Family Piknik Festival #5 : l’envol des Flamants Roses

Family Piknik Festival

Festival Family Piknik #5 : l’envol des Flamants Roses

Et de cinq pour le petit festival made in Montpellier qui monte, qui monte, j’ai nommé Family Piknik. Cinq éditions d’affilée dont les deux dernières cumulant à 8 000 personnes, pas mal pour un concept inédit sur le territoire national, mais ayant connu de belles réussites chez nos voisins européens : celui de faire la fête toute une journée en commençant dès l’aube, une sorte de garden party électronique idéal pour attirer un large public.

La genèse d’un Family Piknik qui porte bien son nom

Jeux pour enfants, jardins ombragés, restaurations diverses et variées, et même un espace lounge relaxant entre les deux scènes, le concept Family du pique-nique est évidemment bien mis en avant. La gratuité pour les moins de 14 ans, et les plus de 55 ans, permet à ce public familial de se faire une idée sur l’esprit festif électronique qui habite Montpellier et sa région depuis près de 20 ans maintenant. Car l’autre partie du public de Family Piknik, sa grande majorité, c’est celle qui a grandit aux premiers claquements de BPM post-Kraftwerk diffusés sur les dancefloors de clubs mythiques de la région telle que la Villa Rouge (qui accueillait par ailleurs l’after officiel de l’événement).

Family Piknik
La scène Flamant Rose a fait le plein pendant le Family Piknik #5 (2016)

Une génération maintenant âgée entre le quarantaine et la trentaine biberonnée aux sets acid, minimal et techno de Laurent Garnier, Richie Hawtin, ou encore Ellen Allien. La génération du rayonnant Christophe Gimenez, alias Tom Pooks, pur produit Héraultais par l’accent et la bonne humeur constante, DJ émérite par qui ne jurait que Carl Cox lors de ses premières parties françaises, et surtout fondateur du festival.

Il le clame haut et fort à qui veut l’entendre que Montpellier est une terre pionnière de la musique électronique sur le plan national, et qu’elle compte bien le rester. Ce ne sont pas les défections malheureuses des regrettés festivals Borealis et Electromind qui condamneront le genre musical dans la région, ni même le boitillant I Love Techno, qui après une édition 2014 polémique car annulée à la dernière minute, a du mal à reprendre ses aises sous l’égide de Live Nation. Tom Pooks en est certain, et grâce à son réseau très développé dans le milieu de l’electro Underground, il concocte sur la pointe des pieds son premier Family Piknik le 22 juillet 2012 au Parc de la Peyrière, à St Jean de Védas, soit à la sortie ouest de Montpellier.

Family Piknik
Marc Romboy b2b Namito – Family Piknik #5 (2016)

Une première édition ensoleillée à laquelle j’ai eu le vrai plaisir de participer tant son ambiance était festive, remplie de sourire et doté déjà d’un line up à faire pâlir pas mal de petits festivals de l’époque : Michael Mayer, Gui Boratto ou encore déjà Marc Romboy, marquaient déjà l’empreinte du son electro-berlinois qui tournerait régulièrement dans le concept. 1 500 personnes au total, et ce malgré l’organisation du cultissime Monegros Festival dans le même temps. Pas mal du tout. Il faut dire que l’idée d’inviter des DJs à mixer en journée permet de baisser le prix de leur cachet en leur laissant la possibilité d’un deuxième gig dans la nuit précédente, ou suivante. Réussite artistique et bouche-à-oreille favorable ouvrent les portes du château de Grammont et de ses jardins en particulier à Family Piknik pour les deux éditions suivantes. Deux jours de fête délirants et sold out qui verront continuer à se succéder des artistes de plus en plus pointus tels John Wink, Rodriguez Jr, Tale of Us ou encore les fous furieux du ElRow show, les inventeurs espagnols de la fiesta total rappelant le film The Party de Blake Edwards pour leur créativité et leur démesure.

Malheureusement, de la friture s’installe sur la ligne en cet été 2014 avec le nouveau maire de Montpellier, Philippe Saurel. Suite à de nombreuses plaintes pour détérioration du jardin de Grammont, le festival se retrouve persona non grata sur ce lieu, voire à Montpellier même. Cet été, l’annulation du festival Radio France Tohu Bohu qui se tenait sur la place Dyonisos, entre la médiathèque Zola et la piscine olympique est aussi menacée. Les rumeurs voudraient que Mr Saurel ne porterait pas trop le genre musical dans son estime, et que Family Piknik pourrait migrer sous d’autres cieux comme ceux plus roses de Toulouse. La scandaleuse annulation d’I Love Techno en décembre 2014, juste quelques minutes avant l’ouverture des portes, restera le summum de cette incompréhension mutuelle entre organisateurs déconcertés, pouvoirs publics flous, et fêtards venus de l’Europe entière en colère. Mais, très vite les négociations reprennent avec l’équipe municipale montpelliéraine et Tom Pooks, pour s’achever sur la concession du Parc Montcalm et ses 26 hectares pour l’organisation des Family 2015 et 2016. Montpellier ne peut jamais nier trop longtemps son héritage électronique.

Edition 2016 du Family Piknik Festival

C’est donc dans le lieu parfaitement ombragé et suffisamment grand pour y mettre deux grandes scènes sans que les sons se télescopent de manière cacophonique que se déroule depuis deux années Family Piknik. L’an dernier, l’ElRow show avait dynamité encore une fois l’événement avec des performances artistiques de toute beauté et à la poésie dingue (Qui se souvient encore de l’énorme éléphant luminescent qui déambulait sur le son de Jamie Jones ?). Solomun, Dubfire, Bodzin/Romboy ou encore Adriatique avaient livré des sets de très hautes volées, permettant dès le lendemain aux organisateurs et à la mairie d’envoyer un « à l’année prochaine » prometteur. La zone de turbulence passée, le lieu apprivoisé, le line up toujours aussi créatif et exigeant pour cette édition 2016, il est temps de s’y plonger.

Premier constat pour une arrivée sur parking à 10h, celui-ci est déjà à moitié plein, là où à la même heure, ou prou l’an passé, nous étions quelques paumés à boire des bières au rythme de la deep house matinale. Malgré la météo capricieuse et ses averses sévères nocturnes, le public est là et ne veut pas louper une miette des sets de Bohn, Nicolas Cuer ou de l’incontournable Tom Pooks pour bien lancer la journée. L’affluence est à saluer d’autant plus qu’il faut tenir compte du contexte terroriste actuel qui nous est vite rappelé par la présence d’une poignée de militaires hyper-concentrés juste devant l’entrée du festival. Ils seront appuyés tout le long de l’événement par un bon nombre de policiers municipaux que l’on croisera régulièrement, ainsi que par les membres de la sécurité dont la rigueur et le sérieux est à signaler malgré l’incivilité de certains festivaliers.

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Tom Pooks lance les festivites avec Nicolas Cuer – Family Piknik #5 (2016)

Une fois à l’intérieur, on constate très vite que malgré la même utilisation de lieu d’une année à l’autre, l’espace est beaucoup mieux organisé, encadré. Les aires de jeu d’enfant restant au tout début et à l’écart, les stands de nourriture, alignés pas loin des toilettes, proposant des produits bien plus variés (Vive les bokits du Culo’t des Antilles !), ou encore un seul et même bar jamais débordé et à mi-distance des scènes.

Côté musique, on est très vite plongé dans le son berlinois avec le crépusculaire morceau Rectum de Fango joué par Tom Pooks himself. Rien de mieux pour rendre hystérique les premiers oiseaux matinaux de Family. Des flamants roses d’ailleurs surement que ces oiseaux. Soit l’animal emblème du festival et des divers étangs de la région, et qui orne le magnifique main stage. ME&Her, le duo Germano-Suisse de DJettes envoute la scène Hexis en parallèle avec une deep house où les poussées de minimal ne sont jamais loin. Guy J, le talentueux et exigeant producteur israélien succède aux filles avec une tech house suave, jamais agressive et planante. Le bonhomme est dans son trip et nous fait voyager assez facilement avec lui alors que le soleil tente une timide percée à travers les très nombreux nuages et feuillages du jour.

Guy J sur la Helix Stage
Guy J sur la Hexis Stage – Family Piknik #5 (2016)

Survient alors le premier casse-tête de la journée pour tout amoureux de musique électronique qui se respecte : Butch démarre sur la scène Flamant Rose pendant que l’habitué Marc Romboy (3e participation à Family) nous propose un back to back avec Namito sur le Hexis stage. On commencera donc par la scène principale où Butch nous enivrera avec une deep house dont il a le secret et qui hante la plupart de ses compositions. Retour sur l’Hexis Stage, pour un changement d’ambiance radical. Romboy et Namito nous ont concocté un vrai Systematic soundsystem, du nom du label créé par le premier nommé et sur lequel de nombreux artistes ont fait leurs premiers pas tel Dusty Kid ou Stephan Bodzin. Le son est puissant et racé. Les basses vrombissent, le kick est assuré et, très vite, beaucoup de festivaliers sont entrainés par un Romboy, en claquettes, sans complexe malgré le fait que nous soyons à l’heure de la sieste.

Idéal pour lancer Fritz Kalkbrenner, petit frère de, et au registre musical très festif et joyeux. C’est sans doute lui, l’artiste qui à le son le moins Underground de la journée. Et cela passe très bien pour relancer la machine après le fameux … pique-nique. Une fois en jambe, c’est l’heure de reprendre les « choses sérieuses » avec la légende Sven Väth, pionnier de la musique électronique au même titre qu’un Laurent Garnier ou Plastikman. Le bonhomme a perdu sa mèche blonde caractéristique depuis quelques saisons, arborant un look plus sage derrière des lunettes rondes. Mais le public, venu en masse l’écouter jouer, et danser sur ses tracks, ne se trompe pas. Sven FAT, de son surnom amplement mérité, reste une sacrée référence dans le milieu, et soulève très vite Family Piknik. Le soleil est de retour, la température estivale avec, le son d’Ibiza est dans la place grâce au boss du label Cocoon. Monstrueux. Premier vrai coup de chaud. Le remix de son dernier track Electrica salsa par Henrik Schwarz restera un des grands moments de ce Family.

Family Piknik
La folie sous Sven Vath – Family Piknik #5 (2016)

Les trois heures de son set sont passés à une vitesse folle, et aux premières notes trop acides de Lee Van Dowski, c’est l’heure de faire une dernière sortie. Car, oui, en plus d’autoriser la nourriture à l’intérieur, de par son nom, le festival nous permet d’effectuer deux sorties sur l’ensemble des 16 heures que dure l’événement. Que demander de plus ? Peut-être de reprogrammer Lee Van Dowski à une autre heure que 18h, car un son avec des sonorités aussi aigües et acid que le sien n’était pas vraiment à sa place à cet horaire. Petit coup de griffe musical. L’autre remarque que je pourrais faire serait sur la ponctualité de certains DJs, mais bon tant que la musique est bonne …

Lors des 4 dernières heures du festival, les deux scènes ont prit leurs identités respectives et marquées. Sur la Hexis, ce sera les latinos Shall Ocin, Argentin, et Maceo Plex, d’origine cubaine, qui diffuseront le son dark et tech house de Ellum. Tandis que sur la Flamant Rose, le duo Pig&Dan et l’Italien Joseph Capriati balanceront une tech house progressive et rythmée en crescendo jusqu’au douze coups de minuit. Le tout avec des performers lanceurs de flamme et jongleurs de toute beauté. L’esprit Family comme on l’aime. Maceo Plex me donnera mon dernier coup de coeur avec Solar Detroit et son break complètement transcendant, permettant de jeter mes dernières forces dans ce Family Piknik 2016.

Family Piknik
Sunset montpellierain, la soirée continue – Family Piknik #5 (2016)

Le bilan du Family Piknik #5

Cette édition est sans aucun doute possible celle de la maturité et de la confirmation pour Tom Pooks et son équipe. De part la cohérence et la réussite de son line up, entre expérience, découverte et DJ star (Maceo Plex étant l’un des artistes Underground les plus demandés de ces derniers mois), Family Piknik acquiert la fiabilité nécessaire pour s’établir dans le temps comme un événement majeur du calendrier électronique estival français.

Il se posera alors la question inévitable du développement d’un événement qui se retrouve vite à l’étroit au Parc Montcalm compte tenu de la forte demande du public. Un retour à Grammont pourrait être alors souhaitable, mais sûrement pas dans le parc, mais plutôt dans les belles prairies qui ont su accueillir Borealis des années durant. La question de l’horaire et donc du concept pourrait être revu également pour transformer le sympathique « pique-nique familial » en festival électronique majeur comme Montpellier en a déjà accueilli par le passé. La situation idéale de la ville au centre du sud de la France, et sa réputation de terre électronique n’est plus à faire.

A vous, messieurs les organisateurs, et à nos élus de s’assoir autour de la table pour voir jusqu’où pourra grandir Family Piknik.

Crédits photos : Jean-Marie Siousarram

Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

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