Je fais feu de tout bois, un film de Dante Desarthe

[ 2 ] 25/05/2012 |

Sortie le 30 mai 2012

 

Synopsis officiel : Comme chaque année au festival de Cannes, Daniel Danite, cinéaste, cherche un moyen de sauver le 7ème art, en danger perpétuel, selon lui. Son idée du moment, que chaque cinéaste se choisisse un frère. Ça ferait deux fois moins de films, ils seraient deux fois meilleurs. D’ailleurs les frères Lumière ne sont-ils pas à l’origine de tout ? Un « ami » producteur, pour se débarrasser de lui, lui suggère d’aller plus loin. Des Taviani aux Farelli, des Dardenne aux Coen, il y en a, des frères. Des triplés cinéastes, en revanche…Illumination. Daniel a trouvé sa voie. Pour se démarquer, il doit devenir le troisième frère Coen. Il quitte femme et enfants et décide de tout faire pour joindre Ethan et Joël Coen, et les convaincre de l’adopter…

Dante Desarthe avec Je fais feu de tout bois signe la suite de son premier long-métrage déjà remarqué, Je me fais rare (2005). On y suit les tribulations de Daniel Danite, cinéaste (ne surtout pas dire réalisateur, mot qu’il répugne dans la mesure où la notion d’art y est étrangère), sorte de double fictionnel fantasque de Dante Desarthe. Dans ce second opus, l’assistant de Daniel (devenu beaucoup plus connu que lui) lui offre la possibilité de tourner un petit film destiné à un musée sur le thème du post-modernisme. Daniel accepte le projet, mais en fait rapidement une oeuvre personnelle, métamorphosant le sujet à sa guise pour en arriver à cette idée : le cinéma doit se renouveler, chaque cinéaste doit se trouver un frère d’art (même deux) pour tourner avec. Daniel pense donc logiquement aux frères Coen et se met en tête de les rencontrer. Cinéastes reconnus par la profession, auteurs de films cultes usant d’une grande créativité : ils sont les candidats parfaits.

Jouant sur le procédé de la mise en abime, difficile de décortiquer ce film tant il foisonne d’idées. Si l’esthétique est celle d’un film amateur, le contenu est sans conteste celui d’un véritable créatif. Je fais feu de tout bois fonctionne comme une psychanalyse, du personnage d’abord et sans doute de l’auteur in extenso. D’ailleurs lors des séances d’analyse, nous ne voyons pas le visage du psychanalyste attestant l’idée d’une thérapie imaginaire.

Dans la forme et dans les mots, Dante Desarthe fait de son personnage un poète, un grand enfant arrogant qui privilégie son art à sa famille. Daniel est hors de la réalité et ne vit que pour le septième art, d’autant plus que personne n’est vraiment là pour freiner ses exubérances.

Véritable puits d’idées, le titre trouve sa justification dans le caractère du personnage qui ne cesse de rebondir et de s’emparer du quotidien pour l’accommoder à son imaginaire (par exemple pourquoi ne pas compter le temps en lave-vaisselles possédés jusque ici ?). Répondant toujours présent pour  l’art, Daniel en vient à occuper à court terme le poste de professeur de cinéma pour un stage de personnes en ré-insertion professionnel. Jouant d’une pierre deux coups, il prend cette opportunité pour nourrir son film sur les frères Coen et refait jouer à ses élèves The Big Lebowski donnant lieu à une réadaptation approximative. Des acteurs plus qu’amateurs, des explications flottantes, une transposition dans un bowling miteux du sud de la France… l’absurdité est telle que  qu’on ne peut que se prendre d’affection pour ces gentils losers.

Dans Je fais feu de tout bois toute gravité est évincée (ainsi une annonce de mort se fait sous fond de chanson paillarde) et tout problème trouve sa solution ; une véritable jubilation pour le spectateur habitué aux drames foisonnants ou aux comédies sans fonds.

Pour son ton quelque peu absurde et son goût du  »bricolage », on pense à La Reine des Pommes de Valérie Donzelli, autre poétesse de l’image dont la frontière entre réalité et fiction est souvent ténue, mais Dante Desarthe a bel et bien son univers et s’approprie brillamment  le genre de l’autofiction.

Pleine d’humanisme, Je fais feu de tout bois est une comédie intelligemment construite où la fantaisie prime jusqu’à la fin (quelque peu attendue certes, mais n’en dénotant pas moins d’originalité) et c’est avec une jouissance ludique que le spectateur se laisse porter par les tribulations de Daniel.

Mégane Mahieu


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Categorie: Cinéma, Critiques Films

Commentaires (2)

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  1. avatar C. dit :

    Sympa… de voir que tu es citée dans le dernier n° des Inrocks à l’occasion de la promo du film ! P’Art imprimé dans les Inrocks, respect…

  2. avatar E. dit :

    Bien joué Mégane. Bientôt sur les jaquettes DVD !

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