Un compositeur ressuscité dans Erik Satie ou l’inconnu d’Arcueil au Théâtre du Crève Coeur

Erik Satie ou l'inconnu d'Accueil
Erik Satie ou l’inconnu d’Accueil, mise en scène de Céline Sorin, Théâtre du Crève Coeur

Un compositeur ressuscité dans Erik Satie ou l’inconnu d’Arcueil au Théâtre du Crève Coeur

Erik Satie restera pour l’éternité le compositeur des universellement célèbres Gymnopédies n°1. Ce morceau de piano surprenant ne cesse d’être réinterprété et utilisé dans tous les médias du monde. Publicité, musique de films, concert, on les entend partout. Pourtant Erik Satie fut bien plus que cela. La pièce jouée au Théâtre du Crève Coeur à proximité de Genève propose d’aller à la rencontre d’un homme plus iconoclaste qu’il n’y parait. Erik Satie au crépuscule de son existence fait le point sur ses joies et ses peines au contact de son double plus jeune de 25 ans. Leur discussion fait apparaitre les blessures enfouies et la profonde déception d’une vie passée dans l’ombre de contemporains plus reconnus. Humour et tristesse composent ce moment de théâtre éclairant et inventif.

Une vie de dénuement 

Erik Satie vécut la majeure partie de son existence en ermite solitaire dans sa maison  d’Arcueil sans jamais y avoir laisser entrer quiconque. Il y accumulait cols de chemise, parapluies et courriers non ouverts à côté d’un piano sur lequel il composait ses oeuvres. A une époque qui vit Ravel et Debussy devenir des parangons universellement acclamés, Erik Satie ne parvint jamais à atteindre la même renommée, du moins de de son vivant. Cet constat amer enveloppe l’ensemble de la pièce d’une mélancolie percée de pointes d’humour acéré. Car le personnage usait des jeux de mots et des calembours avec un art consommé de l’à-propos. Entre le jeune freluquet (Yannick Rosset) et le maitre au soir de sa vie (Samir Dib), les points communs pullulent, évidemment, mais la naïveté de la jeunesse s’abime sur l’amertume du vieux compositeur fatigué. Malgré ses oeuvres et ses travaux, notamment aux côtés de Picasso et l’amitié compliquée avec Debussy et Ravel, l’alcool sera souvent son seul réconfort, avec pour prix une cirrhose du foie qui lui fut fatale.

Un humour féroce

Prises de bec et éclats de rire émaillent une discussion qui a tout de l’allocution testamentaire. N’ayant que peu d’amis avec qui disserter, qui de mieux qu’avec lui même peut-il discuter du bilan de son existence? Le comédien Samir Dib se met régulièrement au piano pour interpréter quelques pièces de choix tirées d’une oeuvre éternelle. Les Gnossiennes retentissent pour ponctuer les étapes clés d’échanges hargneux et belliqueux. Erik Satie en veut à tout le monde et au premier chef à lui même. Il n’aurait pas fallu grand chose pour lui faire côtoyer le grand monde et les coteries les plus prestigieuses. Si son choix de vie solitaire semble le satisfaire, la metteur en scène Céline Sorin accumule les indices pour faire apparaitre l’acrimonie de l’homme, l’obligation pour lui de faire au mieux et de se jeter à corps perdus dans des manies de vieux garçon.

Eric Satie fut un vrai personnage de théâtre et cette pièce en montre les facettes les plus surprenantes. Chacun en gardera une réplique marquante comme cette idée truculente d’épitaphe: Faute de revenus, il partit. De quoi rire sous cape pendant de longues heures et recommander cette pièce jouée dans une toute petite salle chaleureuse et intimiste!

Dates :  du 14 mars au 9 avril 2017, Mardi à samedi à 20h, dimanche à 18h
Lieu : Théâtre du Crève Coeur (Genève)
Metteur en scène : Céline Sorin
Avec : Samir Dib, Yannick Rosset

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des acteurs
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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