Disiz La Peste – Disiz The End (Naïve/2009)

Propulsé sur le devant de la scène avec son tube « Je pète les plombs », Disiz La Peste s’est rapidement imposé dans le rap français comme un story teller hors pair. Souvent comparé au rappeur Slick Rick pour ses talents de narrateur, il a su délivrer plusieurs albums de grande qualité. « Jeux de société » reste à ce jour le plus abouti tant musicalement que textuellement ; du bon hiphop imagé aux millions de pixels comme il le dirait lui-même. Malgré une plume habile et une facilité à créer des morceaux au bon potentiel commercial, Disiz de son vrai nom Sérigne m’Baye Gueye n’a jamais réussi à véritablement (re)conquérir le public qui a acheté son premier opus (« Le Poisson Rouge »).
Désabusé, aigri, le rappeur a en marre du rap game, faire de la bonne musique et ne pas rencontrer le succès escompté, c’est dur. Mais c’est surtout l’homme qui sature, surtout après les événements du « 27 octobre » où on a voulu le faire chanter… Alors La Peste annonce « Disiz The End », la fin d’une ère. Abandonnera t-il pour autant tout projet de contamination auditive ? Non, soyons clair, les dernières minutes de la galette en témoigne, un grand monsieur du hiphop français s’en va, Peter Punk pointe déjà (depuis 2008 en fait) le bout de son nez, dans un univers electro-hip-pop assez curieux. On attend d’entendre ce que ça donne…
En attendant ses projets futurs, Disiz comptait bien mettre un terme à sa carrière rapologique de la plus belle des manières. Sortir un projet en indépendant, se débrouiller quasi tout seul et ne pas avoir à suivre les directives artistiques imposées par une maison de disque. Un an et demi de gestation plus tard, une promo originale par le biais d’un blog permettant une proximité avec les fans et un clip tourné dans le désert, voici venu presque incognito la venue de ce dernier opus dans les bacs.
Ce qui frappe après plusieurs écoutes, c’est justement la direction artistique de « Disiz The End ». Oui, cet album aurait très bien pu être produit par une major. Disiz s’est auto-bridé, on sent qu’il aurait voulu aller plus loin dans ses propos sur le politique « Quand le peuple va se lever ». Ils sont toujours là les morceaux destinés à la gente féminine. Il est bien là l’instru dirty south à la mode, le remake du plus gros succès hiphop us de l’an passé (« C’est la vérité »)…
Il fallait appâter les masses, très certainement. Disiz a joué le rôle de l’artiste et du producteur. Quitte à se lancer dans l’aventure de l’Independence, autant que cela rapporte, et on peut le comprendre. Quand c’est bien fait à l’image de l’entrainant « Bête de bombe 4 » dans lequel Disiz remet les choses en place avant de partir, pas de souci. Mais quand il troque son Bic de compétition contre un stylo en panne sèche, désolé, on ne peut qu’être déçu. Où est donc passer son talent de narrateur dont je parlais plus haut sur (notamment) « Le temps précieux ».
La qualité est grandement inégale, la galette est en dents de scie. L’utilisation des assonances donne énormément de profondeur à « Odyssée ». Pourquoi avoir bâclé les textes sur un bon tiers de l’album ? Pour se faire comprendre plus facilement, par manque d’inspiration ? Heureusement, le choix des beats est un des grands atouts de « Disiz The End ». Sur un morceau comme « Il est déjà trop tard », l’ambiance et la force des émotions prend largement le dessus sur la facilité de certaines rimes.
Donner des émotions, faire rentrer l’auditeur dans son monde, c’est également l’un des points forts de cet adieu au rap. Il nous ouvre avec brio l’antre de sa maison et nous compte comment il oublia ses soucis financiers grâce à ses enfants sur « Papa Lova ». Il nous explique très clairement le pourquoi du comment en introduction, nous fais partager ce que serait pour lui « Le monde sur mesure ». Et coup de cœur personnel, nous dévoile avec intensité son amour pour le hiphop sur l’impressionnant « Alors tu veux rapper ?/Flowmatic » (4 beats différents et 6.49 minutes qu’on ne voit pas passer).
Après plusieurs écoutes, on ne revient que sur le bon, la fluidité de l’écoute en prend donc un coup. « Disiz The End » est une bonne surprise, du bon hiphop. Mais paradoxalement, quand on sait qu’il a pris le temps de travailler ce dernier effort avant la semi retraite anticipée, on se dit que la fin est un peu ratée et qu’elle aurait pu être grandiose ou en tous cas beaucoup plus marquante. Les défauts sont difficilement pardonnables car on l’a attendu ce dernier album et on n’en démordra pas, il aurait pu faire mieux. Désolé de faire le difficile, mais « Jeux de société » reste bien au dessus de ce néanmoins fort appréciable « Disiz The End ».



Mon bon vieux Verbal, un bel hommage (même si teinté de doutes). Et j’me mange ton coup de coeur sans modération : « Alors tu veux rapper » une bonne découverte (et du sample anthologickc !!) !