Arrive un vagabond, un livre de Robert Goolrick.

[ 1 ] 10/09/2012 |

Publié en juillet 2012 aux Editions Anne Carrière

Traduit de l’anglais par Marie de Prémonville

Robert Goolrick nous livre une histoire qui dès les premières pages nous tient en haleine. On commence à lire et, on ne peut plus s’arrêter. On sent une tension qui ira crescendo tout au long du livre jusqu’à devenir insupportable, déchirante et bouleversante. Insoutenable. Goolrick a un don pour décrire l’horreur la plus inhumaine possible. Chaque mot a sa place, sa signification, son rôle, à la fois poétique, sensuel, passionné et aussi souvent sombre, très sombre.
« Tout souvenir est une fiction ». C’est donc une fiction qui en dit long !
On comprend que cette histoire qui date de 60 ans a été très douloureuse, et même davantage. On la découvre, au fil des pages, mais dès le début du livre, on sait que c’est une tragédie. Et l’auteur fait en sorte que le lecteur ne l’oublie jamais tout au long des trois cents pages ! Mission réussie !
« C’était une ville dans laquelle on n’avait jamais commis aucun crime ». Le ton est donné… Et durant toute notre lecture, on sent qu’il va arriver quelque chose d’inéluctable et que le petit Sam, va être témoin de ce crime annoncé…
Cette ville se trouve en Virginie, là où a grandi l’auteur, région qu’il affectionne tout particulièrement. Il décrit merveilleusement la beauté de cet endroit, ses forêts, ses rivières, ses montagnes. Une région où il fait bon vivre, en harmonie avec la nature. On est en 1948, dans une petite ville où vivent blancs et noirs et les communautés ne se mélangent pas. Jamais, à aucun moment.
Je ne vais nullement dévoiler quoi que ce soit sur ce livre étonnant qui nous tient en haleine de façon incroyable. C’est à la fois poétique, et d’une cruauté terrifiante dans les détails, mais toujours remarquablement écrit.
Cette histoire est d’autant plus troublante qu’elle mêle un petit garçon de 6 ans alors qu’il n’a rien demandé, un petit innocent adoré de tous, et que les conséquences seront terribles pour lui.
On découvre un homme, Charlie, qui arrive au pays avec 2 valises, l’une chargée de vêtements et l’autre remplie de couteaux. Il est boucher… On ne sait rien d’autre de lui. Mais c’est un homme bon qui s’attache à « la bonté de l’âme et du cœur ». Sa vie va basculer un jour sans vraiment comprendre ce qui lui arrive… Les dégâts d’une passion amoureuse… Et Goolrick nous décrit la relation entre Charlie et Sylvan avec beaucoup de pudeur et de sensualité. La suite sera plus noire, mais les mots seront toujours bien choisis pour pointer la complexité de l’homme.
L’auteur nous fait découvrir partiellement les personnages principaux de cette histoire, avec une analyse psychologique qui nous aide à appréhender les réactions des uns et des autres. Et de façon passionnante. On essaie de les comprendre alors que les faits sont complètement aberrants. Je pense surtout à Sylvan qui a eu une vie inimaginable et qui va s’adapter tant bien que mal à sa nouvelle vie dans cette ville. Mais au final, on ne sait pas vraiment qui était cette jeune femme, ce qu’elle ressentait. Et l’auteur nous laisse le choix quant à une éventuelle interprétation. Et c’est ainsi… Sans doute pour mettre l’accent sur le fait que la vie est ainsi…
On retrouve les thèmes chers à Goolrick : l’amour, l’enfance, le Bien, le Mal, la haine, la beauté, la cruauté, le jugement des autres… L’auteur insiste surtout sur les différents traumatismes subis par le jeune Sam qui est pourtant adoré par ses proches. Mais c’est un enfant et un enfant ne sait pas et ne peut pas faire la différence entre le bien et le mal puisqu’il ne connaît pas. Par essence, un enfant fait confiance à l’adulte qui est en face de lui. Et voilà le danger de l’enfance : il est à la merci des adultes. Et c’est de là que vient sa douleur. Au lieu de le protéger, l’enfant va être détruit par les adultes. De façon totalement différente de Féroces, mais le résultat ne sera-t-il pas quasiment identique ? Même si vous n’avez pas lu son deuxième roman, Féroces, vous sentirez l’extrême sensibilité de l’auteur sur ce sujet délicat de l’enfance, pure et innocente, et donc a priori forcément heureuse. Mais cette enfance peut être ravagée par le monde adulte où chaque adulte a sa part de responsabilités. Le mal sur l’enfant est alors irréversible…

C’est seulement dans les toutes dernières pages du livre qu’on découvre l’horreur annoncée dès le début du livre.
Alors, un seul conseil : prévoyez du temps pour pouvoir lire ce roman d’une seule traite ou presque !
Un roman que nous ne sommes pas prêts d’oublier ! Un vrai chef d’œuvre.

Bénédicte

Robert Goolrick


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Categorie: Littérature

Commentaires (1)

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  1. avatar C. dit :

    Tes impressions paraissent palpables. On a l’impression que tu t’es engouffrée dans le livre et que, pour en sortir (outre le fait de terminer le livre d’une traite !), il t’a fallu retranscrire immédiatement ton ressenti sur P’A !

    Décidément, un auteur qui marque… probablement son histoire qui doit lui donner cette force de transcender le sentiment à travers l’écriture.

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