« La Cité du rêve » d’après « L’Autre Côté » d’Alfred Kubin, adaptée et mise en scène par Krystian Lupa, à Paris

[ 0 ] 08/10/2012 |

Théâtre de la Ville dans la cadre du festival d’automne à Paris jusqu’au 9 octobre 2012 

Après Salle d’attente que nous avions chroniqué sur Publik’Art, Krystian Lupa, grand maître de la scène polonaise, présentait ce week-end dans une version fleuve de 6h en première mondiale à Paris, au théâtre de la ville, « La Cité du rêve » d’après « L’autre côté », l’unique roman de l’écrivain et dessinateur autrichien Alfred Kubin. Et dans ce rapport spécifique à la représentation en tant que confrontation sensitive délestée de toute théâtralité, qui constitue sa marque de fabrique, Lupa  invite le spectateur à faire corps avec le temps du théâtre où se neutralisent les frontières entre la scène et la non-scène pour mieux en éprouver la dimension humaine. Une expérience d’une force et d’une vérité incomparables.

L’histoire raconte la quête d’un bonheur impossible où comment le héros est conduit par son ami Patera à aller vivre aux confins de l’Asie, dans un étrange pays qu’il a nommé « L’empire du rêve ». L’artiste s’y rend plein d’espoir. Mais comme pour une drogue dure, le rêve devient très vite un cauchemar et la vie un enfer entre désillusions et renoncements.

Lupa transpose cette vision apocalyptique à la réalité du monde d’aujourd’hui avec son vide existentiel et spirituel marqué par une grande solitude, un abêtissement des masses, un consumérisme érigé en modèle d’épanouissement et de réussite.

Et il ne s’attache pas à la reconstitution narrative de l’oeuvre mais à son embrassement sensitif et à sa transposition prophétique avec ses turbulences et ses ruptures qui lui permettent de fragmenter des espaces de perdition, d’introspection où se créent alors un autre rapport au monde : sensible, fantasmagorique, lucide, subversif, et chaotique.

La pièce est une longue traversée de répliques et d’actions d’une intensité envoutante qui viennent bousculer le spectateur, soutenue par une sensualité prégnante, une ironie mordante, une humanité incandescente et des questionnements existentiels.

D’une saisissante suggestion, elle nous renvoie à l’intranquillité du monde mais aussi à des instants de libération incarnés par l’ivresse amoureuse et par l’art propice à un clin d’oeil surréaliste et décalé à Fellini.

Un spectacle hallucinant porté par une troupe de comédiens à l’unisson où se perdre dans l’acte théâtral pour mieux en revenir prend ici tout son sens…

-Amaury Jacquet-


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Categorie: Spectacles/Théâtre

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