2 Days In New York, un film de Julie Delpy

[ 0 ] 31/03/2012 |

Sortie le 28 mars 2012

Julie Delpy, française de souche et américaine d’adoption, nous prouve encore une fois dans son cinéma que le clash des cultures est, au delà du problématique, humoristique. Loin d’en être à sa première réalisation (Looking For Jimmy, La Comtesse, le Skylab), Delpy signe ici la suite indirecte de l’excellent 2 Days in Paris (qu’elle avait réalisé en 2007). Difficile de concurrencer avec cette première comédie réussie, d’autant plus que sa force tenait pour beaucoup de Jack (Adam Goldberg), le petit-ami américain et joyeusement cynique de Marion, absent du second film. Julie Delpy offre une nouvelle vie à son personnage, transpose son univers outre-Atlantique, ce qui n’est pas sans conséquences sur la matière et la forme même du film. Désormais mère, Marion s’est trouvé  un nouveau fiancé, Mingus (Chris Rock, ici plus éloigné de son image de comique sans tabous véhiculée par ses stand-up) et en tant que photographe prépare son exposition. Pour l’occasion, sa famille lui rend visite. L’histoire tient donc en trois lignes, et c’est pourtant de ce peu que la réalisatrice va tisser une savante succession de séquences drolatiques.

Ce film serait comme « la rencontre d’un Feydeau et du Père Noël est une ordure ». Cette combinaison se révèle habile, entre comédie de boulevard, petit théâtre des familles (portes qui claquent et quiproquos, tourbillon incessant des personnages) ; et une autre facette plus grivoise et décomplexée mais jamais vulgaire (les corps même les plus imposants ne sont pas grossiers, ils sont vrais, et la sexualité est un moteur essentiel entre abondance et frustration). Au-delà de la confrontation franco/américaine et de l’utilisation de ses clichés (on pense au père de Marion qui en bon épicurien transporte clandestinement du saucisson, ou encore à Mingus qui en tant que noir américain est pro-Obama) ; c’est surtout la rencontre avec la belle-famille qui est brillamment traitée. La famille (ici recomposée) est un joyeux bordel où chaque membre a ses petites névroses (la soeur nymphomane, l’ex qui se cherche une identité etc) et où chacun tente de trouver sa place. Et c’est bien souvent entouré de nos proches que nos défauts se révèlent.

Ni trop, ni pas assez, 2 Days in New York sonne juste et cela même par la force de Julie Delpy qui n’hésite pas à puiser dans sa vie pour transposer ses anecdotes et à travailler l’image qu’elle et sa (réelle) famille intello-excentrique, soixante-huitarde, peut donner.
A l’image de sa réalisatrice/actrice, 2 Days in New York est une comédie expansive, intelligente et construite entre l’indé et le populaire. Malgré quelques faiblesses par rapport au premier, Julie Delpy gagne son pari. Alors, à quand un troisième ?

Mégane Mahieu


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