La vie va où ?…de et par Michèle Guigon
L’entrée en scène de Michèle Guigon n’est pas banale. A l’instar d’une échappée belle, elle jaillit d’un passage étroit entre le rideau et nous éclaire immédiatement de son regard espiègle et plein d’humanité. Elle nous questionne à l’envi avec un brin d’accent alsacien : « Combien peut valoir la lettre k au Scrabble finlandais ? Si l’être humain veut toujours du nouveau, pourquoi a-t’il si peur du changement ? Pourquoi c’est quand il est vide que le coeur est lourd ? ».
Et la comédienne annonce la traversée épique : « Ben oui, on va parler de la vie, de la mort, de la vieillesse, de la maladie, on va se marrer ! ».
Elle raconte une vie, des épreuves et passe de l’intime à la quête existentielle qui touche à l’universel avec justesse et drôlerie, humilité et vérité poignante. S’enchaînent les souvenirs d’enfance en Alsace et son premier pied de nez à la mort (trop drôle), le théâtre à la place du bac, le temps qui passe avec l’oubli des noms propres, les verres progressifs et leurs sarcasmes impossibles, les pertes en tout genre (illusions, parents, amis, dents) à chaque décennie, et le cancer qui vous oblige à être en bonne santé.
Et comme elle le rappelle dans une métaphore aussi efficace qu’humoristique, c’est toujours la chute de l’histoire qui importe. Elle tire du coup du sort de la maladie, en gardant la bonne distance et une ironie tendre à toute épreuve, l’élan de vie salvateur et rend communicative son sens fédérateur, assorti de la nécessité d’apprendre à perdre pour mieux renaître dans sa condition d’être.
La mise en scène très fluide et sobre de Anne Artigau s’appuie sur un jeu de lumière poétique de Marie Vincent où les ombres de l’actrice se chargent de lumière ainsi que sur des intermèdes musicaux chantés et joués à l’accordéon par la protagoniste, qui viennent illustrer d’un souffle enjôleur ce voyage intérieur et salutaire.
Ce spectacle vivant au texte ciselé (coécrit avec Susy Firth) est d’une osmose parfaite entre sa pudeur, sa parole, son jeu, son rire, et son énergie, une ode où la vie va…à l’harmonie…
-Amaury Jacquet-
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 14 novembre 2010, 18h30
Loc : 01 44 95 98 21





