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Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès

[ 2 ] 06/06/2010 |

Bernard-Marie Koltès, dramaturge français né à Metz (1948-1989), puise son inspiration dans ses origines messines, sa scolarité cosmopolite et ses nombreux voyages en Amérique latine et en Afrique. Cette influence se retrouve dans son œuvre notamment à travers la place centrale accordée aux personnages noirs. Son théâtre avant-gardiste, traversé par des thèmes existentiels liés à l’altérité, la violence, la solitude, l’affrontement, s’inscrit fortement dans une réalité très contemporaine. Servie par une langue à la fois poétique et brute, chacune de ses pièces apparaît comme une métaphore tragique de la condition humaine.

Considéré comme un auteur majeur, il est beaucoup joué en France et à l’étranger où son rapport au monde continue à exercer la fascination.

Dans cette pièce, l’enfer c’est l’autre et la mise en scène de l’Allemand, Michael Thalheimer, restitue magistralement cette guerre de position où le combat livré par les personnages, en dépassant la dimension purement néocolonialiste et raciale, est celui d’une implacable solitude. C’est cette radicalité, là, que traduit Koltès où les trois européens sont étrangers à leur vie, aux autres, avec en filigrane la symbolique liée au territoire africain colonisé et à son corollaire de culpabilité.

L’histoire se situe en Afrique dans un chantier d’une entreprise française sur le point d’être fermée. Ne restent plus que Horn, le patron Français, bientôt à la retraite, et Cal, un jeune ingénieur européen. L’arrivée simultanée d’une jeune femme (Léone) que Horn a fait venir de Paris pour l’épouser et d’un Noir (Alboury) entré sur le chantier pour demander le corps de son frère mort mystérieusement la veille, va faire exploser la violence intérieure et en sentinelle des protagonistes. Tous ces démons nourris de ressentiments, de frustrations, d’incommunicabilité et d’inadaptation à la vie qui, à l’instar du feu d’artifice qu’organise chaque année le chef d’entreprise, en constituent la métaphore la plus affolante.

Le dispositif scénique conçu par Olaf Altmann crée un espace impersonnel et métallique où la sensation de vide, de dureté, d’insécurité, d’angoisse sont palpables. Un décor sombre en tôle ondulée reconstitue une usine cauchemardesque aux murs disproportionnés avec un corridor qui encadre la scène et laisse place à un trou noir béant, oppressant.

Et dans ce lieu d’inquiétude, catalyseur des enjeux de pouvoir et d’impossibles rapprochements, le jeu des comédiens se porte sur l’expression exacerbée des corps et la thématique du langage. Il y a Cal aux prises avec son mal être dévastateur et bestial qu’incarne Stefan Konarske, imprégné d’une tension impressionnante, à la fois instinctif, colérique, et imprévisible.

Léone, pleine d’innocence, à la psychologie instable, interprétée par Cécile Coustillac est tès émouvante dans sa quête d’identité africaine. Charles Nelson (le chef de chantier), qui ne lâche jamais sa bouteille d’alcool, est juste en homme paternel et paradoxalement humain. Et les trois Blancs incarnent stoïquement les « Chiens ».

Face à eux, Alboury, campé énergiquement par Jean-Baptiste Anoumon, symbolisé par un alignement de dix hommes de couleur qui réclament en choeur le corps du défunt cristallisant très efficacement la menace projetée par la condition d’étranger et qu’Alboury, à son tour, reproduit mécaniquement à l’endroit de Léone.

La virtuosité de la mise en scène donne à voir au plus près « Ce combat » dramatique où le territoire de chacun muré dans sa peur abyssale est à jamais imprenable…

-Amaury Jacquet-

Théâtre de la Colline du 26 mai au 25 juin 2010

loc 01 44 62 52 52

www.colline.fr


Commentaires (2)

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  1. avatar E. dit :

    Koltès n’aura pas vécu longtemps ! Je ne le connaissais pas. On en apprend tous les jours avec Amaury ;-)
    La pièce a l’air bien glauque. Ce qui n’est pas pour me déplaire et me rend plus curieux encore.

  2. avatar Amaury dit :

    Oui Gaël le théâtre est encyclopédique, l’oeuvre du dramaturge fait l’objet de thèses de doctorat avec des intitulés évocateurs comme celui-là « Koltès ou l’envers du monde »et cette pièce en est l’extrême résonance…

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