Continents Noirs, Exposition d’Annette Messager au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg

[ 0 ] 12/10/2012 |

Annette Messager. Continents noirs. octobre 2012  © photo M. Bertola / Musées de Strasbourg

Ouverture ce samedi 13 octobre 2012 > 3 février 2013

 

ANNETTE MESSAGER

Artiste majeure de la scène contemporaine internationale, Annette Messager, née en 1943, a reçu  en 2005 le Lion d’Or de la Biennale de Venise, où elle représentait la France.

Son univers, empreint d’humour, qui témoigne d’une fascination pour l’art brut, célèbre la femme dans son quotidien le plus banal, tout en traquant le monde à travers ses vestiges, à la manière d’un ethnologue.

Dans ses œuvres les plus récentes, Annette Messager nous livre un monde à la noirceur cataclysmique ; un monde pétrifié, carbonisé, un univers urbain d’après la catastrophe, dont les résidus miniaturisés flottent, agglutinés en des sortes d’îlots volants, ou semblent étouffer ce qu’il reste de vie sur la planète terre. L’esprit de jeu et de dérision qui lui sont familiers allègent la gravité de son propos, tenant à distance l’effroi par l’évocation du monde de l’enfance.

 PARCOURS DE L’EXPOSITION

Le parcours de l’exposition s’organise en plusieurs séquences, à la manière d’un récit dont la tension dramatique s’intensifie au fil de la progression du spectateur. Il s’ouvre sur Motion-Emotion, 2011-2012, grande installation animée présentée lors de la Triennale de Paris. Elle est composée pour l’essentiel d’un ensemble de vêtements, ainsi que de déchets de plastique et de pantins suspendus, gonflés et animés par le souffle d’une batterie de ventilateurs. Ce modeste dispositif donne vie à une étrange sarabande chamarrée, joyeuse et grinçante à la fois, où il est question de sensibilité féminine désorientée, d’insoutenable légèreté de l’être ; l’inquiétude dégagée par l’œuvre est allégée par l’envoutement de la chorégraphie et par quelques clins d’œil à la robe soulevée de Marilyn, dans « 7 ans de réflexion » ou à la farce ubuesque de Jarry.

 

Depuis une dizaine d’années déjà, l’œuvre d’Annette Messager est envahie d’obsessions de plus en plus inquiétantes et de tensions existentielles qui cèdent progressivement le pas à l’humour léger et joueur avec lequel elle touchait depuis ses débuts aux réalités les plus graves. Avec l’exposition Continents noirs, cette tendance s’affirme plus encore, et l’on se trouve entrainé dans un étrange voyage, à la découverte d’un univers de science-fiction, un monde entièrement noir,où l’on découvre deux grandes installations fortement théâtralisées, ponctuées d’œuvres de format plus modeste : des mots écrits en filets, tels Chance, Désir, ou Jalousie, dont la puissance des sentiments qu’ils suggèrent résonnent dans leur texture matérielle ; un ensemble de dessins animés de mots, coulures et silhouettes noires évoquent un grouillement fantasmagorique ; quelques objets sculpturaux qui travestissent dans un esprit de jeu et de dérision le quotidien le plus banal, pour mieux l’épingler (Les 7 balais ; l’Opération).

Annette Messager. Continents noirs. octobre 2012  © photo M. Bertola / Musées de Strasbourg

L’œuvre éponyme, Continents noirs, nous fait pénétrer dans un monde pétrifié et carbonisé, un univers urbain d’après la catastrophe, éruption volcanique ou explosion nucléaire, dont les résidus miniaturisés flottent au dessus de nos têtes, agglutinés en des sortes d’îlots volants, lointainement inspirée de Swift dans les Voyages de Gulliver. Au sein de ce monde à l’envers, trois ampoules, en un balancement régulier, rythment l’inéluctable du temps ; elles dessinent sur les murs des ombres menaçantes, dont les contours indécis, transformant ces conglomérats volants en monstres dont les silhouettes évoquent le monde animal ou minéral, suscitent stupeur et effroi.

La vaste installation Sans légende nous projette à nouveau dans un monde carbonisé de vestiges miniaturisés, disposés cette fois au sol : réalisés dans un matériau noir et mat, des formes  géométriques simples et énigmatiques, des fragments architecturaux, des objets ordinaires, des  jouets à l’abandon viennent envahir, étouffer des fragments de globe terrestre en textile, qui peinent à se gonfler, en un mouvement de respiration entravé.

Dans une ambiance évoquant celle de Metropolis, l’ombre projetée d’une grande horloge égrène dérisoirement le temps sur cet univers figé. Mais la gravité de ce spectacle et les terreurs qu’il suggère sont mises à distance, comme exorcisées par l’humour dont l’artiste anime ces gros jouets échoués du monde de l’enfance avec l’esprit de jeu et la poésie tendre et grinçante qui lui sont familières.

L’exposition se clôt sur une image mélancolique, le mouvement d’une vague faite d’un film plastique transparent qui vient recouvrir, comme un voile léger, les résidus d’un monde disparu.

 

Au terme de cette déambulation, mêlant fantastique et science fiction, Annette Messager a déroulé pour nous une sorte de conte philosophique ou de fable politique dans lequel elle nous a offert un spectacle des dérégulations et des pathologies de l’homme et du monde contemporain, nous signifiant leur vulnérabilité, nous disant l’irrémédiable, nous invitant par la force de ses images à un sursaut de nos consciences.

Annette Messager. Continents noirs. octobre 2012  © photo M. Bertola / Musées de Strasbourg

Musée d’Art moderne et contemporain  
1, place Hans Jean Arp à Strasbourg
T. 03 88 23 31 31
Horaires : Mardi au dimanche de 10h à 18h – Fermeture le lundi
Tarifs : 7 euros – réduit : 3,50 euros

 

 


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Categorie: Art Contemporain

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