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La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, à villeurbanne

[ 0 ] 08/03/2012 |

TNP de Villeurbanne Petit théâtre – Salle Jean Bouise
Du 9 au 17 mars 2012

La Nuit juste avant les forêts est un texte bouleversant, d’un seul bloc, sans baisse d’intensité, sur la solitude et l’exclusion, considéré à juste titre comme une oeuvre majeure du répertoire contemporain. Il porte toute la fulgurance et la puissance métaphorique de l’écriture de Koltès où son style enivré, entre radicalité verbale et envolée poétique, est marqué d’une musicalité incarnée.

C’est un flot de parole intense et ininterrompu adressé à un inconnu dont la vision métaphorique suscite chez l’homme, un étranger rejeté, confronté à son errance et à sa marginalisation, le besoin irrépressible de s’exprimer. Où chaque mot traduit sa solitude extrême, son désir de rencontre et la quête impossible d’un lieu d’exil, terre protectrice contre la fureur des hommes.

Le parti pris de la mise en scène, signée de Patrice Chéreau et du chorégraphe Thierry Thieû Niang, choisit de reconstituer une chambre d’hôpital où le personnage a été admis après avoir été battu par des loubards et se remémore, juste avant de mourir, sa condition tumultueuse dans une confession brute, adressée à cet autre qu’il tente par tous les moyens de retenir.

Elle accentue la tension du propos et sa portée métaphysique qu’elle charge d’une vérité criante où le révolté dans un dernier souffle se débat avec ses tourments, ses transgressions (politique, sociale, sexuelle), et ses désordres intérieurs. Le lit médical offre un seul point d’encrage investi sur le protagoniste où un univers réaliste, intime, utopique s’anime de la prose imagée dans un mouvement corporel et gestuel ardent.

Résonne alors toute l’incompréhension du monde où dans une posture salvatrice, le personnage revendique son inadaptation au travail qui aliène et précarise, sa résistance aux inégalités raciales, sociales et à l’individualisme, thèmes visionnaires faisant pleinement écho à notre réalité d’aujourd’hui avec son lot de délocalisations, de chasse à l’étranger, de paupérisation et de destruction du lien social.

Romain Duris porte de tout son être ce personnage abîmé, cet homme de l’ombre inadapté qui dans sa fuite existentielle affirme sa dignité. Aux prises avec ses conflits ravageurs, son isolement, son rêve d’ailleurs et sa main désespérément tendue, il se livre, lutte, chute, rampe et s’éffondre.

Le comédien, renversant d’authenticité, nous éblouit de sa présence fébrile en totale osmose avec le texte charnel de Koltès et son urgence. Tel un éclair, il embrase cette interminable nuit….

-Amaury Jacquet-

 


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