Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès
Dans cette pièce qui est la plus connue de Koltès, deux comédiens s’affrontent autour d’un accord indicible, le désir. Laurent Ciavatti et Delry Guyon interprètent avec conviction ce texte fort aux accents métaphoriques. Dans une mise en scène habile et vive, les mots fusent et résonnent au combat des deux hommes.
Le spectacle s’ouvre durant quelques instants par la projection en ombre chinoise des silhouettes des deux acteurs qui s’abordent. L’un est le vendeur d’une marchandise mystérieuse qu’il refuse de dévoiler, l’autre l’acheteur est en prise avec un désir secret qu’il refuse de nommer.
La transaction commerciale est la métaphore du conflit entre les protagonistes et traite du rapport entre le dominant et le dominé. Dans cette conjonction, les deux hommes tour à tour se cherchent, se séduisent, s’esquivent et s’opposent.
Le dispositif scénographique marque très justement l’opacité du rapport de force qui se joue. Il souligne aussi sa progression dramatique par l’apparition brutale et en pleine lumière des deux personnages. Puis, les joutes verbales sont introduites au fur et à mesure du déroulement de la pièce par l’indication sur un écran vidéo des sept pêchés capitaux. Cette précision scénique vient rythmer le dialogue brûlant qui se noue et se charge de complexité, d’emportement, de légèreté voire d’humour.
Un duo endiablé se fait jour porté par un duel verbal dans une langue imagée qui se nourrit d’une stratégie de séduction et d’intimidation. Les répliques sont, en apparence, explicites et crues, mais en fait elles sont sujettes pour le spectateur à une interprétation. Elles suggèrent toute une représentation de l’interdit, du secret, où la mauvaise foi, les ruses et les dénis sont présents, sans être immédiatement perceptibles.
On est saisi par le jeu des corps entre les deux partenaires-adversaires du dialogue. Au-delà du texte même très poétique et rythmique, ce sont par leur mouvements, leur rapprochements et leur distance que se décodent les pulsions, les manipulations, les mensonges et les rapports de force des deux personnages. L’un prétend « je suis capable de vous éblouir de mes non ! » l’autre rétorque « toutes les sortes de oui, je les sais ! ».
De ce contact viril et intense entre le dealer (Laurent Ciavatti) et le client (Delry Guyon), excellents, le public perçoit la tension dramatique qui va du désir à l’hostilité puis tend jusqu’à l’extrême précarité des relations humaines qui en découle.
Le décor et la lumière évoquent une ambiance urbaine et accentuent la résonance des propos de l’écrivain. La réussite de la mise en scène permet sans conteste aux acteurs de s’approprier la langue de Koltès et d’en faciliter la substance métaphorique. C’est le pari de ce spectacle capable de toucher un large public…
-Amaury Jacquet-
Avignon – Avignon OFF jusqu’au 31 juillet 2010 à 18 h
Théâtre du Vieux Balancier 2, rue d’Amphoux 84000 Avigon
Tél : 0490824191




