La Déconnomie de Jacques Généreux démolit notre système économique et ses penseurs (éd. Seuil)

La Déconnomie de Jacques Généreux
© Maxppp Christophe Morin

La Déconnomie de Jacques Généreux démolit notre système économique et ses penseurs (éd. Seuil)

Nous sommes tous ou presque cons parce que nous ne faisons pas l’effort d’être intelligents. Mauvaise nouvelle : l’intelligence n’est pas un réflexe mais un acte de volonté. Il s’agirait donc d’un effort dont nous aurions perdu l’habitude au profit d’un raisonnement qui ne sert que notre survie. L’esprit critique et la recherche de la vérité n’étant plus des priorités ni éducatives ni quotidiennes, notre système économique défaillant n’est jamais remis en cause, pire, il est applaudi. Ainsi pense l’auteur de « La Déconnomie », un titre des plus explicites associant sans détour l’économie et la connerie ! Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui.

Jacques Généreux tacle la pensée dominante  

L’auteur de cette attaque contre le système économique en place se nomme Jacques Généreux. Maître de conférences, professeur à Sciences Po, essayiste prolixe, il a l’économie dans la peau depuis plus de trente ans. Dans ses livres et ses discours, il décortique ses travers et les dénonce inlassablement. Son dernier ouvrage en date, « La Déconnomie », ne déroge pas à ce penchant critique puisqu’il s’agit d’un essai corrosif, accusateur et accablant sur le mauvais état de notre économie et de nos économistes d’élite.

Féru de débats et très bon dans l’art de la critique argumentée, Jacques Généreux prend également plaisir a enfoncé le clou de la bêtise de son prochain, bêtise qui serait la cause première de tous nos maux. A la façon de Don Quichotte, il prend les armes (la plume) et s’attaque à son époque, aux imbéciles, à la classe dominante, à quelques prix Nobel et aux néoclassiques sectaires et bornés (c’est-à-dire tous semble-t-il).

La déconnomie ou un système complétement défaillant

Mais qu’est-ce qui va mal exactement ? Jacques Généreux constate que tout, absolument tout, marche de travers. Le système économique actuel serait un outrage à la rationalité et un contresens complet dans lequel on se complait.

Dans les (très) grandes lignes, le libéralisme effréné, nous explique-t-il, est une aberration vécue comme une bénédiction. La dérégulation financière est un cadeau fait aux actionnaires aux dépens du bien commun donc, de tous les autres. Les politiques économiques utilisées pour contrer les crises ont prouvé leur inefficacité depuis presque un siècle mais personne n’ose ou ne trouve utile de chambouler le système. La gauche et la droite : même combat, mêmes erreurs… Nous pourrions énumérer encore longtemps les lacunes du système étant donné que Jacques Généreux tire à boulet rouge sur tous les pans de la « déconnomie ». Il s’indigne, il s’emporte même souvent, traitant ouvertement d’imbéciles une bonne partie des élites. Rien que ça.

Heureusement, ce ne serait pas tout à fait notre faute si nous ne comprenons rien à rien, nous explique-t-il. Notre éducation nous a formé à la compétition et à la consommation et nos biais cognitifs sont immenses, bref, nous ne saurions plus penser autrement que n’importe comment.

Et si Jacques Généreux avait raison ?

Mes penchants économiques ont toujours été libéraux et, de fait, je pensais m’engager dans une lecture qui me déplairait foncièrement, exaspérante, dégoulinante d’humanisme et aberrante d’idéalisme… Mais l’étonnement m’a cueilli.

L’auteur arrive à déstabiliser l’édifice, cela dit assez mal construit, de ma pensée économique grâce à un raisonnement logique, fluide et chiffré. Alors peut-être que demain, je retrouverai ma raison (qui n’est pas forcément la vérité dirait-il) ou peut-être franchirai-je définitivement le Rubicon d’une pensée de gauche. En tout cas, il a réussi ce petit exploit de me faire douter et peut-être parviendra-t-il à troubler la conviction d’autres lecteurs s’engageant dans son livre l’esprit ouvert.

Pour rétablir « l’équilibre général » de cette chronique, venons-en aux défauts. « La Déconnomie » comporte des chapitres plus ou moins accessibles aux néophytes de la science économique. Le chapitre huit notamment sur la théorie économique fera poindre l’ennui chez un lecteur lambda peu au courant des luttes idéologiques entre néoclassiques et keynésiens. Peu au courant mais surtout qui s’en moque !

Plus important, il se veut objectif et, pour ça, il appuie son point de vue sur le bon sens, la science et l’apprentissage des erreurs passées. Mais sa fougue réprobatrice – bien qu’on s’en délecte puisqu’il tape sans détour sur bien du monde – menace de discréditer son argumentation. En effet, il le dit lui-même dans son dernier chapitre, la pensée est guidée par l’émotion et ses sentiments justement sont très fortement antipathiques à l’égard des néoclassiques dont Jean Tirole (qu’il déglingue) entre autres.

En bref

« La Déconnomie » est donc un essai assez lourd et pas toujours facile à assimiler sur l’échec de notre système et de nos politiques économiques. Un essai raisonné et bien construit qui déclenche questionnements et remises en question. Un brûlot savoureux parce que Jacques Généreux ne s’attaque jamais aux plus faibles mais toujours à la classe et à la culture dominantes. Il a du boulot.

 

RESUME DE L'EDITEUR ET INFOS

La Déconnomie de Jacques GénéreuxLe nouveau management n’est pas seulement inefficace, il tue des gens. La théorie économique dominante n’est pas simplement discutable, elle est absurde. Et les politiques économiques ne sont pas juste impuissantes à nous sortir des crises… elles nous y enfoncent !
Tout cela est à proprement parler « déconnant », c’est-à-dire à la fois insensé, imbécile, catastrophique et incroyable.
Toutes ces folies sont clairement associées à l’extension du pouvoir de l’argent dans le capitalisme financiarisé. Mais le pouvoir des riches n’explique pas tout. Car les journalistes, experts, universitaires et élus qui soutiennent cette déconnomie ne sont pas tous « au service du capital ». Dès lors, rien n’est plus troublant que l’aisance avec laquelle une large fraction de nos « élites » adhère aveuglément au même fatras d’âneries économiques, et s’enferme dans le déni du désastre engendré par sa propre ignorance.
Diagnostiquer cet effondrement massif de l’entendement pour lui trouver quelque antidote : tel est le but essentiel de ce livre. Un manuel d’éducation citoyenne, lisible par tous, à la fois plein d’humour et de gravité.

Date de parution : le 10 novembre 2016
Auteur : Jacques Généreux
Editeur : éditions Seuil
Prix : 19.50 € (416 pages)
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Note
Originalité
Raisonnement critique
Qualité de l'écriture
Olivia Bugault
Fraîchement débarquée sur Publik'art en cette année 2016, Olivia goûte bien trop la littérature, le cinéma et le théâtre ... bref la culture ! pour ne pas s'en mêler par la plume. Ainsi elle vous livre ses analyses sans oublier au passage de saluer bien bas chaque artiste que la critique soit bonne ou mauvaise.

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