Automne et Hiver de Lars Norén mise en scène d’Agnès Renaud, à Avignon

[ 0 ] 07/07/2012 |

Collège de la Salle / Théâtre du Préau
Du 7 au 28 juillet 2012 -13h40
Place Pasteur
84000 Avignon

Lars Norén est un des dramaturges suédois les plus radicaux de la seconde moitié du XXè siècle. Considéré comme le digne successeur de Strindberg ou Bergman, il ne cesse de creuser au cœur des angoisses existentielles et familiales pour en découvrir les fonctionnements. Il écrit Automne et Hiver en 1987, un huis clos familial décapant où le temps d’un dîner, la mémoire familiale s’exhorte et se confronte à ses démons traumatiques dont la mise en scène aiguisée d’Agnès Renaud traque sans relâche la spirale démoniaque.

Autour de la table, il y a les parents installés dans un confort bourgeois, et les deux soeurs que tout oppose. Ewa à la réussite sociale exemplaire, calquée sur celle de ses parents, tandis qu’Ann, écorchée vive, galère avec un petit boulot pour élever seule son fils et fait résolument tâche. C’est elle avec son mal-être et sa provocation invective qui va faire tomber les apparences, révéler la vérité étouffée des uns et des autres dans une mise à nu accusatrice, jusqu’au-boutiste et dévastatrice.
« Ne pourrait-on pas continuer à garder le silence vingt-ans de plus » ? s’exclame, ahuri, le père. Impossible ce soir là car chacun va devoir enfin se mettre à table.

De ce père absent, Henrik, le taiseux, on apprend qu’il n’a jamais pu choisir entre l’amour castrateur de sa mère et celui de sa femme, noyant dans l’alcool cet impossible choix. Margareta, la mère dominatrice, bavarde et autiste aux manques de sa tribu, avoue avoir aimer un autre homme qu’elle n’a pas su rejoindre tandis qu’Ewa déballe son anorexie adolescente, la fin de son couple et son incapacité à enfanter.

L’écriture féroce et incisive de Lars Norén dévoile autant qu’elle ne dissimule. Elle cristallise par delà la crise familiale explosive les rapports de force qui traversent nos sociétés entre dominants et dominés avec la place du groupe et de l’individu, son éducation, sa liberté, son libre arbitre ? son dévoiement entre mensonge, rivalité et exclusion.

Le dispositif scénique se concentre judicieusement sur la table métallique qui, portée sur des roulettes, se théâtralise. Elle se fait le catalyseur, sous différents angles, des humeurs, des rires, des pleurs, des paroles, des silences, des convenances édictées, bafouées, du jeu de soumissions et de dominations des protagonistes.

La proximité établie entre la scène et le public, en réduisant la frontière entre les spectateurs et les acteurs, fait ressentir au plus près la mise en abîme qui se joue où chacun des personnages est à la fois victime et bourreau.

Grâce à une mise en scène rythmée et au cordeau, le jeu s’imprègne efficacement de la progression dramatique et déconstruite de la langue du dramaturge servi par quatre comédiens de haut vol : Christine Combe, Virginie Deville, Patrick Larzille et Sophie Torresi.

Un théâtre de cri et de douleurs où l’écho du renoncement nous habite longtemps…

-Amaury Jacquet-


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Categorie: Spectacles/Théâtre

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