La vie est un songe de Pedro Calderon
Qu’est-ce que la vie ? Un délire ? Une illusion ? Une ombre ? Une fiction ? et pour interroger cette quête existentielle sous forme d’un songe des mille et une nuits, ce n’est pas une mais trois folles journées qu’il faut à Pedro Calderón pour nouer et dénouer les fils de l’intrigue qui s’entremêlent dans ce conte onirique et expérimental.
Les astres ayant prédit que son enfant deviendrait un tyran cruel, Basyle, roi imaginaire de Pologne, a fait élever son fils Sigismond dans une prison, sans lui révéler sa véritable identité. Sentant venir la mort, le roi décide de mettre son fils à l’épreuve. Sigismond drogué est introduit au palais. Á son réveil, on lui révèle ses origines. Le prince manifeste alors des instincts violents et destructeurs ; il agresse le noble Astolfo, tente de violer la belle Rosaura et de tuer Clotaldo venu la défendre. À nouveau drogué, Sigismond est reconduit dans son cachot, où on lui raconte que les incidents du palais n’étaient que des rêves…
Outre les ambiguïtés de la relation père-fils, l’auteur dénonce la parole manipulatrice qui vise à maintenir l’homme hors de la réalité pour mieux anesthésier sa capacité à être et sa liberté d’action.
À partir de cette trame narrative, le conteur oscille entre rêve et réalité propice à des effets de contraste, de démesure lyrique où folies meurtrières et rêves démoniaques cohabitent pour mieux questionner cette folle histoire de destinée et de pouvoir dans une langue pleine de résonance et de véhémence.
Pour adapter cette pièce, le metteur en scène, William Mesguich, qui joue aussi Sigismond, restitue avec emphase un univers maléfique et facétieux où l’enfermement tant physique que psychologique sont les éléments constitutifs du spectacle.
Sigismond est représenté dans une cage en plexiglas, en habit de marin, masque blanc et larmes de sang, tel un enfant modèle qui n’ayant pas grandi dissimule sa détresse derrière une innocence feinte et une ambivalence.
On regrettera que des effets scéniques trop démonstratifs, voire folkloriques, alourdissent le propos (bande son, vidéo), tout comme les intermèdes rock inutiles à chaque changement de décor et desservent parfois le texte de sa portée en déconcentrant par ces artifices l’attention du spectateur.
Si une volonté de modernisation dans la scénographie est tout à fait louable et audacieuse, encore faut-il qu’elle ne soit pas dénuée de sens et qu’elle participe à une cohérence générale.
Du coté des acteurs, Alain Carbonnel (Clairon) est à la peine avec un jeu trop appuyé sur la dérision mais Zbigniew Horoks (Basyle) est convaincant en père et monarque accablés alors que Sophie Carrier en Rosaura offre une présence rebelle solaire et captivante.
Quant à William Mesguich (Sigismond), il est troublant dans sa dualité entre anéantissement et fureur de vivre.
Et puis toujours et encore, le texte sublime de Calderón avec cette envolée métaphysique qui explore avec force la métaphore du destin et son impossible contrôle.
C’est là la version moderne et visionnaire qu’il faut écouter car elle fait pleinement écho à notre société actuelle où la volonté abracadabrantesque de maîtriser le risque zéro est devenue une obsession.
Et retenir aussi que « le rêve n’est pas rien, chacun rêve qui il est »…

www.theatre13.com
© Philippe Chardon
jusqu’au 14 février 2010
Loc 01 45 88 62 22




Impressionnée par la critique dans Télérama j’y suis allée: consternation. J’aurais dû être alertée par les réserves d’Amaury. Moi, je serais beaucoup plus sévère que lui. Je trouve la mise en scène prétentieuse et toc,les costumes franchement laids, ne me dites dites pas que ce côté déjanté fait moderne. Les acteurs se défendent pas mal. Dommage, surtout pour Caldéron et cette merveilleuse pièce…
On peut dire qu’il y a de quoi resté sceptique apparemment ! J’aime bien ton commentaire Annie :-)
Toujours intéressant à lire !
comment s’appelle le clown que l’on voit dans la pièce? Il est sur scène dès l’ouverture du rideau!
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cafe santo domingo…
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