacles/Théâtre









