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L’amie ou des journiées entières avec Marguerite Duras de Michèle Manceaux

[ 5 ] 18/03/2010 |

« Il y a une grande intimité entre la vie et la grande création » disait Marguerite Duras à son amie Michèle Manceaux, qui livre dans un récit profond l’amitié qui la lia à l’écrivain.

La pièce est l’adaptation par Philippe Honoré de cette histoire de coeur qui retrace avec une justesse et une pudeur infinies, le parcours subjectif des deux femmes, toujours en danger de vivre, qui évoluent à la fois ensemble où à coté l’une de l’autre.

A travers des scènes courtes se succèdent des instantanés de vie où Manceaux en parlant d’elle-même évoque intensément Duras.
Quand elle la cite au gré des souvenirs figés dans sa mémoire, elle nous plonge au coeur du destin et de la pensée de l’écrivain : l’enfance et son empreinte indélébile, l’écriture et sa souffrance, la condition d’auteur et sa solitude, la création et son inspiration, l’amour et la passion, sa seule raison.

Elle dit que « Lorsque on est doué pour quelque chose (l’écriture…), on est doué pour tout » : la musique, les confitures, les soupes. Elle m’indique les ingrédients de la vichyssoise : « A la fin, tu haches la ciboulette et là, tu tiens ton triomphe » .
Et en touchant à l’intime et au quotidien, elle fait entendre admirablement la voix universelle de Duras.
Nathalie Grauwin, dans une interprétation sensible, émotionnelle et subtile, en livre chaque nuance où elle est tour à tour Duras et Manceaux.

S’esquisse alors pour Marguerite une femme visionnaire profondément marquée par son enfance, curieuse de tout et vulnérable, mais aussi dévoratrice, inaccessible et définitive.
Quant à Michèle, elle est pleine d’attendrissement, d’admiration, de rivalité impossible et d’interrogations vis-à-vis de son amie.

La mise en scène limpide, à l’instar de la mémoire évocatrice, s’adapte au rythme du texte émouvant et drôle où les déplacements de la comédienne, entre ombre et lumière, focalisent les différentes humeurs de la narratrice.
Et sous les traits des deux héroïnes, elle occupe judicieusement l’espace dans une transposition distanciée ou au contraire en prise directe avec le public qu’elle interpelle comme témoin de cette déclaration d’amitié.

La force de ce spectacle réside dans l’osmose parfaite entre le jeu de Nathalie Grauwin et le texte où la transmission de l’émotion par le verbe, la voix, le corps, est porteuse du lien intemporel et fébrile qui reliait les deux femmes envers et contre tout…

www.essaion-theatre.com

Loc 01 42 78 46 42

-Amaury Jacquet-


Commentaires (5)

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  1. avatar Benedicte dit :

    Dommage que je n’habite pas Paris. Tous les spectacles que tu voies et dont tu nous fais partager tes émotions, me tentent tellement ! J’aime beaucoup Marguerite Duras.

  2. avatar Amaury dit :

    Je suis aussi un inconditionnel de Duras et de sa fameuse petite musique…j’espère te voir un jour à Paris !

  3. avatar Benedicte dit :

    Qui sait ?
    ce sera sans doute possible :)
    Avec un beau spectacle à la clé !

  4. avatar Amaury dit :

    Assurément…à tes marques !

  5. avatar Annie Bessières dit :

    Très émouvant et joyeux ce moment passé en compagnie de Duras et de son amie… comme si on y était

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