« Hiroshima mon amour » de Marguerite de Duras mise en scène par Christine Letailleur, à Paris

Théâtre de la Ville aux Abbesses jusqu’au 27 avril 2012
Christine Letailleur transpose sur scène le texte charnel et passionnel de Marguerite Duras, « Hiroshima mon amour » qui est à l’origine le scénario écrit pour le film culte d’Alain Resnais en 1958, symbole de la nouvelle vague .
Une histoire à deux personnages – transfigurée par un amour impossible aux confins de la mémoire et de l’oubli, de l’abandon et de l’indicible – qui deviennent amants 24h : « Elle », actrice française venue tourner un film sur la paix ; et « Lui », architecte japonais, marié, père de famille. En reprenant ce matériau filmographique, elle en livre la parole fébrile et définitive de l’écrivain où se scrute cet obscur objet du désir avec pour seul décor une mise à nu des corps et des âmes consumés par la passion et le chaos du monde : hypnotique.

La pièce s’ouvre par la vision d’un homme nu vu de dos, les bras levés, plaqué contre une paroi suggérant un lit à la verticale, le buste juste éclairé. Sur lequel sorti de l’obscurité vient se lover le torse d’une femme et le commencement d’un dialogue avec ses mots martelés : « Tu n’as rien vu à Hiroshima », dit-il. « J’ai tout vu. Tout », dit-elle.
Et la survivance fantomatique du souvenir où chacun des amants, aimantés par le désir, se raconte dans l’interdit des sens et la puissance des non-dits : elle a été tondue à la Libération pour avoir aimé un Allemand ; il a vu sa famille décimée dans l’explosion atomique d’Hiroshima.

A partir de ce fil conducteur qui cristallise l’impossible oubli en l’absence d’une résurgence de la mémoire, la metteur en scène Christine Letailleur, également scénographe, nous plonge au coeur de la parole durassienne, incisive, répétitive et elliptique qu’elle habille d’images d’archives de la ville japonaise dévastée, traversée d’extraits de Pluie noire de Shohei Imamura et d’effets sonores accompagnant l’emprise du trouble sensoriel.
« Elle » c’est Valérie Lang sculptée dans sa nudité par les lumières de Stéphane Colin et proprement souveraine dans sa liberté d’être. Hiroshi Ota, « Lui », incarne avec un accent prononcé l’amant japonais à la fois sensuel et mystérieux.
Un puissant jeu durassien où le passé enfoui se réapproprie à jamais la vie…
-Amaury Jacquet-

Categorie: Spectacles/Théâtre






