La Vague, un film de Dennis Gansel
La Vague est un film de Dennis Gansel, jeune réalisateur allemand né en 1973, méconnu jusque là. La Vague est son troisième film. Il relate des faits déroulés sur cinq jours en 1967 en Californie : un professeur d’histoire, Ron Jones décide de tenter une expérience avec ses élèves, pour notamment, capter ludiquement leur attention. Sur le thème des régimes totalitaires, il lance une sorte d’expérience de Milgram appliquée au régime de l’Allemagne nazie : rassembler les conditions nécessaires à la naissance d’une communauté disciplinée et…totalitaire. Cette communauté s’appellera la Troisième Vague (référence au Troisième Reich, à l’insu des élèves, autrement appelée La Vague dans le film).
L’expérience a un tel succès (près de 80 volontaires pour une classe de 30) qu’elle devient vite incontrôlable pour le professeur, qui a du mal à réaliser la démesure de l’objet qu’il a créé et qu’il finira par dissoudre à la fin de la semaine scolaire.
Le film retrace chaque étape de cette folle semaine avec plus ou moins de liberté, mais toujours très proche de ce que l’on pourrait imaginer des faits réels, dont il n’existe que très peu de témoignages précis. Ron Jones lui même a approuvé à 100% le film, reconnaissant que cela correspondait exactement à ce qu’il avait vécu/ressenti. Il dit de cette expérience qu’elle lui a donné les sensations d’horreurs et de peurs les plus affreuses, jamais ressenties devant une classe de toute son existence.
Le film est donc une fidèle reproduction des souvenirs de l’expérience, dont on vous livre le descriptif, pour l’intérêt de chacune des étapes du processus ci-dessous (descriptif tiré de Wikipédia, à propos de La Troisième Vague / attention spoiler) :
Lundi
Jones donne une allocution sur la discipline : comment elle est nécessaire aux athlètes, aux artistes, aux scientifiques, et comment, par la maîtrise de soi, elle assure la réussite des projets. Il passe ensuite aux travaux pratiques et indique une position assise susceptible de faciliter la concentration et la volonté : pieds à plat sur le sol, dos droit, mains croisées derrière le dos. Il exige des élèves qu’ils adoptent cette position et vérifie qu’ils obéissent. Il leur apprend ensuite à entrer et à sortir de classe, dans le silence et la rapidité. Il donne aussi des instructions pour répondre aux questions : désormais, les élèves doivent se lever, commencer leur réponse par « Monsieur Jones » et répondre en quelques mots seulement. Une série de questions réponses très intense conclut la séance. Les élèves se sentent stimulés et motivés.
Mardi
Devant une classe en « position d’attention » Jones inscrit au tableau la devise du mouvement : « La force par la discipline, la force par la communauté. » Il analyse l’idée de communauté qu’il définit comme le lien unissant différentes personnes tournées vers un but commun. Il exalte la valeur de la communauté en montrant qu’elle est cette réalité au-delà de l’individu dans laquelle il s’accomplit en s’y intégrant. Ron Jones ordonne ensuite aux élèves de réciter la devise du mouvement, d’abord l’un après l’autre, puis par groupes de deux ou trois, puis toute la classe ensemble. La coordination atteinte permet aux élèves de constater la réalité de la communauté, et de s’y sentir pleinement intégrés, à égalité avec les autres. À la fin de l’heure, Jones enseigne un salut consistant à amener la main droite à hauteur de l’épaule droite, les doigts arrondis en forme de coupe. Il s’agit d’un salut utilisé par les nazis, ce que les élèves ignoraient. Il décide de nommer le mouvement « La Troisième Vague », expliquant aux élèves que c’est à la fois parce que la main lors du salut ressemble à une vague sur le point de déferler, et parce que, conformément à une croyance populaire, les vagues de l’océan avanceraient par groupes de trois, la troisième étant la plus forte. Il omet de mentionner aux élèves la référence la plus importante, qui est bien sûr la référence au Troisième Reich.
Mercredi
Ron Jones constate que treize élèves d’autres classes viennent assister à son cours. Il distribue des cartes de membre aux élèves participant au mouvement. Parmi les cartes de membre, trois (distribuées aléatoirement) sont marquées d’une « X » rouge. Les membres porteurs de ces cartes se voient confier la mission de dénoncer les membres qui ne respecteraient pas les règles. Ron Jones donne une allocution sur l’action, entendue comme but vers lequel tendent la discipline et la communauté, et sans lequel elles perdent tout leur sens. À la surprise du professeur, plusieurs élèves lui expriment leur satisfaction et leur joie de participer à la « Troisième Vague ». Les élèves montrent de meilleures dispositions pour apprendre et participer en classe. L’égalité instaurée entre eux incite les élèves les moins sûrs d’eux à prendre la parole et à gagner en assurance. Les réponses aux questions se font cependant beaucoup plus laconiques, et les élèves semblent perdre leurs aptitudes à argumenter et à nuancer. Ron Jones dirige la classe vers l’action pure : il donne l’ordre de dessiner une bannière pour la « Troisième Vague », d’apprendre par cœur le nom et l’adresse de tous les membres, de recruter de nouveaux membres. Plus tard dans la journée, Ron Jones constate que la « Troisième Vague » prend des proportions inquiétantes. La moitié des membres en dénoncent d’autres, même si seuls trois élèves ont été spécialement désignés pour cette tâche. De nombreux élèves prennent la « Troisième Vague » très au sérieux et menacent ceux qui tournent le mouvement en dérision. Ron Jones constate aussi que, alors que les élèves les plus médiocres participent de plus en plus et s’investissent beaucoup dans le mouvement (l’un des élèves décide même de devenir le « garde du corps personnel » du professeur, qui se laisse faire), les élèves les plus doués supportent mal l’égalitarisme forcené du cours.
Jeudi
Arrivé tôt au lycée, Ron Jones découvre sa classe dévastée. Un des parents d’élèves, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et ancien prisonnier de guerre, a pénétré dans l’établissement et commis des dégradations sur le matériel. L’expérience perturbe la vie du lycée de manière manifeste : des élèves sèchent leurs cours pour venir assister aux leçons de Ron Jones (quatre-vingts élèves serrés comme des sardines, au lieu des trente habituels), et une « police secrète » s’organise sur la délation et la peur. Inquiet de l’ampleur et de la tournure que prennent les événements, sentant l’expérience lui échapper, incertain de ses propres motivations pour poursuivre, Ron Jones décide d’en finir. Après une allocution sur la fierté, il annonce que la « Troisième Vague » n’est pas seulement une mise en situation au sein du lycée, mais bel et bien un projet d’ampleur nationale destiné à modifier en profondeur la vie sociale des États-Unis. Il prétend que d’autres enseignants ont, comme lui, fondé des « Troisièmes Vagues » partout dans le pays et que, le lendemain, à midi exactement, le leader national du mouvement s’adressera aux jeunesses de la Troisième Vague. Il s’appuie sur la volonté des membres pour organiser en vingt-quatre heures une réunion exemplaire.
Vendredi
Ron Jones consacre le début de la matinée à préparer la salle de conférence du lycée. Les élèves commencent à arriver dès 11h30. Deux cents étudiants assistent à la réunion. Certains ont apporté des bannières. Des amis de Ron Jones, déguisés en reporters et en journalistes, prennent des notes et photographient les participants. À midi, les portes sont closes et des gardes postés de faction. Ron Jones montre à ses amis l’obéissance aveugle des jeunes présents : il les fait saluer et leur fait réciter la devise du mouvement. À midi cinq, Ron Jones fait éteindre les lumières et allumer des écrans de télévision, annonçant le discours du leader national. Après quelques minutes de silence attentif devant les postes ne montrant que de la « neige », les élèves finissent par s’apercevoir de la supercherie. Coupant court à leur stupeur, Ron Jones procède à un « débriefing » : il explique comment il les a manipulés et dans quelle mesure ils se sont laissés manipuler. Il leur fait visionner un film montrant des images d’archives du Troisième Reich. Répondant aux questions des élèves, il leur montre à quel point il est facile de verser dans le totalitarisme. Il leur explique aussi combien être dupe de ficelles aussi grossières est honteux, et répond à la question originelle : les Allemands ont nié avoir eu connaissance de l’extermination des Juifs, des Tziganes, des homosexuels, etc., de la même manière que les élèves de Cubberley nieront avoir participé à la réunion. Il clôt l’expérience.
Le film s’appuie sur un scénario que l’on pourrait donc penser facile par la force de son sujet. Mais la mise en scène est pourtant primordiale. Elle met en exergue les interactions entre élèves et permet une vision accélérée de cette longue semaine sans la vider de sa substance. Un pari difficile et bien négocié.
Le résultat traduit une tension inouïe, et fait littéralement vivre l’horreur d’une résurrection du nazisme ou d’un quelconque autre régime, à la fois totalitaire et monstrueux, alors même que nous pensions effectivement la chose impossible. Le film offre ainsi une belle réflexion sur l’individualisme de nos sociétés, talon d’Achille de nos démocraties, et ses antagonismes, comme la force destructrice d’une seule communauté où la notion même d’individu n’existe pas.
Le film démontre combien nous ne sommes jamais à l’abri des régimes extrémistes, mêmes les plus inattendus. A quel point l’individu peut s’effacer au profit de toute une communauté, qui devient ainsi par définition incontrôlable et dangereuse, non seulement pour ses membres mais aussi et surtout pour les autres. Et lorsque la machine est en route, il devient vite difficile d’y résister (heureusement pas impossible) et de l’arrêter. Ne l’oublions pas.
En Bref, La Vague est un film coup de poing qui fait froid dans le dos et mérite son très bon accueil par la critique. C’est aussi un film coup de coeur incontournable pour Publik’Art.
Synopsis Officiel : En Allemagne, aujourd’hui. Dans le cadre d’un atelier, un professeur de lycée propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d’un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature, dont les conséquences vont s’avérer tragiques.








Depuis le temps que je devais m’y plonger… arf, faut définitivement que je me bouge !
Excellent film, à voir, et à réfléchir !
Oui, vraiment excellent film qui montre la toute puissance d’un professeur. On le savait déjà : un prof aime avoir tous pouvoirs et exercer sa « force » sur ses élèves. Chaque professeur le fait, chacun à sa manière. Et le danger est toujours là… De façon plus ou moins inconsciente.
J’ai enseigné durant 17 ans…
On n’a pas toujours conscience de la puissance de nos paroles, prises souvent comme « paroles d’évangile »…
Et les jeunes sont fascinés par le pouvoir.