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Le Cas de la famille Coleman : pièce de Claudio Tolcachir, à Combs-la-Ville

[ 0 ] 26/01/2012 |

Scène nationale de Sénart
le 27/03/ à 20h30 et le  au 28/03/2012 à 19h30

La Coupole
Rue Jean-François Millet BP 107
77 385 Combs-La-Ville

Spectacle né de la scène alternative de Buenos Aires, où il a été créé en 2005, « Le cas de la famille Coleman » poursuit son aventure française.

Auteur et metteur en scène, Claudio Tolcachir nous plonge dans l’intimité déjantée d’un appartement où vivent sous le même toit, dans le dénuement et la précarité, une grand-mère, sa fille et ses trois petits-enfants.

L’une des petites filles, Verónica, est la seule à avoir échappé au clan car élevée dès l’âge de un an par son père.

Mariée, mère de deux enfants, à l’aise financièrement, elle est de passage auprès des siens ce qui la replonge dans le contexte ravageur de la tribu où elle se sent prisonnière car coupable de sa réussite vis à vis d’eux.

Dans cette famille matriarcale, les rôles sont inversés où la mère est une enfant, les filles sont des mères et les garçons des paumés accentuant le lien de dépendance.

Au fil du temps, ces êtres immatures ont noué des relations fortes, puériles, imprévisibles où l’affrontement est devenu le seul moyen de communiquer. Coupés du monde, ils partagent leur solitude entre eux, condamnés à se supporter où l’absence de repères, de père, d’argent, de reconnaissance sociale les immobilisent et les étouffent.

Et comment exprimer son individualité lorsqu’on est prisonnier du microcosme familial et social ?

L’auteur metteur en scène braque son regard intransigeant et transgressif sur cette emprise castratrice et la difficulté à s’en extraire. En s’attachant à démasquer les non dits et comment l’instinct de survie et l’égoïsme sont souvent indissociables, la compagnie 4 nous immerge au coeur de ces tensions cruelles et désopilantes avec une grande proximité qui en souligne l’affectation.

Dans un dispositif scénique réaliste qui s’ouvre directement sur l’appartement, les costumes, le mobilier de bric  & de broc et son désordre racontent cette famille. Le jeu des acteurs, excellent, est rythmée et ancré dans la quotidienneté bien qu’en permanence au bord de l’absurde.

Le public est un observateur privilégié de la mise en abîme qui se joue où le tragique s’apparente au loufoque car éprouvé le plus naturellement du monde par ses protagonistes qui, dans son paroxysme, en provoque le rire.

L’équilibre fragile sur lequel s’est fondé le vécu des personnages malmenés par l’existence s’effondre le jour où la grand-mère, pilier de la maison, est hospitalisée.

Les scènes dans l’hôpital sont cocasses où le règlement intérieur est chahuté, transformé, modifié par la famille Coleman et son appropriation dévastatrice.

Puis la grand-mère va disparaître et les zones d’ombre, les rivalités, les rancœurs resurgir entre les membres. Ils se retrouvent alors confrontés à leurs propres impasses intimes, obligés de choisir entre le clan et la survie.

En s’appuyant sur un travail de caractérisation au plus près de l’univers de chaque personnage et sur des acteurs débordant d’énergie, le jeune prodige argentin Claudio Tolcachir donne corps et vie à cette comédie borderline à la fois tendre et violente.

Avec une liberté de ton et un anticonformisme, il offre une vision exploratrice et brute de la cellule familiale dont il scrute avec réalisme les omissions qui la fondent jusqu’à sa dislocation et nous rappelle que la vie n’est pas un long fleuve tranquille…

-Amaury Jacquet-

 


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