Interview d’Odyl aux Francofolies de La Rochelle : « Jacques Brel est un super rockeur »

Odyl, rockeuse parisienne a délaissé la capitale quelque temps pour courir les scènes françaises. Entre festivals, premières parties et cafés concerts, elle tente de faire son trou avec ses textes plus qu’avec sa voix. Nous l’avons rencontrée au lendemain de son concert aux Francofolies de La Rochelle où elle ouvrait la scène SFR jeunes talents.
Qu’est ce que ça fait de jouer devant des gens qui ne sont pas là pour toi et qui ne te connaissent pas forcement ?
C’est le pari à chaque fois. J’ai enchaîné beaucoup de premières parties avec des gens qui ne me connaissaient pas du tout. Le but c’est qu’à la fin du concert ils rentrent dans le truc, ce qui n’est pas forcement évident. Pour les Francos, le pari était plutôt réussi, comme sur la plupart des dates de cette année ce qui est d’ailleurs super encourageant. J’adore voir la réaction du public qui, au début, nous regarde avec un air un peu sceptique, et qui, au fur et à mesure du concert, commence à bouger la tête, à taper du pied, des mains… Et quand à la dernière chanson ils sortent leur téléphone pour filmer, là tu te dis qu’ils ont envie de garder une trace de ce moment. C’est bon signe.
Comment tu vis le fait d’enchaîner les premières parties et les festivals, le lot des artistes en début de carrière ?
J’ai un parcours artistique particulier. Odyl existe depuis 1 an et demi à peine, mais je fais de la musique depuis 10 ans. Avec mon précédent groupe on avait acheté un camion pour partir sur les routes et on a monté notre propre label. À cette époque là, on a fait beaucoup de concerts “galères”, dans des cafés concerts. C’était vraiment à l’ancienne. On jouait entre le flipper et la porte des chiottes. Mais depuis que j’ai monté Odyl, j’ai des tourneurs, j’ai la chance d’être entourée, c’est ma première vraie tournée. Ce n’est pas moi qui organise, qui trouve les dates, qui paye les billets de train, qui paye la route… Ça peut paraître con, mais j’ai perdu beaucoup d’argent en faisant des tournées pendant des années. Et même si je ne vis pas encore de ma musique, je pars sur les routes dans de très bonnes conditions. Et puis surtout je joue devant du monde, alors que j’étais habituée aux salles à moitié vides. Là c’est des salles de 200 à 1500 personnes. Certes, ce n’est pas mes concerts à moi, mais c’est l’étape supérieure par rapport à mes années de système D.
Tu dis que tu ne vivais pas de ta musique, qu’est ce que tu fais quand tu ne chantes pas ?
J’avais pris un taf alimentaire de vendeuse car j’ai arrêté très tôt mes études d’art. Il me fallait un travail pour payer mes cordes de guitare et mon jambon. J’ai travaillé pendant toute ma vie, jusque cette année, et je me suis dit que c’était ma chance de me lancer à fond dans ce projet là. Du coup je me suis fait licencier pour pouvoir vivre sur mes Assedic. Je n’ai pas l’impression de voler l’Etat vu que j’ai travaillé pendant des années et je continue à travailler super dur.
Dans certains morceaux, tu passes pour une femme indépendante, une mangeuse d’hommes. Est-ce un rôle que tu te donnes ou est-ce la vraie Odyl ?
Je n’ai pas l’impression que l’image que je donne est celle d’une mangeuse d’hommes, à part sur certains morceaux comme “rouge à lèvres” qui peut être interprété de pas mal de manières. Quand on voit l’ensemble de mes titres, des chansons comme “salauds », « douce et docile », ou même “petite”, on voit que je suis loin d’être une mangeuse d’hommes et qu’il y a plus de mélancolie qu’autre chose dans ce que j’écris.
Et du coup, es-tu la même sur scène et dans la vie ?
Non ! C’était important pour moi d’avoir un nom de scène. J’ai l’impression d’être carrément deux personnes. Ça relève parfois de la schizophrénie. La fille qui est sur scène n’est pas du tout la même que celle de la vie de tous les jours qui est très timide et a du mal à aller vers les gens. Je suis un peu sombre. Et sur scène, c’est le penchant inverse. C’est ce qui me fait vivre et survivre.
D’ailleurs, pourquoi Odyl ?
Dans mon ancien groupe, on avait tous des surnoms marrants. Mes gars ont commencé à m’appeler comme ça. Les gens dans les concerts pensaient même que c’était mon vrai nom ! Au moment où j’ai cherché un nom de scène, tout le monde m’a dit : ‘prends Odile, tout le monde t’appelle déjà comme ça’. J’ai d’abord pensé : ‘hors de questions, c’est trop moche’. Puis je me suis dit que c’était un nom naturel pour moi parce qu’il est un peu vieillot, différent et pas à la mode, comme moi. Ce nom correspond aussi au message que je transmets dans mes chansons. Tu as le droit de t’appeler Odile et d’exister. Puis j’ai changé l’orthographe et j’en ai fait un slogan (Over Dose Your Life) qui définit bien ma vie et surtout mon projet actuel. Pour réussir, j’ai arrêté de taffer et j’ai foncé tête baissée comme j’ai foncé tête baissée dans la musique en arrêtant mes études. C’est l’idée de vivre sa vie à fond quels que soient les risques.
Tu te sens plus proche des rockeurs anglais avec tout ce qu’ils ont de nihiliste ou des paroliers français ?
Il y a un peu des deux, ce n’est pas contradictoire, La chanson française à la Bashung ou Higelin et le rock américain de la période grunge ne sont pas contradictoire. J’aime bien dire que Jacques Brel est un super rocker et que Kurt Cobain est un super poète. Ils sont sur la même longueur d’onde. Quand je vois un Jacques Brel en sueur, écorché, qui transmet quelque chose de ouf sur scène, je me dis que Kurt Cobain fait la même chose et je ne trouve pas que ça s’oppose.
Avec de telles références, te considères-tu comme une artiste antisystème ?
Le rock n’est pas forcement nihiliste. C’est vrai que j’ai un côté je-m’en-foutiste, c’est une manière de dénoncer le système, ou en tout cas la bienséance qui existe dans notre monde. Quand tu es une fille tu n’as pas le droit de dire le mot couille, par contre tu as le droit de baiser, mais il ne faut surtout pas en parler. En même temps j’essaye de faire en sorte qu’il y ait un peu d’espoir dans ce que je dis. J’ai l’impression de passer 95% des mes chansons à dire c’est noir, c’est sombre, c’est mélancolique. Il reste 5% ou je dis, ‘oui mais’. Ces 5 % sont importants, j’essaye de ne pas les oublier.
Raconte-nous ton plus gros bide ?
Le mien, je n’ai jamais réussi à avoir d’abdos ! Plus sérieusement, ma carrière n’est pas assez longue pour avoir fait un bide. Si, en fait ma carrière est un bide pour l’instant. Mais j’ai déjà été attristée par ma performance scénique. Il y a un concert cette année pendant lequel je n’ai pas réussi à devenir Odyl en montant sur scène. Je suis resté sombre pendant tout le concert. Ça m’a rendu ouf’ car je me suis dit que si même sur scène ça ne va pas, ça n’ira plus jamais.
Pourquoi tu ne fais pas une téléréalité pour te faire connaître ?
Parce que mon nez ne passe pas dans la télé, sauf si tu as un grand écran ! J’ai été contactée par The Voice l’année dernière mais ça ne m’intéresse pas. Ils cherchent des chanteurs, moi je n’en suis pas une, je me considère plus comme une artiste. Un Gainsbourg se serait fait jeter de The voice. Un Sirkis se serait fait dégager de la Star ac’… C’est pas forcement des gens qui ont des voix de dingue, et pourtant ce sont des artistes. Je me sens plus proche d’eux que de Nolwenn Leroy ou de Jenifer. Ma passion c’est d’écrire. Puis je me suis mise à chanter ce que j’écris, d’abord très faux, maintenant un peu moins. C’est plus le message qui me passionne, le fond que la forme.
Que dirais-tu pour donner aux gens l’envie de t’écouter ?
Viendez au concert ! J’ai toujours eu du mal à me vendre. Mais ma qualité première est d’être sincère et de me donner à fond. Quand on me voit sur scène, on aime ou on aime pas, mais c’est que je transpire bien en dessous des aisselles !
Quel est le message principal que tu essayes de faire passer?
Soyez différent et assumez-vous dans votre différence. Ne vous laissez pas faire. Ni par un père, ni par une mère, ni par un employeur, ni par n’importe qui, quel que soit son pouvoir, même si au quotidien ce n’est pas évident.
Un brin anarchiste, non ?
Peut-être. C’est sûr que je suis plus anarchiste que pétainiste !
Categorie: Musique








