La Bande à Baader (DVD)
La chute du mur de Berlin en 1989, a été précédée d’une période très obscure en Allemagne. Notamment entre 1967 et 1977 en Allemagne de l’Ouest où le terrorisme d’extrême gauche retentit de toutes ses forces. C’est ce qu’on appelle « Les années de plomb« (période qui s’étend jusqu’en 1998). La Bande à Baader est l’adaptation de l’ouvrage éponyme de Stefan Aust, véritable référence historique en Allemagne car très poussé d’un point de vue factuel.
Disponible depuis peu en DVD, nous avons pris le temps de visionner cette oeuvre qui a bien sûr suscité de nombreuses polémiques du côté allemand. Faire ressurgir le mythe de la Bande au lieu de le savoir mort et enterré était l’un des leitmotiv des critiques. Il faut dire que la violence du sujet est sans égale. Le terrorisme vu de l’intérieur. Un thème qui était jusqu’ici, et sauf erreur, inédit au cinéma. Un journaliste Allemand du Bild déclarait d’ailleurs « Même si cela me fait mal de voir ça, c’est la seule manière de montrer clairement aux jeunes à quel point la RAF était violente et assoifée de sang: c’était pas des rebelles, c’était des assassins.«
La Bande à Baader, ou le groupe Baader-Meinhof du nom de ses leadeurs historiques, était en effet également largement connue sous le sigle RAF, c’est-à-dire la Fraction Armée Rouge.
Vers le milieu des années 1960, les mouvements étudiants (qui avaient vu le jour aux États-Unis principalement pour protester contre la guerre du Viet-Nam et pour l’obtention des droits civiques par la population de couleur) apparurent aussi en Allemagne. Tout comme plus tard en France juste avant mai 1968, la révolte portait sur plusieurs sujets, en particulier sur les méthodes d’enseignement de l’université. Le slogan préféré lancé par les étudiants aux professeurs qui faisaient leur entrée solennelle en procession était alors (de) Unter den Talaren, der Muff von Tausend Jahren (« sous les capes traditionnelles des professeurs, l’air vicié de mille années [allusion au Troisième Reich, qu´Hitler souhaitait voir durer mille ans] »).
Après que les grands partis eurent décidé de former une grande coalition (CDU/CSU + SPD) le 1er décembre 1966, seul le petit parti libéral-démocrate restait en lice, les groupements d’étudiants décidèrent de créer l’Opposition extra-parlementaire ((de) Außerparlamentarische Opposition – APO). Avant même cet acte fondateur, les manifestations atteignirent leur paroxysme. La visite officielle en Allemagne du Chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi (qui avait écrasé l’opposition dans son propre pays avec une extrême brutalité) et de son épouse Farah Diba en mai 1967, déclencha une vague de manifestations. Lors de l’une d’elles, des supporters du Chah attaquèrent des étudiants sans que la police ne réagisse et le 2 juin 1967, un étudiant, Benno Ohnesorg, fut tué dans une arrière-cour d’une balle tirée par un policier.
On considère que la RAF est née le 2 avril 1968. La création de l’organisation terroriste et sa violence sont liées au contexte en Allemagne à cette époque. Des jeunes Allemands commencent à demander à la génération précédente des comptes sur son rôle dans la période nazie, et à lui reprocher sa passivité. Appuyée sur une idéologie d’inspiration maoïste de guérilla urbaine, elle a procédé à de nombreux attentats et à des enlèvements et des assassinats spectaculaires qui ont défrayé la chronique jusqu’en mars 1998 (date de signature de l’acte d’auto-dissolution du groupe).
Adapter tout un pan de l’Histoire au Cinéma, telle n’est pas chose aisée. Le film est d’ailleurs le plus cher de l’histoire du cinéma allemand (20 millions $) et représentait l’Allemagne aux Oscars 2009 (il n’a rien gagné semble-t-il : gage de qualité?).
Toujours est-il que, tant d’un point de vue scénique que scénaristique , ce long métrage est à couper le souffle. Une tension incroyable se mêle au crescendo de la folie des Hommes dans une descente aux enfers annoncée. L’horreur et le déni d’une culpabilité insupportable de fanatiques aux bords de l’implosion. Voilà les visions que nous propose Uli Edel, le réalisateur de ce chef d’oeuvre écœurant. De la naissance à la fin d’un groupe, le montage est réellement ingénieux et ne s’attarde pas sur des effets de manches sans nom. C’est aussi brut que brutal.
Les acteurs sont de leur côté tous habités par leur personnage et crèvent collectivement l’écran. Le Groupe existe bien sous les yeux du spectateurs. Ce que dénonçaient les médias et autres est ainsi confirmé : La Bande à Baader est littéralement revenue à la vie durant ces deux bonnes heures de film. C’en est saisissant.
En Bref, et sans détour, ce film est odieux. Et culte.
-E. -







Beau clin d’oeil que de sortir ce billet cette semaine vieux E. !! Depuis le temps que tu le marinais celui là… joli. Y’a plus qu’à maintenant. Faut que j’m'le procure !
Oui, bon moment… Mais pas pour moi !!! Ames sensibles s’abstenir !
super article
il faut voir aussi il divo (andreotti et les brigades rouges) ,surement moins violent mais tout aussi captivant!
Il divo est aussi en projet de critique.
Violent aussi dans les faits on peut dire ! J’ai adoré ce film.
Ca y est ai pu enfin m’enchainer les 2h24 (grâce à toi Guru-Dézil) : d’la bonne descente aux enfers pour sûr ! Toujours difficile de traduire tant d’histoire dans un long métrage (qui pourrait paraître un peu long pour certains). Certes puissant et desservi par de la bonne tronche d’acteurs !