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Another Year, un film de Mike Leigh

[ 2 ] 02/01/2011 |

Sortie en Salles le 22 décembre 2010

Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, Another Year est un film intimiste d’une ironie mordante où autour d’un couple parfait de sexagénaires se retrouvent des âmes en peine : jubilatoire et profondément juste .

Le cinéaste britannique, Mike Leigh à la fibre sociale, à l’instar de Ken Loach, n’a pas son pareil pour observer d’un regard lucide, avec un détachement ironique, les êtres filmés dans leur vie quotidienne et pointer avec acuité, sur fond de saisons qui se succèdent, la solitude, la vieillesse, le bonheur pour les uns, son inaptitude pour les autres, et la vacuité.

A travers le couple modèle que forment Tom et Gerry et leur insolente harmonie qui montrera cependant des limites à sa bienveillance dans un réflexe d’égoïsme familial, le film, à la tonalité drôle et tendre, se charge progressivement d’une dramaturgie ambiante avec des regards, des malaises pathétiques, et des silences introspectifs d’une gravité palpable.

Elle s’incarne magistralement dans le personnage de Mary (Lesley Manville étonnante), collègue extravertie de Gerry, qui gravite autour du couple où malgré le désastre de sa vie amoureuse, elle s’efforce de donner une image positive, spirituelle et séductrice en s’épanchant tout le temps et buvant trop. Ses failles, d’abord esquissées, se font de plus en plus nettes où la tension de son désespoir, puis son enfermement, crève alors l’écran par des plans qui la resserrent et l’isolent.

Il y a aussi l’ami d’enfance qui cache derrière sa boulimie le ratage complet de sa vie et le frère de Tom, prolétaire taciturne, pour lequel le couple a assisté à l’enterrement expéditif de sa femme ainsi qu’au règlement de compte sordide du fils haïssant son père.

Les acteurs dirigés d’une main de maître sont les pièces maîtresses de ce jeu climatique du printemps à l’hiver, qui cristallise avec finesse l’évolution des protagonistes comme le potager cultivé amoureusement, aux dialogues savoureux et à l’atmosphère comico-dramatique.

Avec une évidence et une justesse inouïes, la caméra scrute la complexité des sentiments et leur ambiguïté. Elle interroge le rapport aux autres, le don de soi et ses limites dans un épilogue incisif où par un plan final glacial qui, après avoir fait le tour de la table des convives, s’immobilise sur Mary crispée comme abandonnée à son triste sort, perdue au milieu de nulle part ou plus exactement au coeur d’une convivialité de complaisance.

Et comme un pied de nez dans un décor trop exemplaire, la condition humaine reprend alors naturellement ses droits, implacable…

-Amaury Jacquet-


Bande Annonce Another Year
envoyé par publikart.


Commentaires (2)

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  1. avatar E. dit :

    J’ai apprécié ce film. Ta critique est très juste. Lesley Manville est assez extraordinaire, alors qu’on croit qu’elle en fait trop, l’instant d’après elle touche par son interprétation si juste de ce personnage désespéré, quasi exaspérant. Un bon petit film (un peu longuet tout de même), qui reste bien en deçà du magnifique « Mensonges et trahisons » du même auteur.

  2. avatar Bénédicte dit :

    Ah, voilà un excellent film !
    Les acteurs sont tous hors-norme, à tel point qu’on a l’impression qu’une caméra s’est introduite dans cette maison et les a filmés à leur insu. L’Humain est au cœur de ce film qui révèle les faiblesses de l’homme mais surtout sa cruauté sévère masquée par une hypocrisie implacable. Le pire est qu’on pourrait penser que ce couple est gentil, bien sous tout rapport. Elle, psychologue, est forcément bonne et à l’écoute des autres… Mike Leigh nous laisse prendre conscience, au fur et à mesure du film, de la dimension dominé-dominant, winner-looser.
    Et même si le personnage de Mary est poussé à l’extrême, il est le pilier du film. On a tous connu une Mary, un jour ou l’autre…

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