Chicas de Yasmina Reza
Carmen Maura, veuve espagnole immigrée en France, est amoureuse d’un homme qu’elle décide de présenter à ses trois filles et à son gendre. Une réunion de famille est organisée où, si chacun s’efforce dans un premier temps de bien se tenir, les ressentiments finissent par éclater et révéler les failles existentielles de ces femmes. Sur un ton nostalgique et sarcastique, la caméra de Yasmina Reza se fait intrusive pour dévoiler, par touches expressionnistes et furtives, le parcours de vie des trois soeurs où l’exil, la rivalité, le droit au bonheur sont le fil rouge de cette comédie.
Il y a l’Espagne avec son déracinement qui est évoquée au travers d’un sentiment de fierté et de cassure ressenti par les héroïnes où les souvenirs d’enfance et d’appartenance à une culture au rythme du flamenco sont très présents. Des flah-back musicaux et des plans à la photographie mélancolique en esquissent le contour.
Une rivalité artistique se fait jour entre Emmanuelle Seigner, actrice de cinéma populaire reconnue, et Valérie Dréville, comédienne de théâtre à l’exigence intellectuelle très marquée qui peine à exister professionnellement. Le monde qui les sépare donne lieu à des scènes hilarantes où l’assurance de l’une fait écho à la fragilité psychologique de l’autre, que la mère arbitre avec une insouciance attendrissante mais déconcertante, accentuant la névrose de sa fille.
Dans ces portraits saisis avec justesse et fugacité, se dessine en filigrane la réalisation de soi et la difficulté à être totalement heureux. Emmanuelle Seigner est célèbre mais sa vie sentimentale est un ratage complet. Quant aux deux autres soeurs, elles sont mariées mais leur vie de couple est routinière et fade.
La réalisatrice, pour son premier film, s’attache à dépeindre avec un regard doux amer une sensibilité féminine empreinte de complexité et de contradictions qui oscille entre fantaisie fêlée et moments dramatiques. On notera que les acteurs sont bons : Emmanuelle Seigner lumineuse et captivante, Carmen Maura, attachante, Valérie Dréville, Bouli Lanners et André Dussollier convaincants.
C’est un film sur la solitude et l’errance initiatique où cette dernière renvoie au passé pour mieux comprendre et tracer son avenir.
L’épilogue conduit à une forme de résignation qui passe nécessairement par une maturité des protagonistes, en somme l’expérience de la vie…
Sorti en Salles le 10 mars 2010








Bon, ben, oui, tu dis vrai ! Mais n’empêche que je ne conseillerai pas ce film. J’ai ri, de bon coeur, mais pas souvent.
C’est un film sympa, mais trop creux. Relations mère-filles, mais vues de façon allégée… La mère en prend plein la tête…
Heureusement que c’est Dussolier qui joue avec Emmanuelle Seigner…
J’ai ri plus souvent que toi alors…et ce n’est pas un film creux, c’est un film introspectif où le malaise familial, social, amoureux a des racines profondes, que leur complicité féminine attise et ironise.
Une introspection pas vécue de la même façon… aura le mérite de soulever un débat ! Vais y emmener le petit brin voir ce qu’elle en pense…
Moi, j’ai beaucoup aimé .
Encore un film que je ne vais pas avoir le temps d’aller voir…
En fait, plus je digère ce film, plus je le trouve très sympa, avec une très bonne analyse sociale et familiale du XXI siècle. On dirait que mes filles sont très proches des « chicas » ! Et cela me permet de « relativiser » !
Bien vu Amaury !
En plus de celle de nous divertir, la raison d’être je pense d’un film, d’une pièce, d’un livre est de nous questionner au gré de notre appropriation et donc inéxorablement de nous faire cheminer…
100% d’accord !
Pas de prise de tête :)