Suivez le flux RSS

La vie en sourdine de David Lodge

[ 3 ] 14/08/2010 |

Editions Payot et Rivages. 460p.

prix : 9€50

David Lodge est écrivain anglais, né en 1935. Il a été Professeur de littérature anglaise à l’Université de Birmingham et a également donné des conférences dans le monde entier. Il a écrit de nombreux romans (l’excellent « Thérapie »), mais également des pièces de théâtre, des essais critiques. Il est depuis 1998 commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique et, en France, chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres depuis 1997.

Il écrit avec beaucoup d’humour et de dérision sur les milieux universitaires et littéraires. C’est le cas de son dernier livre « Une vie en sourdine », paru en 2008. Il écrit sous forme de journal, la plupart du temps à la 1ère personne mais quelquefois à la 3ème, comme pour mettre un peu de distance entre la réalité et lui-même. Réalité pas toujours facile et évidente à vivre, et à accepter.
Ce roman est certainement le plus personnel. C’est très émouvant car David Lodge nous livre des « secrets » pas toujours roses. Mais c’est fait avec beaucoup d’humour, comme il sait si bien le faire. Pas facile d’avouer son handicap, et ses angoisses liées à ce statut. « La surdité est comique alors que la cécité est tragique. »

Voilà son histoire : Desmond, Professeur d’Université à la retraite, est assez « dur d’oreilles ». Il nous livre ses ressentis quand il se trouve en société et qu’il ne peut pas suivre la conversation sans pouvoir le dire (bien sûr ses prothèses ne fonctionnent jamais quand il faut). Il écrit si bien que le lecteur se met complètement à sa place et qu’il arrive même à nous faire rire devant des situations cocasses quoique pour lui éprouvantes.
C’est ainsi qu’il rencontre une jeune étudiante qui lui parle de son projet de thèse, sur les lettres des suicidés, lors d’un vernissage. Il n’en comprend pas un traitre mot et acquiesce pour ne pas avoir l’air ridicule. Du coup, sans le savoir, il accepte un rendez-vous avec cette jeune femme qu’il n’honorera pas. Du coup, cela va avoir des conséquences étonnantes et entraîner toute une série d’évènements qui va peu à peu le dépasser. La jeune étudiante va exercer une pression sur lui, contre son gré.

David Lodge

David va nous partager cette « aventure », parallèlement, il va analyser sa vie de couple avec sa femme plus jeune que lui et encore en activité, passionnée par son magasin de décoration. Desmond a aussi son père, qui vieillit et qui se trouve de plus en plus souvent en difficulté. Il essaie, comme il peut, de s’occuper de lui.
David Lodge nous entraîne dans des mondes relationnels très différents. Et on le suit avec bonheur, même si la situation n’est pas toujours drôle, il y met toujours beaucoup d’humour, souvent caustique.
Cette fois-ci, le lecteur entre dans l’intimité de l’auteur, avec ses souvenirs, ses craintes, ses interrogations, son passé et son avenir. Et toujours avec dérision qui masque la grande gravité de David Lodge. A la fin du livre, il raconte sa visite à Auschwitz, avec une extrême profondeur, une grande intimité. Nous, lecteurs, comprenons que sa vie va en être totalement bouleversée.

Entre la thèse de l’étudiante qui porte sur le suicide, la maladie de son père, le camp d’Auschwitz, la mort côtoie de très près la vie de David Lodge, et par là-même, la nôtre.

Un Professeur d’Université, à la fin de sa carrière, doit être très perturbé et a besoin d’un certain temps pour accepter sa retraite. Après avoir été un « Dieu » sur le campus, il se retrouve seul face à lui-même, et ceci est accentué par sa surdité. Le voilà isolé du Monde, comme « emmuré ».
C’est à la dernière page que l’auteur nous livre le côté autobiographique de son roman, aussi bien pour sa surdité, que pour la maladie de son père.

Un très beau livre, très émouvant, avec des passages qui restent très comiques, malgré le fond sévère ou plutôt sérieux, grave, et même philosophique.

Extraits :
« Prenez Oedipe, par exemple : imaginez qu’au lieu de s’arracher les yeux il se soit crevé les tympans. C’aurait été plus logique, en fait, puisque c’est par les oreilles qu’il a appris l’atroce vérité quant à son passé, mais cela n’aurait pas eu le même effet cathartique. Cela pourrait susciter de la pitié, peut-être, mais pas de la terreur. »

« La cécité est une affliction plus grande que la surdité. Si j’avais à choisir entre les deux, je choisirais la surdité, je l’admets. Mais ces deux infirmités sensorielles n’ont pas entre elles que des différences de degré. Culturellement, symboliquement, elles sont antithétiques. Le tragique par opposition au comique. Le poétique par opposition au prosaïque. Le sublime par opposition au ridicule. »

- Bénédicte -


Commentaires (3)

Trackback URL | Flux RSS des commentaires

  1. avatar Amaury dit :

    « Quel désastre ce serait si tout le monde avait accès aux journaux intimes de chacun ! » dixit David Lodge…alors plongez dans ses livres, c’est à chaque fois un régal et thanks Béné pour cet article exhaustif.

  2. avatar C. dit :

    Vais essayer de m’y atteler alors, puisque ça vaut le détour ! Surtout que quelqu’un vient juste de me le prêter… ça tombe bien !

  3. avatar Benedicte dit :

    Merci Amaury ! Ta citation est très à-propos ! Toujours cet humour très english !
    Et Ced, si tu as eu cette chance, alors, tu te prépares quelques bonnes veillées…Excellent pour les insomnies :)

Laisser un commentaire




Si vous voulez montrer une photo avec votre commentaire, aller chercher Gravatar.