Dis-leur que la vérité est belle de Jacques Hadjaje
Le spectacle s’ouvre sur Albert Chouraqui, fils de Gaston et d’Aimée parlant à sa mère défunte. Et dans cette interpellation poignante, c’est un appel identitaire et générationnel qui est lancé.
Sous forme de flash-back, la pièce se fait l’écho de l’histoire chorale de la tribu juive pied-noire des Chouraqui et restitue sa vérité intime et politique.
D’amour contrarié, à l’allégresse partagée, au statut d’Algérois à celui d’exilés, en passant par les rivalités sanguines et la condition juive, on remonte cinquante années de l’épopée familiale où les membres sont très justement caractérisés et parfaitement incarnés. Sept comédiens sur scène pour dénouer le passé et comprendre le présent.
Et dans une effervescence émotionnelle tour à tour émouvante, drôle, profonde, expiatoire, chacun des protagonistes anime et complète le rôle de l’autre dans une énergie, une sincérité et une sensibilité jubilatoires.
La trame narrative multiplie les interférences entre événements personnels, familiaux et historiques, à l’instar des acteurs qui endossent plusieurs rôles, où en entrelaçant les choses de la vie au contexte de la guerre d’Algérie, elle en souligne la dimension humaine et ces blessures indélébiles qu’un exil précipité et forcé cristallise.
Laurent Morteau, en endossant le rôle de Georges, cousin de Gaston, et de Spirit, un personnage de BD masqué et justicier, clin d’oeil à l’imaginaire d’Albert lui même dessinateur, offre une interprétation virevoltante et sensible par un jeu nuancé et investi.
La mise en scène de Jacques Hadjaje, qui est aussi l’auteur de la pièce, réussit à donner corps à cette saga d’héros ordinaires grâce à son rythme enlevé et à ses détails scénographiques évocateurs où la symbolique poétique d’une terre aimée : solaire, joyeuse, rieuse, musicale, amicale, rêveuse et insouciante, est délicatement suggérée et ou reconstituée, loin de tout folklore caricatural. Comme celle aussi de la rupture et du retour à Créteil symbolisé par un caisson bancal et échoué sur le plateau comme un radeau abandonné où l’espace délimité, assigne à ces rapatriés une destinée incertaine et à réinventer.
Soutenue par une direction d’acteurs millimétrée, la transition entre les lieux et les époques s’opère avec fluidité où chaque comédiens dans ses changements, sa gestuelle et son expression se réapproprie l’époque considérée.
Cette vérité là, en tant qu’émanation du théâtre vivant, est belle à dire et à ressentir…
Théâtre Lucernaire jusqu’au 3 juillet 2010
Loc 01 45 44 57 34






Belle chronique qui fait vivre un peu de ton exil au merveilleux pays du theatre !