La Folle Journée de Nantes et en région (édition 2016)

La folle journée

La Folle Journée de Nantes et en région (édition 2016)

Un festival chaque année renouvelé avec une programmation différente et des concerts à prix réduit, une sorte de rêve de fan de musique classique. La Folle Journée de Nantes le réalise tous les ans depuis 1995. Dédiée à un compositeur, une période de la musique ou un thème, la Folle Journée se tient sur 3 jours à Nantes début février et en région des Pays de la Loire le dernier Weekend de janvier. Le thème 2016 est La Nature, beau programme avec des concerts absolument incroyables. Retour sur 3 jours de concerts à Challans du 29 au 31 janvier 2016.

Je me souviens avec émotion de ma première Folle Journée en 2009. Devant son énorme succès, le festival s’est étendu aux Pays de la Loire en 2002 pour faire profiter à un public de plus en plus large des interprètes présents. Bach, son oeuvre, son empreinte sur la musique toute entière, le thème était tout à fait indiqué. Que ce soit mon compositeur favori n’était pas pour rien dans mon enthousiasme initial. Boulimique de musique, j’enchainais les concerts pour finir avec une prestation ébouriffante de percussions caraibéennes reprenant les thèmes ultra connus de Bach à l’aide de récipients métalliques frappés avec des baguettes, une expérience inoubliable. Suivront 6 autres festivals. Le grand Chopin et ses renversantes avalanches mélodiques en 2010, Les Titans alias les grands compositeurs romantiques en 2011 de Schubert à Brahms, Le sacre Russe en 2012 avec des compositeurs russes aussi monstrueux que Tchaikovsky et Prokofiev, L’heure exquise et l’influence espagnole sur la musique française en 2013 de Ravel à Debussy, la musique aux Etats-Unis au 20e siècle en 2014 avec notamment Gershwin et Barber. Je fis faux bond en 2015 manquant les Passions de l’âme et du Coeur. Me restent des moments inoubliables comme ces concertos de Brahms et Tchaikovsky interprétés par la regrettée Brigitte Engerer, ces nombreux récitals de piano majestueux et cette profusion de découvertes ébouriffantes.

Oui, car je ne pars pas de la Folle Journée sans mon lot d’enregistrements de grandes compositions jouées par les plus grands interprètes. J’ai pu découvrir ou creuser la musique russe, la musique américaine et les romantiques. De quoi se forger une solide culture musicale avec l’intime conviction de ne pouvoir échapper à des nouvelles découvertes année après année. 2016 n’y a pas fait exception, je suis reparti de Vendée avec des notes plein la tête et des souvenirs grisants. La Folle Journée est un festival pointu mélangeant interprètes mondialement connus, débutants éclairés et orchestres talentueux. La philosophie du festival tient dans l’accès pour tous à la musique de qualité. Les tarifs vont de 4 à 14 euros la place, de quoi apprécier les grands interprètes à petits prix. Une logique populaire dans le meilleur sens du terme pour faire profiter la multitude des fulgurances de Beethoven, de la passion de Chopin et de la profondeur de Tchaikovsky. J’applaudis des deux mains, c’est la fin d’un élitisme stérile et la perpétuation des sentiments les plus nobles.

Virtuose et ludique, ce carnaval en devient irrésistible.

Mon programme 2016 fut plus léger qu’à l’habitude. Premier concert samedi 30 avec le trio Karénine (violon, violoncelle, piano) accompagné d’un violon alto et d’une contrebasse. Avec la célébrissime composition de Schubert La Truite, le festival commençait sur les chapeaux de roue. Des interprètes jeunes et talentueux ont fait honneur au grand Franz avec une passion et une précision dantesques. La Truite n’est pas qu’un air très connu mais bien 5 mouvements qui ravissent connaisseurs comme néophytes. Une ovation méritée conclut cette belle prestation. Le soir venu, le pianiste François-Frédéric Guy fit palpiter de plaisir le coeur de l’assistance avec 2 sonates de Beethoven magnifiquement offertes. La sonate n°14 est universellement connue par son surnom : Clair de Lune. Un premier mouvement qui ferait fondre le plus insensible des icebergs s’ouvre avec deux autres mouvements conclus par un final tigresque. Je ne les connaissais pas, c’est une des très belle découverte du Festival. La sonate n°15 Pastorale complète ce grand moment de piano. Je ne connaissais pas ce pianiste, me voilà informé de sa très grande qualité, il me tarde de revoir un de ses récitals à Paris.

Le programme de dimanche ne fut pas moins marquant. Le violon d’Annabelle Berthomé-Reynolds et le piano d’Eve Beroux ravirent l’audience avec la Sonate de la pluie de Brahms et la sonate Le Printemps de Beethoven. Intensité et sensibilité agrémentèrent ce grand moment de musique. Puis les immensément célèbres solistes siamois Claire Désert et Emmanuel Strosser, accompagnés par l’ensemble Folle Journée Camerata conclurent en beauté ce weekend de musique. Les fans de Walt Disney se souviennent de cette scène de Fantasia où Mickey en apprenti sorcier assoupi laisse un balais envouté noyer une salle entière. La musique de Paul Dukas L’apprenti sorcier est reliée pour l’éternité à cette scène, ravissant d’autant les spectateurs de l’interprétation des 2 pianistes. Le final se compose de l’intégralité du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Et quel moment ! Les parties L’aquarium, Le cygne et Finale en sont les plus connues, mais il faut voir les interprètes s’amuser des symboliques animalières (Kangourous, Volière, Fossiles) pour le plus grand plaisir du public. Virtuose et ludique, ce carnaval en devient irrésistible. De quoi écouter Saint-Saëns inlassablement pendant les 3 prochaines semaines.

Un moment toujours aussi inimitable que ce festival de musique ouvert à tous et composé des interprètes les plus talentueux. Nantes accueillera le Festival le weekend prochain, peut être reste-t-il des places pour que vous puissiez en profiter et faire des découvertes. A vous de jouer!

Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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