Blanche Neige Ballet Angelin Preljocaj
Angelin Preljocaj revisite le conte des frères Grimm pour en créer un grand ballet contemporain de 26 danseurs, rythmé par Gustav Malher et relooké par Jean-Paul Gaultier.
Chorégraphe prodigue de la danse contemporaine française, Angelin Preljocaj est aussi à l’aise dans le sillage du compositeur d’avant-garde John Cage que dans l’univers néo-classique.
Avec ce ballet, il donne à voir sur le plateau du théâtre de Chaillot une héroïne moderne, griffée haute couture, dans un univers scénographique extravagant et baroque à la danse investie où le chorégraphe s’attache à dévoiler la transcendance des corps. Angelin Preljocaj avait annoncé la couleur : « Mon idée est de raconter Blanche-Neige comme un conte de fée, avec le merveilleux et l’enchantement propre au genre. Il est aussi plein de chausse-trapes psychanalytiques. Bettelheim a parlé d’un Œdipe renversé qui me semble très actuel aujourd’hui où les femmes de 45-60 ans sont encore belles, mais souffrent de l’ombre portée de leurs propres filles. »
La rencontre esthétique entre le directeur de ballet et le styliste imaginatif fait corps magistralement avec la dimension narrative assumée et la tonalité fantasmagorique donnée à la légende de Blanche Neige. En prenant le parti pris de suivre pas à pas l’histoire, il en respecte tous les épisode et l’installe très concrètement dans l’espace où les lieux symboliques sont reconstitués au gré de superbes décors évolutifs de Thierry Leproust qui participent et soutiennent l’intrigue. Les costumes inventifs, à l’instar de personnages de BD de science fiction, inscrivent le conte dans une autre temporalité et offrent aux danseurs une amplitude dynamique.
Avec des tableaux très enlevés et plein d’invention, tels en ouverture la naissance dramatique de Blanche Neige dans une atmosphère apocalyptique, que l’apparition des nains en mineurs avec une petite loupiote sur le front par sept danseurs espiègles qui sortent d’un mur au fond de la scène pour virevolter en verticalité en une danse aérienne époustouflante, où encore la rivalité entre la reine et sa belle fille où la méchante marâtre est une séductrice redoutable vêtue de vinyle, il donne à cette version une lecture moderne et sexy.
Blanche-Neige (belle présence de Nagisa Shirai), en robe immaculée très échancrée et jambes nues qui rappellent la mort de sa mère, incarne le sortilège de la jeunesse, et traduit toute la naïveté, la pureté, l’insouciance de la quête amoureuse. Le prince est magnifié par Sergio Diaz et sa puissance athlétique.
La reine (Céline Galli) charismatique, joue de tous les subterfuges, escortée de deux chats noirs, en guêpière, jupe rouge et talons hauts, elle exhorte de sa jalousie maléfique et personnifie à l’envi la malveillance et les forces des ténèbres.
Le chorégraphe compose subtilement avec le corps de ballet et sa diversité en se focalisant sur ce qu’expriment les corps, les énergies, et sur ce que les personnages ressentent et éprouvent grâce à une gestuelle très ample, le tout porté par la synergie fulgurante du mouvement.
Mais aussi avec des séquences très abstraites, telles que le corps inanimée de Blanche Neige sur une plaque de verre minéral, que la danse morbide et érotique du Prince sur le célèbre Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler, ou encore la vision aérienne de la mort maternelle qui enlève puis relâche le corps de la jeune fille, il insuffle au drame une force poétique très intense.
La scène de la pomme avec une poursuite entre les deux héroïnes jusqu’à l’absorption forcée et fatale offre un grand moment d’inventivité dramatique.
Par delà le merveilleux que contient pour l’imaginaire Blanche Neige restitué par une chorégraphie particulièrement esthétisante, Preljocaj interroge aussi la symbolique du récit et le rôle de la marâtre, personnage central, dans son désir très narcissique de ne pas renoncer à sa séduction et à sa place de femme, quitte à aller jusqu’au sacrifice de sa belle-fille.
Entre féerie et lutte fratricide à l’éternelle jeunesse et au désir, thèmes très actuels, le reflet du ballet face au miroir magique était ce soir le plus fantastique…ne le manquez surtout pas !
-Amaury Jacquet-
www.theatre-chaillot.fr
Jusqu’au 09 janvier 2010
Loc : 01 53 65 30 00
Maison des arts Créteil 13 au 16/01/2010
Espace Culturel Carquefou 20 et 21/01/2010
Théâtre national de Nice 23 au 26/02/2010
Categorie: Spectacles/Théâtre







![très bien[1]..](http://publikart.net/wp-content/uploads/2009/10/très-bien1...jpg)





Un spectacle magique, somptueux où l’histoire se déploie comme sur un écran en 4D.