L'Aigle sans orteils de Lax (Aire Libre/Dupuis)
L’aigle sans orteils est une BD – ou roman graphique – de Lax (aussi connu sous le nom de Christian x, ou Christian Lacroix). Sa BD « fétiche » pour être exact puisque c’est elle qui constitue aujourd’hui sa plus grande réussite. Celle d’avoir rencontré un large public et d’avoir obtenu des prix, certes. Mais ce one-shot de 78 pages signe également une réussite qualitative incontestable. L’auteur a toujours été passionné par le monde du cyclisme et souhaitait partager sa passion. Il a choisi de le faire en racontant les exploits des pionniers du tour de France au début des années 1900.
Très documenté, il nous fait découvrir un tour de France loin de ceux que l’on connait aujourd’hui. Des passages anti-fraude où les cyclistes doivent pointer aux parcours éloignés des sentiers battus (attention aux accidents!), le lecteur apprécie la multitude de détails qui ponctuent l’aventure ( autre exemple : le fameux boyau enroulé autour des épaules ne quittait pas les coureurs cyclistes.) .
Le récit comme la narration sont très bien jaugés. Lax parvient à créer une atmosphère authentique avec un minimum d’artifices. L’histoire se concentre sur un homme et adopte son point de vue. Cette ambiance intimiste et minimale n’est d’ailleurs pas sans rappeler Jiro Taniguchi, dont vous pouvez retrouver nombre de chroniques sur Publik’Art (en utilisant la barre de recherche située sur notre page d’accueil). D’autant plus que la BD n’est pas centrée sur le monde du cyclisme. On peut y voir en effet deux parties, dont la première a trait à l’alpinisme. Une discipline bien connue de Taniguchi (Le Sommet des Dieux...).
Mais peu important la mesure de votre intérêt pour le cyclisme ou encore pour l’alpinisme (je suis moi-même profane en ces domaines). Ce qu’il faut entendre, c’est l’aventure d’hier proposée dans son dépaysement le plus originel et la pudeur d’un scénario qui touche son lecteur. Car, même si ce dernier s’interrompt plutôt brusquement, il reste d’une grande qualité.
S’agissant du dessin, enfin, le trait est fin et expressif sans être d’une grande précision. Une liberté qui renforce là aussi l’alchimie du récit, dégageant parfois des planches un aspect vieillot, comme ces vieilles BD que l’on retrouve encore dans nos greniers. La technique utilisée par Lax est pourtant assez méticuleuse puisque pour chaque ambiance souhaitée (nuit, montagne, ville, soir…), le papier utilisé pour dessiner était de couleur différente (voir Interview vidéo ici). Il donnait ainsi une couleur de fond générale à sa planche (jaune, bleu…).
A la lecture d’une telle BD, d’aucuns ne pourront contester sa grande qualité. Et tout le monde devrait s’y intéresser quelque soit ses a priori ou ses domaines de prédilection. Ceci dit, après avoir découvert qui est L’aigle sans orteils, le lecteur devra s’attendre à une légère insatisfaction finale…
- E. -
Categorie: BD, Neuvième Art











