De Profundis d’Oscar Wilde

[ 1 ] 22/03/2012 |

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 15 avril 2012 à 20h

Jean-Paul Audrain porte de tout son être le verbe d‘Oscar Wilde qu’il fait vivre de sa voix profonde dans un jeu juste et subtile. Son interprétation poignante et sensible confère à ce spectacle une vraie dimension.

De Profundis est une longue lettre exutoire qu’écrit Oscar Wilde à son jeune ami, son cher Bosie, qui l’a abandonné suite à sa condamnation à deux ans de travaux forcés pour homosexualité. Durant cette période, il est déclaré en faillite, sa mère meurt, sa femme divorce, ses enfants lui sont retirés par décision de justice. Il a tout perdu, même son nom, et devient le prisonnier C 33. L’auteur évoque dans cette missive le bilan de sa relation passionnelle et destructrice avec son amant, tout en dressant un constat sans concession de l’Angleterre puritaine du 19 ème siècle.

Dans une scénographie épurée, les éléments du décor évoluent et déclinent un univers poétique. Un mouchoir devient une fleur du désert, la couverture du prisonnier est devenue la cape du « Roi de L’art », un carré de poussière les murs d’une cellule ou les vestiges d’une vie ruinée. Une lumière tamisée enveloppe le comédien d’un clair-obscur et accentue la solitude de Wilde qu’Audrain joue seul en scène. D’un jeu d’une grande précision, il restitue par ses intonations vocales et ses déplacements, toute la souffrance charnelle et progressive de l’auteur.

Grâce à l’écriture, Oscar Wilde transcende au fil de cet échange espistolaire sa blessure et son ressentiment. Il s’ouvre alors à une réflexion philosophique sur le sens de la vie où l’amour rédempteur triomphe et affirme sa croyance en la condition humaine.

L’adaptation et la mise en scène qui nous sont proposées par Grégoire Couette-Jourdain mettent en exergue le texte et l’interprétation très intense du comédien. Captif à chaque mot, le spectateur suit alors la progression rédemptrice de ce témoignage et s’imprègne de sa profondeur. La sobriété de la mise en scène laisse à l’acteur tout l’espace pour s’approprier pleinement les modulations du texte, offrant ainsi au public autant d’émotion que de réflexion.

La performance que livre Jean-Paul Audrain dans une forme de dénuement renvoie très justement à l’essence même des mots et leur élévation : « Le vice suprême est d’être superficiel. Tout ce qui est compris est bien. Souviens-toi aussi que ce qui est pour toi souffrance à lire est pour moi misère plus grande encore à écrire ».

Une confession spirituelle qui figure parmi les plus belles pages de Wilde

-Amaury Jacquet-


Categorie: Spectacles/Théâtre

Commentaires (1)

Trackback URL | Flux RSS des commentaires

  1. avatar Bénédicte dit :

    Magnifique ! Grandiose !
    J’adore Oscar Wilde ! Une grande âme !

Laissez une réponse