Ca ira (1) Fin de Louis ou le souffle révolutionnaire transcendé

Ca ira (1) fin de Louis photo DR

Ca ira (1) Fin de Louis ou le souffle révolutionnaire transcendé

Après son succès public et critique, la pièce de l’auteur-metteur en scène Joël Pommerat (Molière du Théâtre public) fait son retour sur les planches. Le spectacle qui  interroge notre démocratie et ses fondements en revenant à sa source : la Révolution française, nous convoque à une fresque magistrale.

Pas de restitution historique, ni de figures héroïques, mais un regard intérieur puissant sur une aventure politique fondatrice à partir de laquelle et c’est là toute la force du spectacle, Pommerat place le spectateur en contemporain des évènements révolutionnaires auxquels il assiste. Où se projette – au présent avec la scène, les comédiens – une incroyable effervescence des idées emprunte d’engagement, d’instrumentalisation, d’idéal, d’action, de courage, d’exaltation, dont le spectateur scrute au plus près les ressorts.

Août 1786, un ministre présente au Roi Louis XVI un projet de réforme des finances pour endiguer la faillite du royaume et ouvre ainsi un débat qui mènera à la réunion des États généraux de 1789. Ainsi démarre Ça ira (1) Fin de Louis, sauf que le roi et ses conseillers, réunis autour de la table, portent cravates et costumes d’aujourd’hui ; et hormis Louis XVI et Marie-Antoinette, aucun des grands noms de la Révolution n’est directement mentionné.

Documentée de discours, témoignages, journaux de l’époque et d’improvisations, la fiction s’émancipe du réel pour questionner le processus révolutionnaire et s’intéresser aux acteurs qui élaborent le contrat social.

Quelles représentations, valeurs, idéologies ou idéaux déterminent le renversement et la prise de pouvoir ? Quels liens entre la Révolution française et le contexte socio-politique, historique actuel ? sont les questions à l’œuvre et qui  éclairent d’autant pendant 4h30 nos failles républicaines, citoyennes et démocratiques.

[…] la dynamique des corps et des prises de parole  s’emparent magistralement de la pensée politique et de ses actes […]

Le dramaturge crée un plateau sur lequel évoluent, à la lisière du réalisme, des personnages sculptés sur fond gis/noir ou en pleine lumière pour se faire hurleurs, vindicatifs afin de tenir leur place dans ces joutes verbales. Où s’interrogent entre les représentants du Tiers-Etat, de la noblesse, du clergé, le concept de démocratie politique et la notion de représentativité du peuple par ses députés dont la déconnexion avec la réalité se montre déjà flagrante.

Après avoir exploré des configurations circulaires et bifrontales dans ses derniers spectacles, Joël Pommerat revient à une certaine simplicité, replaçant la dynamique des corps et des prises de parole au cœur de la représentation qui s’emparent magistralement de la pensée politique et de ses actes.

Quatorze acteurs qui jonglent entre les rôles, passent de la scène à la salle comme les parlementaires de la tribune à leur siège. Se lancent des invectives, s’insurgent, puis descendent prendre la parole au micro.

[…] Une immersion captivante dans le combat politique et idéologique […]

Le dispositif frontal – va-et-vient de personnages entre le plateau et les gradins, débats lancés au milieu des spectateurs – crée un espace propice à l’immersion du public dans le chahut des assemblées politiques.

Le spectateur se trouve progressivement pris dans le jeu des positionnements idéologiques, vibrant de la violence des échanges où l’analogie est criante avec les débats de notre chambre actuelle ainsi que les tactiques politiciennes sclérosantes. Les comédiens, d’une intensité rare, sont à l’unisson pour nous plonger au coeur de cette vérité humaine et politique.

Les parisiennes des Halles qui rencontrent le roi Louis XVI à Versailles pendant les journées d’octobre 1789 prennent l’allure de salariées d’aujourd’hui. Elle disent la vie difficile, les rayonnages vides, la confiance ébranlée dans le roi, « mal entouré ».

Scène finale mémorable où dans l’immensité glacée du plateau aux lignes sombres et parfaites, s’imprime dans une scène d’intimité entre le Roi et la Reine sur fond d’une chanson du chanteur Belge Arno, la solitude du pouvoir et sa perdition.

Une immersion captivante dans le combat politique et idéologique qui questionne avec efficacité les enjeux de l’action individuelle et collective, bravo.

Dates : du 08 au 10 février 2017 l Lieu : A La Coursive Scène nationale La Rochelle
Metteur en scène : Joël Pommerat

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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