Interview de Thomas Vinterberg pour son film « Submarino »
Thomas Vinterberg s’est fait un nom en tant que co-fondateur avec son ami Lars Von Trier, du mouvement Dogme 95 et une réputation internationale avec le succès mondial de Festen. Ce film qui relate une tragique réunion de famille est plébiscité par la critique et reçoit le Prix spécial du Jury à Cannes en 1998.
Pour la sortie de son nouvel opus Submarino sur les écrans le 1er septembre 2010, un film magistral qui nous a beaucoup impressionnés et chroniqué sur Publik’Art ici, il est de passage à Paris où il nous a accordé une interview.
1) P’Art : Dans votre film, les deux frères sont séparés par la vie mais aussi par la structure du film où ils cheminent en parallèle avec une forte caractérisation sociale. Cette construction opère chez le spectateur un questionnement, lui amenant à porter un regard différent sur leur comportement à l’instar de cette maxime « il ne s’agit pas de juger mais de comprendre » et qui nous poursuit après la projection du film.
Diriez-vous que votre film est politique ?
Thomas Vinterberg : On peut le voir comme un film politique mais en tant que cinéaste je me définis comme un explorateur, un observateur dont la curiosité a consisté à m’intéresser à ceux qui ont atteint le fond, confrontés à un environnement dur et violent, qui ont du mal à remonter à la surface et à échapper à leur destin familial.
2) P’Art : Le déterminisme social, induit par le fait que l’on ne choisit pas sa famille, est un élément marquant du film. Nick le héros de Submarino se bat pour garder la tête hors de l’eau et se débarrasser de la douleur avec laquelle il est né. Son frère, dans sa tentative de rapprochement, exprime un sentiment très juste et émouvant d’humilité face à la vie qui prend un caractère universel où il dit avoir fait ce qu’il a pu pour y arriver.
Comment avez-vous dirigé vos acteurs pour réussir cet équilibre entre un jeu d’une grande sobriété et une expression émotionnelle très intense ?
Thomas Vinterberg : Submarino est en effet un film sur la famille qui constitue la structure référente la plus importante dans la vie et en même temps ce sont des gens que l’on n’a pas choisis, c’est là toute la portée de la destinée.
La famille est un thème qui m’intéresse beaucoup et que j’avais aussi abordé dans Festen mais sous l’angle d’un huis clos familial dramatique d’enfermement alors que là les personnages sont tournés vers l’extérieur.
Le jeu des acteurs s’est avéré très physique et très direct pour traduire au plus près la réalité du vécu des personnages en s’apparentant à une expression très proche de celle du théâtre.
3) P’Art : Votre film relate une grande violence psychologique mais qui fait place aussi à une grande tendresse où les personnages, par delà leur détresse, portent de l’attention aux autres. Et sa construction procède ainsi par opposition, c’est le cas également avec la vision de l’enfance qui est montrée paradoxalement comme un état très mature et très responsable. L’univers est glauque mais on cherche aussi à aller vers la lumière.
Votre mise en scène s’est attachée à souligner ces contrastes. Pouvez-vous nous en expliquer les procédés ?
Thomas Vinterberg : La mise en scène s’est voulue rythmée, très symbolique en jouant notamment sur des flash-backs, une lumière tantôt très pure pour signifier une divinité avec la scène du baptême, de l’enterrement et des clairs obscurs pour les scènes quasi documentaires.
4) P’Art : Les effets symboliques que vous évoquez ressortent aussi de la puissance narrative tels que l’affirmation viscérale du lien familial, la rédemption de Nick qui en perdant une main, puis son frère, réussit à remonter à la surface; la transmission où le jeune Martin retrouve Nick, son oncle, assurant la continuité du lien.
Pensez-vous que cette symbolique à une connotation religieuse ?
Thomas Vinterger : Oui, elle revêt en effet une signification religieuse qui participe à la force du propos et bien que personnellement je sois hâté et interrogatif sur l’après.
La rencontre entre le jeune Martin et son oncle est un élément narratif que j’ai ajouté à l’adaptation du livre de Jonas T. Bengtsson et qui me semblait très important pour la puissance évocatrice et la cohérence de l’histoire.
5) P’Art : Vous vous apprêtez actuellement à monter votre pièce et qui constituera votre première mise en scène de théâtre.
Pouvez-vous nous dire quel en est le thème ?
Thomas Vinterger : C’est la suite de Festen et la parabole de la famille dont l’exploration me passionne.






Alors là Amaury, tu me bluffes… et c’est rien de l’écrire ! Maintenant je veux des détails sur le pourquoi du comment : diantre, comment as-tu pu le rencontrer? Dans quelle occasion, où et combien de temps? Que t’as inspiré le personnage, sur le plan humain? Je suppose tout en anglais (mon vieux t’en as du vocabulaire !!!) sur dictaphone? As tu pu faire qqs photos?
M’en remets pas… t’as rencontré Vintenberg, suis vert !! Super bon boulot en tout cas, on aimerait que ça ne se termine jamais !!! Godt !!!
Super ! Il ne me reste plus qu’à découvrir ce film pour mieux comprendre la finesse de ton interview.
En tout cas, bravo Amaury !
Oooooh Yesss ! Amaury, t’es le meilleur ! On sent que vous êtes sur la même longueur d’ondes dans cette interview. Tu as l’air d’avoir eu une bonne lecture du film. C’est génial de pouvoir lire Vinterberg ! Merci pour cette mission remarquablement accomplie.
Excellente interview! J’avais vraiment adoré Festen, vivement celui là !