Benjamin Biolay pour les 30 ans du Rockstore : L’Amérique de Biolay

Benjamin BiolayBenjamin Biolay  pour les 30 ans du Rockstore :  L’Amérique de Biolay

30 bougies, ça se souffle.

Qui de mieux que le pape actuel de la musique française, monsieur Benjamin Biolay lui-même, pour pouvoir conclure en beauté ce mois de festivité dédié aux 30 ans du Rockstore. Vous savez, ce temple de la musique rock et alternative montpelliéraine à la légendaire façade estampillée par la moitié arrière d’une Cadillac rouge, celle-là même que préférait un certain King Elvis. 1986-2016, 30 ans de nuits de folie immortalisées par les photographes Eric Catarina, Tony Iacoponelli, Eric Morère et Laurent Vilarem, lors d’une expo rétro qui a su retranscrire toute la fantasmagorie du lieu. Après une dernière décennie dans le dur niveau financier, comme beaucoup de salle de spectacle, le Rockstore a su refaire peau neuve, toujours appuyé par la municipalité de Montpellier, pour s’offrir une deuxième vie sans renier son passé. Les soirées électroniques y sont plus présentes grâce à la persévérance de My Life Is A Week End, avec un booking de plus en plus pointu, en témoigne la présence exceptionnelle du duo italien Tale Of Us, pointure underground, dans le cadre des 30 ans de la salle. Preuve s’il en est encore que ce fringuant jeune homme qui vient d’entrer dans sa troisième décennie se porte comme un charme.

Intro Hollywoodienne

Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt à ce cher Monsieur Biolay. Compositeur émérite, dépressif chronique, musicien éclectique, amoureux cathartique, mais avant tout éminemment charismatique. Son entrée est magistrale. Lui fringuant dans sa veste noire, le cheveu luisant, l’œil torve dans son regard assuré, il pose sa voix grave et suave sur les premières notes de l’envoutante Palermo Hollywood. Le public, constitué de 3/4 par la gente féminine, est conquis. Facile comme Biolay.

Le nouveau western de Fiona Walden

Il y a tellement d’évidence et de facilité chez lui, qu’il me ferait presque oublier sa première partie. Ce qui serait complètement immérité contrairement à plusieurs premières parties passées. Ici, c’est la parisienne Fiona Walden, accompagnée par son guitariste et son bassiste, qui officie. BANG ! Oubliez le froid et l’humidité du trajet qui a mené jusqu’à la salle à la Cadillac rouge dans les ruelles de Montpellier, du haut de ses presque 3 500 likes sur Facebook et de ses 114 followers sur Soundclound, la jeune donzelle à la longue chevelure vous transporte instantanément sous le soleil d’un quelconque désert américain. Son morceau Johnny n’y est pas pour rien. Rifts westerns, instruments Morriconiens et une incroyable voix grave nous embarque pour un voyage sans retour. Je n’ai jamais pris une aussi grosse claque sur un premier morceau d’une première partie. Ses 6 autres morceaux ne démentiront pas le phénomène, notamment sur Cold Heart et Desert. Emmenée exprès à Montpellier par Benjamin Biolay, on y retrouve la musicalité cinématographique propre au chanteur, ainsi que son flair hors pair pour dénicher les talents. Une authentique virée dans l’ouest des Etats-Unis.

Virtuose latino

Quelques arrangements plus tard, pas le temps de retraverser l’Atlantique, notre bière à la main se transforme en cerveza, direction l’Argentine, à Buenos Aires, dans le quartier multiple de Palermo, où l’icône de la génération bobo à enregistrer son tout dernier disque. Une intro tout en lyrisme convoquant entre l’opéra et le tango, puis nous revoilà à l’intro décrite plus haut. D’un disque qui fait l’unanimité chez nos collègues critiques musicaux, il en tire la quintessence même de sa propre renaissance. Encore plus digne successeur de Gainsbourg que jamais, Biolay tire sa force de son éclectisme ingénieux le transformant en quelques accords et notes bien placés en crooner latino mêlant astucieusement cuivre et accordéon. Cet accordéon … Que dire de plus si ce n’est que B.B, de ses initiales, montre tout son génie en transformant cet instrument ringardisé et estampillé bal musette, en véritable reptile sonore à la musicalité vibrante sur La débandade, Palermo Queens ou encore le très entrainant Miss miss(-Tututututu).

2h30 pour B.B.

Non content de communier à la perfection réussite musicale et prestation scénique à travers l’exploitation de son dernier album, Benjamin Biolay parsème, tout du long de ses 2h30 de show (!),une flopée de ses plus beaux morceaux. Ainsi, Padam continue de déchainer les passions féminines avec son refrain qui incite à ce que « le monde entier m’acclame », tandis que Mon héritage et Les cerfs-volants se transforment en a capella géant. D’une assurance qui semble à toute épreuve, l’acteur, prolifique ces temps-ci, fend de temps en temps l’armure pour laisser apparaitre l’homme sensible derrière les vers profonds. Comme lors de ce court passage à meubler où Biolay redevient Benjamin face à la foule, incapable de placer trois mots à la suite. Bégaiement heureux pour les hommes de la salle dont l’estime remonte très légèrement.

Engagé et engageant

Ce sont d’ailleurs ces moments derrière le génial touche-à-tout Biolay (Piano, trompette, guitare …) qui rende le spectacle encore plus vivant. Comme ses uppercuts à l’administration Trump sur Los Angeles « Même du rêve américain, ça me détend-plus trop en ce moment ». Ou son « CUBA » lancé à l’improviste au détour d’un solo latino. Biolay, le rouge, dans la Cadillac rouge du Rrrrockstore, comme il aimera en rouler le R à l’espagnol, continue à faire danser dans la Merco Benz, à faire chanter sur La superbe et à provoquer avec Mon amour m’a baisé. Un spectacle total pour les 30 ans du Rockstore avec deux rappels et 8 morceaux supplémentaires ! Moi, je suis resté scotché par l’écoute live de Brandt Rhapsody et la voix entêtante de Jeanne Cherbal qui porte le style gainsbarre à un niveau proche de l’original. Il aura tout donné jusqu’à la dernière minute. Le Rockstore ne pouvait rêver d’un meilleur cadeau. Nous, non plus.

Dates :  19 novembre 2016
Lieu : Rockstore de Montpellier

Pas de vidéo du concert à Montpellier, hélas, mais Publik’Art ne peut s’empêcher de vous faire entendre son idole. Cette vidéo a été prise aux Nuits de Fourvière 2016, à Lyon :

Note
Originalité
Cohérence
Plaisir de l'écoute
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

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