Fish Tank, un film de Andrea Arnold

[ 0 ] 26/06/2012 |

Sortie au cinéma le 16 septembre 2009

Synopsis : A 15 ans, Mia est une adolescente rebelle avec une unique passion : la danse hip hop. Un jour d’été, sa mère rentre à la maison avec un nouvel amant, Connor, qui s’installe chez elles. Est-ce enfin une promesse de bonheur ou bien un leurre ?

Jeter un Chaperon Rouge en pâture aux griffes masculines dans une banlieue de l’Essex en 2009, pari passionnant d’Andrea Arnold.
La réalisatrice (scénariste de chacune de ses œuvres) a remporté pour ce film le Prix du Jury au festival de Cannes en 2009 (prix également gagné en 2006 pour Red Road).
A l’image du conte de Perrault, Fish Tank s’intéresse au passage à l’âge adulte d’une jeune fille, Mia , Katie Jarvis, et de son rapport à la figure masculine. Ici pas d’angélisme, l’adolescente est fan de hip hop, déscolarisée et légèrement alcoolique. J’en conviens, le contexte évoque d’avantage Ken Loach que le Chaperon Rouge ; pour le reste, il existe une véritable filiation. Comme à l’accoutumée dans les drames sociaux britanniques, Mia (Katie Jarvis) vit dans une famille monoparentale, avec sa jeune sœur. La figure paternelle est inexistante, plus exactement elle est plurielle. L’arrivée de Connor, Michael Fassbender, un énième beau-père, réveille l’espoir d’une altérité complice. L’acteur germano-irlandais incarne avec le talent que nous lui connaissons (Hunger, Inglorious Basterds, Shame, Prometheus, …) un personnage ambivalent, à la fois bucheron sauveur et loup prédateur sexuel.

La plus grande réussite du film se trouve dans cette relation naissante entre l’adolescente et Connor. Mia, sujette de soi-même, réduite à une marmite d’hormones, surinvestit chaque rapport social avec l’adulte. Sous le même sourire charmeur de Michael Fassbender se trouvent les deux figures masculines du conte du Petit Chaperon Rouge. Du protecteur asexué et de l’amant, quel visage revêtira finalement Connor ?
Comme le Chaperon Rouge et comme dans toute trajectoire féminine, Mia est mise au défi, après la rencontre avec le Grand Méchant Loup, d’accepter la perte de son enfance et sa sexualité. Cette lutte interne est retranscrite en une séquence bouleversante stimulant nos glandes lacrymales : Mia kidnappe une jeune fille avant de réaliser l’absurdité de son geste.
Il faut enfin s’attarder sur la réalisation d’Andrea Arnold : irritante à souhait en ceci qu’elle est inégale. Quelques scènes sont des sommets de sensibilité, de trouvailles géniales, notamment lorsque l’adolescente feint d’être endormie et se laisse porter puis coucher par Connor. D’autres détonnent par leur lourdeur et leur kitsch. Le plan final suffirait presque à désavouer toute l’œuvre. La cohabitation de ces deux extrêmes déconcerte mais est sauvé en partie par le jeu des acteurs.
Nous avons pu lire lorsque le film a été présenté à Cannes qu’il était une chronique sociale. Certes. Mais il est bien plus. Il est l’histoire d’une métamorphose, de la sexuation d’une jeune fille. Le film est réussi en ce qu’il est une fable contemporaine, une rêverie adolescente tranchant avec le chaos social et émotionnel de son environnement. Dans Fish Tank, Andrea Arnold dévoile les plus grands talents de réalisation et d’écriture mais également des maladresses naïves confondantes. Fish Tank demeure une œuvre poignante de sincérité aux incarnations justes.


Maxime Antony


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Categorie: Cinéma, Critiques Films

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