Andrée Putman, ambassadrice du style – Hôtel de Ville de Paris.

[ 6 ] 13/11/2010 |

Jusqu’au 26 février, l’Hôtel de Ville de Paris propose une rétrospective du travail d’Andrée Putman, architecte d’intérieur de 85 ans souvent considérée comme « l’ambassadrice » du design français sur la scène internationale. Si quelques objets attisent la curiosité et la fascination, dont le splendide Piano de gala Voie lactée, un demi-queue orné d’une constellation sous le couvercle, la plupart des pièces et éléments présentés ici au grand public laissent perplexes. Où est l’originalité ? En quoi l’utilisation excessive d’un motif fait-il d’une artiste l’emblème d’un « style à la française » ?

Piano Voie lactée, 2008 © Marc Abel

La dame de fer du design

Droite et élégante, arborant un carré bien structuré et une touche de rouge à lèvres,  la grande dame semble sévère, impassible. Rien à voir avec l’image utilisée pour l’affiche de l’exposition sur laquelle elle esquisse un sourire sympathique.  Andrée Putman nait en 1925 à Paris dans une famille bourgeoise et passe son enfance entre son appartement du VIe arrondissement et l’abbaye de Fontenay. A l’image de son look très chic et épuré à l’extrême, ses décors d’intérieur sont d’un naturel simpliste. Et pourtant, son travail a investi des lieux illustres, inconnus du plus grand nombre, des bureaux ministériels aux intérieurs du Concorde en passant par les décors de grands hôtels à New York, Cologne ou au Japon.

Des hôtels New Yorkais aux cabines du Concorde

Andrée Putman doit une part de notoriété à la grosse pomme. C’est à New York qu’elle se fait remarquer en réalisant le décor de l’hôtel Morgans situé sur Madison Avenue. Son « œuvre » phare, reproduite dans la salle d’exposition, est une salle de bain entièrement en damier de grès cérame (un matériau substituant le marbre, trop onéreux). L’artiste est célébrée en long et en large pour cette alternance régulière de carrés noirs et blancs, soit disant sa marque de fabrique et la signature originale d’une artiste hors pair. Cela étant, le rendu donne la migraine.

Salle de bain de l’hôtel Morgans, 1984.

Quant à la table conçue pour le bureau du Ministère de la Culture, « conciliant autorité et douceur par une forme simple et accueillante » selon le cartel de l’exposition, autant dire que Jack Lang aurait tout aussi bien trouvé son bonheur chez un géant du mobilier suédois, et à prix moindre.

Un intérieur du Concorde est aussi reproduit dans la salle de l’Hôtel de Ville, l’avion supersonique s’est offert une cure de beauté en 1994. Frise art déco pour le tapis, housses blanches pour les sièges et ambiance tamisée, les cabines du Concorde d’Andrée Putman sont plus chaleureuses en restant modestes et mesurées.

Intérieur du Concorde par Andrée Putman, © Deidi von Schaewen

De la nécessité d’un style français

Qu’est-ce qu’un « style à la française » ? Déjà sous Louis XIV, on cherchait une identité propre à un style d’une symétrie quasi-parfaite en faisant valoir des jardins « à la française ». Tout est question de notoriété, de pouvoir : pour promouvoir son image, il faut faire admettre à autrui une prédominance dans tel ou tel domaine. Avoir son style suggère avoir une identité propre, se démarquer et à plus grande échelle, véhiculer à l’étranger l’image d’une certaine suprématie. De tout temps, l’art s’est mis au service de la politique, et chaque pays s’est plus ou moins forgé une identité culturelle de manière à supplanter l’autre. Il n’y a qu’à voir comment français et toscans se tiraillent Leonard De Vinci (La Joconde n’entre t’elle pas peu à peu dans l’imaginaire commun des français ?). Une chose est sûre, la France n’est pour rien dans le travail d’Andrée Putman. Qu’elle soit née à Paris ou à New-York, l’aisance de son milieu social a été certainement plus favorable à sa carrière que son appartenance à la patrie de Marianne. Alors un design à la française, une ambassadrice du style, n’exagérons rien…

-Charlotte Henry -

Andrée Putman, ambassadrice du style,
Hôtel de Ville de Paris,
Tous les jours sauf dimanche et jours fériés
Jusqu’au 26 février 2011.


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Categorie: Actu Alitée, Art Contemporain, Super Bonus (Ecologique)

Commentaires (6)

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  1. avatar Amaury dit :

    Il ne faut pas réduire l’influence d’Andrée Putman aux quelques objets symboliques qui sont présentés dans cette exposition que j’ai aussi parcourue et rappeler qu’elle a aménagé de nombreux lieux dans une typologie très variée : boutiques, restaurants, hôtels, lieux de soins, appartements privés, etc.
    Elle a réédité le mobilier de designers des années 1930 souvent oublié tels que Jean-Michel Frank, Eileen Gray, Pierre Chareau ou encore Robert Mallet-Stevens, dont la réédition de sa fameuse chaise en fer a un retentissement majeur, encore visible aujourd’hui.
    Andrée Putman, c’est beaucoup de rigueur et d’exigence avec des touches d’humour et de fantaisie. Son style ? Viser l’intemporel selon la définition qu’elle en donne « Il faut que ce soit possiblement inspiré par hier, complètement adapté à aujourd’hui et que cela indique la façon dont ça va évoluer demain. »
    Et le bureau qu’elle a imaginé à la demande de Jack Lang pour le ministère de la culture que l’on peut admirer lors des journées du patrimoine correspond parfaitement à cette définition dans sa forme visionnaire.
    La créatrice aime mêler les époques, les matériaux. Avec deux éléments essentiels: la lumière et l’espace. Noir, blanc, beiges, gris, parfois un bleu Klein: la palette de couleurs restant sobre.

  2. avatar Pawioli dit :

    Soit, pour être sobre, la palette est sobre. Je ne remets pas en cause les influences et compétences d’Andrée Putman, d’ailleurs ma parenthèse sur le « style » ne la vise pas en premier lieu. Je constate simplement qu’on cherche toujours à posséder une identité « à la française », alors qu’il n’y a aucun lien entre une salle de bain noir & blanc et un décor d’intérieur « typiquement » français.

    Et je reste perplexe, le mobilier demeure sobre, mais excepté le piano d’une rare élégance, le reste est fade. Ce n’est que mon avis…

  3. avatar Amaury dit :

    Je peux t’assurer que le bureau de Jack Lang qui est au ministère de la culture n’a rien de fade, ses lignes et ses courbes sont d’une inspiration à la fois personnelle et totalement intemporelle.

  4. avatar Pawioli dit :

    Mouais, je reste sceptique, ses « lignes et ses courbes », un cercle de sycomore scindé en deux, mon imagination n’aurait pas mieux fait.. (je crois qu’on peut débattre longtemps!) Et tu l’auras compris, j’ai énormément de mal avec le mobilier « design », élitiste et parfois si banal..

  5. avatar Amaury dit :

    Le bureau dont je fais état n’a rien de banal ni d’élitiste, c’est une pièce de design unique en son genre que je ne peux que t’inviter à aller admirer et je ne doute pas que ton jugement quelque peu rapide et radical en serait modifié…

  6. avatar Pawioli dit :

    Peut-être le bureau dans sa totalité est-il plus admirable que cette petite table ronde, je n’y manquerai pas aux prochaines journées du patrimoine ! Bien à toi !

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