Cinemed 2016 : de l’audace au Festival du film méditerranéen

Affiche_40x60_ok.inddCinemed 2016 : de l’audace au Festival du film méditerranéen de Montpellier

Oubliez les doutes et les turpitudes de l’an dernier, le Festival du film méditerranéen de Montpellier, plus communément appelé Cinemed, tel un phénix, renaît de ses cendres. L’image est un peu forcée, convenons-en, mais je vous mets au défi de trouver une seule personne, dans l’intimité du festival ou pas, qui n’a pas été traversé par cette question de l’après Frêche-Bourgeot-Pitiot. Les mémoires courtes auraient-elles oublié que, malgré une édition 2015 convaincante, Cinemed avait passé sa toute première édition sans directeur de festival officiellement nommé ?

Qu’importe, l’édition 2016 sera celle du renouveau et de la certitude. L’homme fort de Montpellier, M. Philippe Saurel, Maire de la ville, mais aussi Président de Montpellier Méditerranée Métropole, pose les points sur les « i ». L’ancienne Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, succède à la figure locale Henri Talvat, à la Présidence du festival. Cette nomination montre un vrai désir de la part de M. Saurel de voir grandir sur l’échelle nationale le Cinemed. La titularisation de Christophe Leparc, déjà au four et au moulin l’an dernier, affirme cette volonté d’évolution dans la continuité et l’audace, qui caractérise le nouvel homme fort du festival. Il ne manquait plus qu’une marraine de charme pour lancer cette édition de la renaissance sur de bons rails, c’est chose faite avec la pétillante Laetitia Casta, nouvelle présidente du jury pour l’Antigone d’Or.

C’est avec ce désormais connu sourire gêné mais épanoui que l’on retrouve Christophe Leparc, avec à son bras la nouvelle Présidente du Cinemed, Aurélie Filippetti, ce vendredi 21 octobre 2016 au soir, dans un Opéra Berlioz bondé et surchauffé comme à ses plus beaux jours. On se souvient encore de l’ouverture irréelle qu’avait provoqué La graine et le mulet de Kechiche.

Pour Tour de France : Sadek représente

Ce soir, l’ambiance n’est pas loin d’y être parallèle. Nouveau générique vidéo, le flamenco des pays méditerranéens succède à celui des caméras le long de l’esplanade Charles de Gaulle. Pincement nostalgique. Heureusement que la musique reste la même, et surtout, provoque le même « Olé » ! Soudain, aux lumières éteintes, ne succèdent pas celle de l’écran, mais un faisceau braqué sur un jeune homme qui se met à rapper sous vocoder. Il s’agit de Sadek, artiste hip-hop qui partage l’affiche du soir avec l’éternel Gérard Depardieu. Ce dernier n’ayant pu faire le déplacement, c’est donc Sadek et le réalisateur, Rachid Djaïdani, qui inaugure ce tour de Méditerranée par Tour de France.

Cinemed
Sadek et Gérard Depardieu dans Tour de France

Étonnante entrée en matière pour ce 38e Cinemed, le public est partagé entre stupéfaction et envie d’en voir plus. Après une heure et demi de déambulation entre portes ouvertes, bons sentiments, colères et amitiés improbables mais fraternelles, Sadek vient de fendre l’armure de sa casquette vissée jusqu’à son flow enflammé. Il en fallait pour pouvoir tenir la dragée à notre Gégé national, Rachid Djaïdani ne s’est pas trompé. Le duo est la grande force du film, et l’on s’amusera à retenir la Marseillaise rappée par Depardieu, une nouvelle scène inoubliable de son immense carrière.

Le Samedi c’est Adjani… ou pas… ou si !

Le lendemain, samedi, il flotte comme une drôle d’atmosphère. Le temps a changé comme il aime le faire depuis des décennies au milieu de Cinemed. Pleuvra, pleuvra pas. Viendra, viendra pas. La pluie joue à Isabelle Adjani. En effet, après maintes tentatives, l’actrice française, au regard le plus bleu d’entre toutes, est annoncée par les médias du coin. Il faut dire que la belle est devenue aussi rare dans l’espace public que ses films. Preuve en est avec la conférence de presse de sa dernière fiction Carole Matthieu, où jusqu’à la dernière minute, la possibilité qu’elle puisse se montrer exista. Loupé.

Isabelle Adjani
Isabelle Adjani dans le film Carole Matthieu

Heureusement, le truculent Louis-Julien Petit, du haut de ses 33 ans, n’est pas du genre à s’en laisser compter. Discount, la comédie surprise de l’an passé, c’est lui. Et c’est avec les convictions chevillées au corps qu’il continue à creuser son sillon de « résistants » comme il aime lui-même se définir. Voilà, le mot est lancé. Résistant. Comme une évidence. Et si c’était simplement, le fil conducteur du Cinemed depuis sa création ?

Finalement, Isabelle Adjani apportera l’éclaircie de la journée quelques instants sur la scène de Berlioz pour présenter Carole Matthieu. Toujours est-il qu’autant culotté et talentueux qu’il soit, L-J.P livre un deuxième film pas exempt de défauts, à commencer par son manque de nuance qui limite fortement son propos. Certes sa maîtrise formelle est intéressante, et le sujet fort (la pression au travail), mais la présence d’Adjani ne suffit pas à emporter l’adhésion à l’ensemble.

si le vent soulève les sablesUn peu plus tard, Marion Hansel, réalisatrice du délicieux et combatif Si le vent soulève les sables, emmène Sergi Lopez, invité d’honneur de ce Cinemed, et Olivier Gourmet dans une ballade fluviale un peu plate et redondante en Croatie. De belles images et de bons acteurs ne suffisent à sortir le spectateur de sa torpeur. A l’image de l’événement people du jour, on est resté souvent à quai.

Un dimanche avec Sergi Lopez

Dimanche, c’est Sergi Lopez day ! Une rencontre sitôt levée qui confirme la gentillesse et la bonhommie du bel ibérique. Il se sait chanceux de pouvoir exercer ce métier et verse dans l’humilité à chaque réponse. Un peu l’opposé de ce qu’on a vécu hier lancera un journaliste avisé. Ma curiosité me pousse à découvrir Mauro Bolognini, l’Italien qui a droit à sa rétrospective cette année. Et c’est encore une très bonne pioche de M. Talvat !

L’Héritage se vit comme un Maupassant post-réunification italienne autour d’une sombre histoire de famille mêlant joyeusement inceste, manipulation, séduction, pouvoir et évidemment argent. On se méfiera de la prochaine Irène qu’on croisera, je vous le dis.

Vivre et autres fictions : favori à la course à l’Antigone d’Or

Prenons enfin la direction de la salle Pasteur, lieu dédié à la compétition du festival, pour mon premier coup d’œil à un long métrage engagé dans la course à l’Antigone d’Or. Et c’est un premier coup de cœur pour Vivre et autres fictions, de l’espagnol Jo Sol. Sur le sujet tabou de la sexualité des handicapés, il y avait déjà eu le très réussi The Sessions, il y aura désormais ce film-là. Traité avec intelligence, poésie, humour, délicatesse, cette œuvre est un foisonnement de bonheur pour tout cinéphile. La fameuse nuance qu’il manquait hier. Ici, c’est une palette entière de nuance digne d’un arc-en-ciel que nous avons sous les yeux. Un vrai favori de l’Antigone d’Or pour ma part.

30/40 livingstone
Sergi Lopez dans 30/40 livingstone

Quand le théâtre s’invite au Cinemed

On avait dit Sergi Lopez day. Pas son interview, ni sa rétrospective gourmande. Plutôt pour le coup de poker de ce 38e Cinemed : la pièce de théâtre 30/40 livingstone qu’il interpréta à 18h dans l’Opéra Berlioz ! Encore une fois, à l’image des afters créés à la Panacée, Christophe Leparc a le culot de faire bouger les lignes. Et quelle ligne ! Je manque encore de mots pour exprimer ce spectacle total, pour tant si intime et minimaliste, que nous a proposé Sergi Lopez pendant 1h20.

Dans une salle loin d’être remplie, le catalan va nous arracher rire sur rire, mêlé à des moments de réflexions intenses sur notre monde contemporain, notre condition humaine, voire nos désirs enfouis. Presque comme un One-Man Show, Sergi Lopez envahit littéralement la scène par sa prestance physique et vocale. J’ai rarement pris une telle claque face à un artiste capable de tout jouer, et en direct.

L’audace et la résistance sont décidément les maîtres mots de ce premier week end au Cinemed.

Note
Intérêt
Organisation
Plaisir
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

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