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Je suis deux, un texte et un dessin (Ankama)

[ 0 ] 02/03/2010 |

De Marietta Ren et Eugény Couture
Ankama Editions,
Parution le 11 mars 2010

Deux auteures, un coup de crayon et un texte élégants, épurés. Une femme en deux, elle et lui, deux. La femme et son corps. Ses complexes, ses problèmes avec son image, on les connaît déjà bien mais qu’en dit l’accomplissement amoureux ?

Questionnement contemporain, questionnement intemporel aussi qui tient du mythe. La belle et un monde physique noir et plein de matière, qu’elle fuit. Isolée et protégée tout en haut dans son esprit, dans sa tour, dans sa bulle, où tout est douceur, poésie, rêve et perfection.

Sa petite terre à elle s’éloigne résolument de la vraie terre et de ses prétendants innombrables et semblables, oppressants et agaçants…Et elle perd tout attachement possible à une vraie histoire d’amour.

Ce petit livre de forme unique et carrée, tout de noir et de blanc, c’était la première fois qu’Ankama Editions proposait la chose. C’était pour leur coup de cœur, pour le nôtre aussi.

Un noir et blanc, pur et ambivalent, simple et juste, intemporel et universel, comme le sujet : entre corps et esprit, entre soi et l’autre, entre moi et nous…Les déclinaisons sont similaires et si différentes pourtant.

Marietta Ren, dessinatrice et Eugény Couture, écrivaine, vous proposent ici un point de vue original sur la relation amoureuse, ou plutôt sa genèse : une vérité omniprésente de tous les jours et universelle…Devoir se retrouver pleine et entière, en accord avec toute sa personne, corps et esprit, avant de s’abandonner à l’autre. La philosophie nous l’a dit, s’aimer avant d’aimer l’autre, mais se pencher sur la difficulté sensible de l’épreuve est une idée qui ne va pas vraiment de soi. C’est une problématique de tous les âges et malgré l’essence féminine de l’oeuvre, elle concerne aussi bien l’homme.

Cliquez pour agrandir cette planche extrait

Un angle intéressant, où tout est recentré sur cette femme, sur une moitié du nous, et sur ce que demande l’ouverture à l’intrus. Une question à la base de la sexualité et de la vie.

Les auteures disent n’avoir eu aucune prétention philosophique avec beaucoup de modestie, mais leur ouvrage n’en reste pas moins un excellent agitateur d’intelligence émotive et de questions sur la vie, les relations, l’accomplissement, le rapport au monde. Seulement, ce qu’il a de moins ou de plus que la philosophie, ce sont les points de suspensions énigmatiques, laissés là pour s’interroger, imaginer, personnaliser, découvrir et redécouvrir, enfin une œuvre d’art, tout simplement.

Vous y trouverez beaucoup d’espace visuel et narratif pour entremêler au récit vos propres expériences et ressentis, comme des échos dansants. Le personnage principal est pensé pour avoir plusieurs dimensions auxquelles chacun puisse trouver son intérêt : séductrice, fière mais fragile aussi, complexée, divisée… Ou contemporaine parsemée de contradictions, desquelles s’approcher, s’adorer ou s’écarter, tout à la fois.

On leur a reproché de ne pas parler de l’homme à part égale, aux auteures, et d’en faire un outil de la femme…Il nous semble que c’est pourtant tout l’intérêt esthétique et conceptuel du livre, ce déséquilibre justement…Et pourtant, cette symétrie trouvée dans un miroir masculin.

Un traitement étonnamment universel et rehaussé par la romance, comme une petite bulle dans l’air qui n’en dit pas moins la vérité d’ici-bas.

- Céline Escouteloup -


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