« Ces amours-là », un film de Claude Lelouch
C’est l’histoire d’une femme qui aimait peut-être un peu trop vite… Banal scénario, me direz-vous, mais dans un XXème siècle troublé par deux ravageuses guerres mondiales et hanté par le terrible souvenir de la déportation, une amourette légère se révèle rapidement emplie de sens et chargée d’Histoire, avec un grand « H ». Elle est ouvreuse dans un cinéma parisien, elle s’appelle Ilva (Audrey Dana), ils sont un simple facteur (Raphaël), un officier allemand (Samuel Labarthe) ou un soldat américain engagé dans la 2nde guerre mondiale (Jacky Ido et Gilles Lemaire). Rien ne semble les rapprocher, mais pourtant, elle les a tous aimé. Comme à son habitude, Claude Lelouch fait du passe-passe, paraphrasant Jean Ferrat lorsque lui-même chante Aragon, en abordant comment on peut aimer à en perdre la raison, aimer à n’en savoir que dire…
On ne peut qu’adorer cette symphonie de tendresse, rythmée par la baguette du talentueux compositeur et pianiste Laurent Couson, qui nous transporte de boites de jazz en valses américaines, sans en oublier les chansons de rues des années 1940. En plus de son travail de compositeur pour la musique du film, Laurent Couson s’est improvisé acteur (et avec une grande habilité) et mieux encore, il détient le rôle principal de « Ces amours-là », celui de Simon, pianiste juif déporté pendant la guerre. On y est d’autant plus conquis que ce savant virtuose de la gamme interprète avec une sensibilité inouïe tous les morceaux composés pour la bande originale.

Raphaël, Audrey Dana, Samuel Labarthe, Jacky Ido, Gilles Lemaire et Laurent Couson © Rezo Films
Dans cette mise en scène aux allures de comédie musicale (la bande originale « Ces amours là » rappelle étrangement « Les chansons d’amour » de Christophe Honoré), tous les personnages sont mis en musique, chantent, dansent et rient à presque en oublier le traumatisme des guerres. De bals populaires en bars parisiens, Lelouch nous transporte dans un univers regretté, bien loin de la tectonique et des générations I-phone.
En intégrant sa propre histoire de vie dans son film, Claude Lelouch ne manque pas de raconter comment il a découvert sa passion pour le cinéma. Effectivement, observez attentivement le petit garçon, juif, caché dans un cinéma par quelques ouvreuses qui acceptaient de risquer leur vie pour en sauver d’autres. Ce gamin fasciné par l’écran et les bobines du père d’Ilva, petit curieux qui cherche les acteurs derrière la toile, ce n’est autre que Lelouch enfant, qui raconte comment lui aussi a vécu la guerre, et comment c’est peut-être finalement grâce à elle qu’est née sa passion pour le monde de l’audiovisuel.
Moralité, puisqu’il y en faut toujours dans un Lelouch : Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas vécues. Et la larme à l’œil, on en sort le sourire aux lèvres, avec une pointe de nostalgie, bercés par la mélodie de « Ces amours là ».
Merci Claude Lelouch !
- Charlotte Henry -
Categorie: Cinéma, Critiques Films










Ce film est tout simplement l’un des meilleurs de l’année ! J’ai ADORE et suis en tout points d’accord avec toi. J’ignorai par contre que le pianiste était un pianiste (quel talent incroyable, que ce soit en tant qu’acteur ou en tant que musicien!).
On ne peut s’empêcher de se demander si cette famille a existé ou si seul le personnage de Claude Lelouch petit est une part de vrai…
En tout cas, le scénario est parfait. Et la réalisation superbe. Un vrai régal. Merci Charlotte, je ne serai pas allé le voir sans cette critique.
Et oui le fameux pianiste du film est aussi le concepteur de la BO ! D’ailleurs E., si tu es sur Paris, il a aussi mis en scène une pièce de théâtre dans laquelle il est lui même acteur : Monsieur Luxure au théâtre de la Gaité Montparnasse! Je n’ai pas encore vu la pièce, mais je n’attends que ça !