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La Rafle, la contre-critique!

[ 37 ] 16/03/2010 |

Lire aussi : La critique de Bénédicte

Mise à part une jolie reconstitution du Montmartre des années 40, le seul point positif à retenir de ce film est son lourd sujet, la rafle du Vel d’Hiv’. Comme on nous l’a appris à l’école, plus de 13000 juifs, personnes âgées, hommes, femmes et enfants ont été arrachés à leurs foyers parisiens le 16 juillet 1942. Cet événement honteux n’avait encore jamais été traité au cinéma, ce qui aurait pu être prometteur.

Malheureusement, la réalisatrice Rose Bosch avait chaussé ses gros sabots. Passons en revue ses mauvais choix.

Avant toute chose, le scénario peu fourni pense pouvoir se reposer sur son sujet grave. La plupart des relations entre les personnages sont bâclées : la petite histoire entre Jean Reno et Mélanie Laurent tombe comme un cheveu sur la soupe et sans aucune subtilité.

De plus, montrer Hitler, Himmler et Pétain et sans doute la pire décision que Rose Bosch ait prise en écrivant ce film. Cela donne lieu à des séquences inutiles et mal jouées où l’on n’apprend rien de plus que ce que l’on sait déjà : Hitler était fou et Pétain a collaboré.

Le casting est une grossière erreur : Gad Elmaleh est nullissime dans son rôle de père de famille parfait pseudo intellectuel (voir ses petites lunettes rondes) et la sècheresse de son jeu trouve son apogée lors des adieux impassibles qu’il fait à son fils. A ses côtés, les deux autres têtes d’affiches sont tout aussi fadasses car sans aucune composition : on ne nous propose rien de plus que Jean Reno et Mélanie Laurent au Vel d’Hiv’.

Le montage, sans même parler de l’affreux manque de rythme, est illustratif et peu inspiré au même titre que la mise en scène qui, faute d’inventivité, se contente d’être scolaire.

Justement, parlons de la mise en scène, souvent incohérente. Certains personnages importants disparaissent on ne sait comment ni pourquoi, notamment la gamine qui, ayant réussi à sortir du Vel d’Hiv’, fait passer un colis au-dessus des barbelés du camp : elle raconte qu’elle est planquée à Limoges avec son père, puis elle disparaît du récit sans aucune explication.

Malhabile, la réalisatrice en fait parfois trop, parfois pas assez mais jamais ce qu’il faudrait pour que le récit coule. Elle nous promet des choses, puis il ne se passe rien. Le carton affiché au début du film pour prouver l’authenticité des faits n’a pas sa place : peut-on affirmer que « tous les événements » ont réellement eu lieu quand on réalise une fiction ?

D’autre part, le fait de se concentrer sur les enfants est un peu facile. Le petit Nono, avec ses grands yeux bleus et sa petite bouille, bien sûr qu’il va nous faire pleurer. Faire dégouliner les bons sentiments n’est pas vraiment une bonne idée quand il s’agit de relater la terreur. Sans compter le malvenu « tu crois qu’on sera grand un jour ? »

C’est trop pathétique, on cherche à nous émouvoir, à nous tirer les larmes et à nous culpabiliser. Mais sans aucune véracité, en filmant froidement et sans âme, ce qui nous laisse indifférent, contrairement à l’effet attendu.

Le tout est donc d’un ennui mortel, partant pourtant d’une bonne intention et d’un bon sujet. Un film à montrer dans les écoles de cinéma pour que les jeunes réalisateurs saisissent bien tout ce qu’il ne faut pas faire.

- Caroline Mrowicki -


Commentaires (37)

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  1. avatar Menzo dit :

    M’est avis que cette critique représente bien ce que je pense du film, sans hélas (!) l’avoir vu…
    Mais Com’ m’en a dit assez…
    Ouch!

  2. avatar Verbal Kint dit :

    Aie ! Ca m’étonne qu’à moitier cette contre performance de Gad.
    Toute la promo repose sur ce fait : Gad, le grand comique, s’est lancé dans la grande aventure du regsitre historique/dramatique, et ila réussi le challenge avec brio.
    Promotion mensongère donc…

  3. avatar Pawioli dit :

    Je ne suis réellement pas d’accord avec cette critique, ou « contre-critique » d’après le titre.

    Gad Elmaleg joue extrêmement bien dans le rôle, je le trouve méconnaissable et particulièrement habile dans un jeu d’acteur dramatique.

    Pour ce qui est de la petite amourette entre Jean Reno et Mélanie Laurent, j’ai trouvé qu’elle n’était ni de trop ni surjouée. Après tout, mis à part la scène de la danse dans le camp (qui relève certes, peut-être de l’utopie), il n’y a aucun autre grand moment de romantisme exagéré dans le film.

    Enfin, je ne vois pas comment on peut trouver un sujet aussi grave « d’un ennui mortel » pour reprendre vos termes. Bon sang, un épisode aussi terrible de l’histoire, représenté de manière si réaliste, ne peut pas ne rien faire ressentir. Pour ma part, à la sortie j’avais l’estomac noué, le coeur retourné, et le silence pesant qui a envahit la salle a bien confirmé que je n’étais pas la seule dans ce cas.

    Je conçois bien sûr que les avis divergent quant au jeu des acteurs. Mais pour le scénario, c’est indéniable, il est réellement tragique et particulièrement « réaliste » (si le terme peut être employé..)

  4. avatar aralsole dit :

    Le sujet est en effet très grave, et c’est bien qu’un film parle enfin de la rafle du vel’ d’hiv’, comme le souligne d’ailleurs cette contre-critique. Mais ce film ne m’a pas touché car la réalisatrice use trop du pathos et des clichés larmoyants (violon, enfants arrachés à leur mère, etc), tout est fait dans ce film pour nous faire pleurer, verser notre larme… mais de manière malhabile.

    Des films comme Amen, Le pianiste, La liste de Shindler, ou encore La vie est Belle m’ont bouleversée ; en comparaison, La Rafle était un film bien terne.

    De plus, le casting n’est qu’un casting bankable servant à vendre le film. Finalement on entend plus parlé de la « performance » du comique Gad Elmaleh que de la reconstitution du Vélodrome, des camps du Loiret, ou du Paris de l’occupation. Finalement, des acteurs inconnus auraient peut-être plus servi le film, ou en tout cas le devoir de mémoire par une plus grande crédibilité. Un comique dans ce rôle casse l’authenticité des faits relaté, on n’y croit moins malheureusement.

    Pour conclure, je dirais qu’il faut savoir faire la différence entre le sujet d’un film et sa qualité : si la qualité ne repose que sur le sujet, le film est bien pauvre en tant qu’oeuvre cinématographique.

  5. avatar Benedicte dit :

    Pourquoi Caroline avoir fait une contre-critique et pas simplement un commentaire à la critique déjà existante ? Je ne comprends pas où tu veux en venir…
    Pour moi, comme pour Pawioli, je trouve ça terrible de pouvoir s’exprimer aussi négativement sur un film historique d’une horreur insoutenable.
    Ce doit être une question de générations, ou tout simplement de respect…
    Je n’ai pas fait d’école du cinéma, mais peut-être, toi, as-tu une formation spécifique qui te permet de juger ainsi…Et surtout d’être aussi intransigeante.

  6. avatar Andrédracheditboum dit :

    J’ai juste 3 choses à dire à propos… 3 choses, « très brèves » :

    Primo : critiquer sévèrement ce film est en aucun cas ni un manque de respect envers les victimes de la tragédie du Vel’ d’Hiv, ni que sais-je encore ?… C’est le devoir d’un vrai critique qui se respecte et qui se doit de donner son avis. D’ailleurs, il ne fait que juger un morceau de pellicule, qui n’est qu’un film, qui plus est une fiction. Alors certes, parfois les critiques ne font pas dans la dentelle, mais quand on apprécie pas, on le dit clairement : c’est honnête, courageux et ça se défend. Surtout quand la parole risque de susciter de telles controverses (souvent stériles et inutiles).

    Deuxio : Arrêtons un peu de défendre aveuglément, voir de sacraliser des œuvres, au nom du fameux devoir de mémoire, alors que les méthodes employés dans bon nombre de films historiques sont très souvent discutables.
    Ce n’est pas en usant de démagogie qu’on marque une conscience (voir l’inconscient) du spectateur. Au mieux, il se sentira un peu incommodé, se lèvera de son siège en laissant échapper un « mon Dieu, quelle horreur », mais ça ne l’empêchera pas, une fois sortie du cinéma et installé au fond du canapé face à l’écran de télé, de penser à ce qu’il mangera le soir même avec sa compagne. On ne rend pas service au cinéma français et en sa prétendue « qualité » en favorisant la médiocrité, sous prétexte qu’elle s’accompagne d’enjeux aussi forts.

    Tertio : Un vrai sujet aussi grave ne peut pas être adapté avec un regard de cinéaste tiède, timide, usant des clichés pour palier surtout le manque évident d’inspiration. La réalité des faits relatés ne suffit pas à créer une véritable atmosphère propre à choquer, faire réfléchir et bouleverser le spectateur. Le film n’a aucun recul sur les évènements, aucun regard, aucune proposition. Certes, ce film est le 1er sur la tragédie du Vel’ D’Hiv’, mais tout a déjà été vu ailleurs et souvent, comme l’a souligné aralsol au dessus, en mieux. On ne peut apprécier la Rafle car, avant lui, on s’était déjà pris de « vrais » gifles que nous ne sommes pas prêt d’oublier de sitôt…
    Ici, tout est écrasé sous le poids du mélodrame archi-consensuel type. Pas d’espace laissé pour la réflexion du spectateur. La cinéaste filme de manière froide et académique les évènements sans parvenir à d’autres buts que « souvenez-vous comme c’était horrible en 40″. Le film, hérité du devoir de mémoire, a de fortes chances de sombrer dans l’oubli au fil des ans car il ne fait pas le poids face à l’Histoire. Et ça, c’est sans doute la chose la plus attristante.

  7. avatar Benedicte dit :

    Alors là, c’est un beau commentaire. Bien construit, bien écrit, bien argumenté.
    Il ne reste plus qu’à réaliser !
    Un film, bien sûr ! Pour l’éternité !
    Bravo et merci de ta participation.
    A chacun sa façon de « sentir » les choses…

  8. avatar Ben dit :

    Je veux juste gagner le concours pour ma soeur qui est fan de mangas. Merci pour elle.
    PS: on ne dit pas de mal de Gad!!!
    Ben.

  9. avatar aralsole dit :

    Merci Andrédracheditboum ! =)
    C’est exactement ce que je voulais dire mais en mieux écrit !

    Critiquer un film sur la rafle du Vel d’Hiv ne signifie pas nier la gravité des faits, ni manquer de respect à des personnes qui ont vécu, directement ou indirectement, cette horreur, et qui en ont le souvenir.

    Par contre, faire un film pseudo réaliste, bourré de clichés du genre, en ne s’appuyant que sur la force du sujet sans y apporter autre chose que ce qui est écrit dans les manuels scolaires est pour moi un manque de respect.

    Et enfin, au risque de me répété, essayez s’il vous plait de faire la part des choses entre le sujet d’un film et le film lui même en tant que produit cinématographique. Un film se critique sur ses aspects techniques, sur son scénario, la performance de ses acteurs, etc… quelque soit le sujet dont il est question.

    Il faut arrêter de rendre intouchable certains films, uniquement parce qu’il traite du génocide juif !

  10. avatar Caro dit :

    Merci à tous pour vos commentaires!

    Bénédicte je ne veux en venir nulle part! Je ne suis pas si stratège et justement, si j’ai fait une contre-critique, c’était pour ne pas décrédibiliser la tienne juste en dessous… Tu sais, ils le font dans pas mal de magasines notamment Télérama qui propose souvent une critique POUR et une CONTRE concernant un même film. Mon but était justement de ne pas te mettre en porte-à-faux avec un long commentaire qui aurait démoli ce que tu disais. Voilà j’espère que tu comprends mieux ma démarche.

    Pour le reste je ne répondrai pas car deux autres personnes l’ont déjà fait de la façon la plus complète. J’aimerais juste pouvoir m’exprimer librement sur un objet cinématographique sans qu’on me prête des intentions de négationniste ou autre. Merci Andrédracheditboum et Aralsole d’avoir dit tout ce que j’aurais voulu dire et en des termes si adaptés

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