« La Barque le soir » de Tarjei Vesaas, mise en scène par Claude Régy, à Paris

Odéon – Théâtre de l’Europe dans le cadre du festival d’automne jusqu’au 3 novembre 2012
Aux Atliers Berthier
34 boulevard Berthier – 75017 Paris
Après le succès de « Brume de Dieu » en 2010, Claude Régy poursuit son travail sur l’œuvre de Tarjei Vesaas avec une mise en scène du texte « Voguer parmi les miroirs », extrait du roman « La Barque le soir », traduit du néo-norvégien par Régis Boyer. Et il nous convie à une expérience théâtrale radicale qui plonge le spectateur dans les abîmes d’une écriture afin d’en investir la quintessence.
Dans le texte de Vesaas, un homme dérive à la surface d’un fleuve, emporté par le courant. Il lutte avec des forces venues de son passé ou d’une autre vie – la sienne peut-être. Sa proximité avec la mort lui révèle ce que personne d’autre n’a connu. S’initie alors une navigation étrange, entre deux eaux, celle d’un être qui n’est plus tout à fait là, qualifié de « demi-mort ». Une vie à peine maintenue hors du néant. Sa conscience erre de sensation en sensation, elle entrevoit des lumières, entend des bruits. Sa parole même se brouille où en entendant un chien, il en vient à lui répondre par un aboiement, propice à une scène très intense. Et dans ce chavirement du corps et de l’esprit, très loin de toute certitude, le texte imprime une frontière fragile entre l’être et l’animal, le silence et la parole.
On est immergé dans cet état semi-conscient par la scénographie affûtée de Claude Régy. Dans une obscurité tracée d’une ligne de lumière blanche ou bleue, se délimite l’ère de jeu d’où s’impriment en fond de plateau, des images flottantes, imprécises, en écho au texte : une hallucination ? une réalité ? un rêve ?.
Yann Boudaud incarne cet homme en dehors du temps et de l’espace. On est happé par le flux des mots qui se déversent dans un phrasé fragmenté, des gestes intériorisés, le tout dilué dans des séquences étirées. Plus tard dans la représentation, il est rejoint par deux acteurs (Olivier Bonnefoy – Nichan Moumdjian), adossés à sa silhouette, dont les présences muettes soulignent la démultiplication de son être.
Et il faut accepter cette traversée dans l’inconnu dont l’univers s’imprègne de notre propre imaginaire…
-Amaury Jacquet-

Categorie: Spectacles/Théâtre





