La Chasse, un film de Thomas Vinterberg

Sortie en Salles le 14 novembre 2012
Après Submarino que nous avions chroniqué sur Publik’Art, confirmant le retour à son meilleur de Thomas Vinterberg interviewé ici pour l’occasion, le réalisateur Danois revenait en compétition à Cannes, en mai dernier, avec la mise à mort sociale de son héros (Mads Mikkelsen prix d’interprétation masculine), accusé à tort de de pédophilie. Un film fort et intense porté par la marque prégnante du réalisateur et qui exploite l’allégorie d’une scène de chasse où la proie innocente, terrifiée et sans défense, se traque obstinément.
Lucas, chasseur, quadragénaire divorcé, est entouré d’amis avec qui il partage ce loisir et ses prolongements festifs. Il vient d’obtenir la garde de son fils adolescent et travaille comme instituteur dans un jardin d’enfant. Jusqu’au jour où sa vie bascule lorsque la petite fille de son meilleur ami se plaint à la directrice d’attouchements par celui-ci.
On sait d’entrée que les propos de l’enfant, qui a été éconduite lors d’un jeu par le maître, provienne d’une image porno que le frère de la famille lui a montrée. Mais la curée est en marche, organisée à partir d’une parole sacralisée et surinterprétée par des adultes que d’autres enfants prétendus victimes, relaient à leur tour et en dépit de l’inexactitude de leurs récits.

La force du film réside dans la mise en abîme de cet homme exemplaire emporté par le mensonge dévastateur et le retournement implacable d’une communauté sociale, amicale qui se refuse à entendre le repenti de la fillette “Il n’a rien fait. J’ai dit des bêtises”.
Livré à la vindicte populaire, Lucas impuissant, abandonné de tous ou presque, est alors confronté, non seulement à une accusation terrible, mais aussi à la rumeur incontrôlable propagée et qui engendre une chasse à l’homme.
Vinterberg nous montre combien la recherche d’un coupable est inhérent à des réflexes primaires de protection, de méfiance et de peur irraisonnés relayés au sein d’un groupe, au détriment d’une exigence de vérité dépassionnée et non instrumentalisée.

En homme vilipendé, Mads Mikkelsen époustouflant, est habité d’une sourde résignation, littéralement happé par le piège de la calomnie, de la mise à l’index et de la trahison.
Avec des plans très construits, une trame narrative métaphorique et un découpage sans baisse de rythme, le cinéaste distille un thriller psychologique haletant dont la dernière image choc nous renvoie à son machiavélisme…
-Amaury Jacquet-
Categorie: Cinéma, Critiques Films







