Les aventures de Tchitchikov ou les Âmes Mortes au Théâtre du Grütli à Genève

Les aventures de Tchitchikov ou les Âmes Mortes
Les aventures de Tchitchikov ou les Âmes Mortes, Théâtre du Grütli, Mise en scène de Frédéric Polier

Les aventures de Tchitchikov ou les Âmes Mortes au Théâtre du Grütli à Genève

Frédéric Polier adapte le chef d’oeuvre de Nikolaï Gogol Les Âmes Mortes dans une mise en scène foisonnante. Pour sa quatrième saison à la tête de l’institution genevoise, le metteur en scène, comédien et musicien lâche les chevaux et ose l’exubérance. Une galerie de personnages hauts en couleur s’anime avec truculence pour un moment de théâtre total en ligne avec la tradition russe et rehaussée d’un zest de folie douce. Une pièce à découvrir absolument!

Une faille administrative

Les Âmes Mortes est un ouvrage délibérément satirique publié en 1842 par un des plus grands auteurs russes, le bien nommé Nikolaï Gogol. Si l’auteur à succès connut une fin tragique en se laissant mourir de faim, l’ouvrage d’abord intitulé Les aventures de Tchitchikov a contribué à faire rentrer son auteur dans la postérité. L’ouvrage conte les aventures d’un escroc à la petite semaine résolu à faire fructifier une faille administrative. Dans l’Empire russe, les âmes désignaient les serfs mâles. La valeur d’une propriété était fonction du nombre d’âmes qui y vivaient et la durée de 5 ans entre chaque recensement permettait d’en augmenter la valeur artificiellement. Les serfs morts vivaient ainsi des années dans les registres de l’État. Tchitchikov fait le tour des propriétés pour récupérer des âmes avec force malice et subterfuges. Frédéric Polier accentue la cocasserie de ses aventures en forçant le trait à l’excès.

Des personnages picaresques

11 comédiens se griment et se travestissent pour interpréter une galerie de personnages plus caricaturaux les uns que les autres. Petits travers et grandes hypocrisies affleurent constamment avec toujours ce persiflage mielleux d’un héros habile à manoeuvrer l’âme humaine. Avec ses airs de Méphisto vêtu de rouge et surmonté d’une coiffure diabolique augmentée d’une barbiche, le héros traverse les paysages de la Russie éternelle à bride abattue. Il vole de succès en succès grâce à son art de la duperie ainsi qu’à la médiocrité de ses interlocuteurs. Les scènes s’enchaînent de manière ininterrompue pendant 3 heures de pur spectacle. Le foisonnement des personnages et le rythme ininterrompu de leurs entrées et sorties donnent le vertige. Un soin tout particulier est apporté à l’accompagnement musical, épaississant d’autant l’impression de ballet folklorique. Petite guitare, sérénade à l’accordéon ou rythmes technos endiablés s’enchainent sans discontinuer.

Une adaptation entre classicisme et modernité

La complexité du texte de Gogol est parfaitement retranscrite autant que rehaussée d’ajouts truculents. Une touche de Brel par-ci, du bel canto italien par-là, le metteur en scène ne recule devant aucun artifice pour accentuer l’impression de kermesse fantasque. Comédiennes dans des rôles d’homme, comédiens dans des rôles de femmes, le mélange des genres est total. L’ouvrage de Gogol voit le freluquet échapper indemne à la découverte de ses intentions diaboliques. Sans tuer personne ni mettre en danger autrui, le personnage de Tchitchikov personnifie l’outrecuidance de ceux qui jouent avec un système kafkaïen. En connaissant parfaitement ses ressorts imparfaits, il en joue avec une totale impunité, interrogeant de même sur une possible correspondance avec nos systèmes modernes. Vivons-nous tout autant dans un monde similaire à celui dépeint par Gogol dans notre temps présent? La question dérange et mieux vaut pas ne trop s’y attarder sous peine de maux de tête…

L’énergie déployée est considérable et on imagine la hardiesse des répétitions pour obtenir une telle fluidité. Comédiens et mise en scène se mettent au diapason des intentions de Frédéric Polier pour un résultat enthousiasmant. Si vous passez d’aventure à Genève avant la fin du mois de janvier 2017, n’hésitez pas à tenter cette aventure théâtrale revigorante!

Dates :  du 10 au 29 janvier 2017
Lieu : Théâtre du Grütli (Genève)
Metteur en scène : Frédéric Polier
Avec : Marc Aeschbacher, Lionel Brady, Charlotte Chabbey, Nathalie Cuenet

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des acteurs
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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