La collection Chtchoukine : l’expo évènement et programme exceptionnel pour la dernière semaine

La collection Chtchoukine : l'exposition évènement
© Christian Cornelius (Xan) Krohn, portrait de Sergueï Chtchoukine, 1916. Huile sur toile, 191 × 88 cm, Musée d’Etat de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

La collection Chtchoukine : l’expo évènement et programme exceptionnel pour la dernière semaine

L’exposition « Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine », présentée à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 05 mars 2017, rend hommage à l’un des mécènes les plus influents du siècle dernier, Sergueï Chtchoukine. Un éblouissement.

Collectionneur russe audacieux et militant de l’art affranchi de tous préjugés, dont la collection, comme le rappelle Anne Baldassari, conservateur général du Patrimoine et commissaire général de l’exposition, « reste encore aujourd’hui méconnue du grand public occidental. Depuis sa dispersion en 1948, elle n’a jamais été réunie comme une entité artistique singulière et cohérente ».

À Paris, l’exposition donne à voir 127 des 278 œuvres acquises par Chtchoukine auprès de ceux qui sont aujourd’hui les peintres les plus cotés au monde, mais qui à l’époque étaient souvent peu connus ou peu appréciés. Notamment 8 Monet, 8 Cézanne, 12 Gauguin essentiellement de la période tahitienne, 29 Picasso dont beaucoup de toiles cubistes, et 22 Matisse, à qui une salle entière est dédiée. Avec parmi les œuvres présentées du maître, « La Desserte » qui constitue la première grande commande faite par Chtchoukine à Matisse en 1908.

Troisième d’une fratrie de dix enfants, Sergueï Ivanovitch Chtchoukine est né en 1854 à Moscou au sein d’une famille de marchands dans le commerce du textile dont il reprit plus tard la firme familiale « Chtchoukine & Fils » avant de devenir l’un des plus grands négociants en textile de Moscou. Les voyages en Asie Centrale et en Inde se succèdent à la recherche de modèles pour répondre à l’engouement des Russes pour les tissus décoratifs.

Industriel reconnu, il épouse en 1884 Lydia Koreneva avec qui il fondera une famille qu’il installera dans le palais Troubetskoï à Moscou. C’est à cette époque que Chtchoukine débute sa collection avec l’acquisition de tableaux d’artistes norvégiens, allemands et anglais et qu’il rentre contact avec les marchands d’art Paul DurandRuel, Ambroise Vollard et Berthe Weill.

De 1897 à 1907, sa collection est déjà importante puisqu’elle compte treize Monet dont Le Déjeuner sur l’herbe, huit Cézanne, seize Gauguin tahitiens, quatre Van Gogh, trois Renoir, cinq Degas et bien d’autres perles encore.

un éblouissement

Au-delà de la création d’une collection, Chtchoukine travaille également la composition, notamment avec ses tableaux de Gauguin qu’il accroche bord à bord à la manière des iconostases orthodoxes.

Palais Troubetskoï
Palais Troubetskoï

Conscient du caractère novateur, parfois provocateur, des œuvres qu’il a réunies, le collectionneur veille à ce qu’elles soient accessibles à tous en ouvrant ses galeries au public dès 1908. Visitée par les amateurs, artistes et intellectuels, la collection qui constitue une onde de choc plastique et émotionnelle, contribue précocement à la découverte des avant-gardes françaises comme à marquer fortement la création contemporaine en Russie, en donnant naissance au cubisme, au suprématisme et au constructivisme.

La révolution de 1917 met fin à la monarchie et la communauté artistique de Moscou salue les temps nouveaux. Chtchoukine apparaît comme un visionnaire de l’art moderne par les progressistes et sa collection incarne l’art le plus radical de son époque. Son destin le sépare de celui de sa collection en 1918. Date à laquelle elle fut déclarée propriété du peuple suite à la spoliation de Chtchoukine par Lénine arrivé au pouvoir. Le Palais Troubetskoï devint alors le premier musée d’art moderne occidental.

Frappé par des tragédies personnelles (la perte successive de deux de ses fils et de son épouse), puis chassé par la révolution, celui qui fut l’un des mécènes majeurs de son temps disparaît en 1936, dans l’anonymat, à Paris – là même où son nom était célébré, du temps de sa splendeur, dans les milieux d’avant-garde.

Il faut saluer la pugnacité d’AndréMarc Delocque-Fourcaud, le petit-fils de Sergeï Chtchoukine, qui est à l’initiative de ce projet d’exposition, pour obtenir l’accord des musées, peu enclins à travailler ensemble, mais aussi celui des gouvernements des deux pays où les tractations diplomatiques ont été mises à contribution.

Ce dernier vit à Paris et « Cela fait 25 ans que ma mère avait écrit au président de la Russie pour parler de Chtchoukine qui était complètement oublié. Cela fait quatre ans et demi que le directeur du musée de l’Ermitage a dit : « Allons-y’. Et j’ai vu comme un miracle s’accomplir », raconte-t-il aujourd’hui en soulignant aussi le devoir de mémoire ainsi rendu.

Une exposition majeure donc dont on ressort ébloui par l’œil avisé, passionné et prolifique du collectionneur dans ce bel ouvrage qu’est le bâtiment conçu par l’architecte américain Franck Ghéry.

Aussi pour la dernière semaine d’ouverture, du lundi 27 février au dimanche 5 mars, la Fondation Louis Vuitton a mis en place des horaires exceptionnels, afin de permettre l’accès de l’exposition au plus grand nombre :

A partir du lundi 27 février, l’exposition sera ouverte 7 jours/ 7 de 7h à 23h et jusqu’à 1h du matin le samedi 4 mars.

· Chaque matin de 7h à 9h se tiendront les « Morning Chtchoukine » pendant lesquels la Fondation offrira un petit déjeuner au public.

· Le mercredi 1er mars de 9h à 19h se tiendra la journée « Chtchoukine en famille » qui proposera des parcours « Chtchoukine en rimes et comptines », des micro-visites en famille et un atelier « Chercheurs d’art », à la recherche des chefs d’œuvres de la Fondation.

· Le samedi 4 mars à partir de 23h Concert Surprise : un artiste phare de musique électronique proposera un voyage sonore dans les contrées russes. Le nom de l’artiste sera révélé le soir même.

Note
Originalité
Scénographie
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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