Le chien, la nuit et le couteau, une pièce de Marius von Mayenburg, à Paris
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai 2011
« Le chien, la nuit et le couteau » est une fable cauchemardesque aux airs kafkaïens de Marius von Mayenburg à l’affiche également avec Le Moche chroniquée sur ces pages. Elle nous entraîne dans le sillage d’un personnage déphasé, perdu dans une ville nocturne aux prises avec ses peurs originelles et son instinct de survie : implacablement humain.
Le plateau, plongé dans l’obscurité, fait naître une nuit profonde où se consume la noirceur du jour et se charge de mystères comme d’épisodes fantasmatiques. M erre dans une ville anonyme et étrange. Il ne sait pas comment il est arrivé là. Aucun signe de vie en apparence et soudainement des personnages qui surgissent de nulle part plus inquiétants les uns que les autres. Un homme avec un chien armé d’un couteau qui brille sous un réverbère, des femmes à la séduction dévoreuse, un prisonnier, un médecin diabolique, croisent l’errance surréaliste du protagoniste. Car, dans cette nuit oppressante, c’est la loi cannibale de la jungle qui prévaut : manger ou être mangé.
Mais qui dévore qui ? Mayenburg brouilles les cartes dans un espace temps reconsidéré et prédateur. Les loups mangent-ils les hommes ou les hommes mangent-ils les loups ? L’homme n’est-il pas un loup pour l’homme ?.
Et le personnage sous des traits hagards résiste à son environnement hostile où face aux situations inextricables et ubuesques, il se défend en tuant un à un ses adversaires dans une réalité confuse jusqu’à ce qu’une femme amoureuse le sauve de ce cauchemar et l’emmène vers la lumière.
M, qui nous rappelle le protagoniste du Procès de Kafka, K, cristallise des situations désarmantes, oniriques, mystérieuse et improbables. Elles offrent un matériau théâtral propice à la représentation que s’empare judicieusement Jacques Osinski par une mise en scène fluide et rythmée en s’appuyant à la fois sur le jeu investi des acteurs, une scénographie imagée, une écriture dense, magnifique animée de figures troubles.
La pièce renvoi à une parabole d’une société absurde avec des individus paumés en quête d’eux mêmes mais qui ne sont pas désespérés où derrière le monstre pointe une humanité et une tendresse.
Denis Lavant (M) excelle dans sa course fataliste et terriblement humaine portée par une présence aérienne, magnétisante, suspendue comme dans une autre dimension et si naturellement prégnante. Les deux autres comédiens (Frédéric Cherboeuf & Grétel Delattre) endossent avec intensité plusieurs rôles à l’ambivalence marquée où les personnages masculins ont une virilité inquiétante et les femmes une douceur ambiguë.
Au travers cet univers du conte initiatique et déconstruit propre au dramaturge allemand (auteur associé de Thomas Ostermeir à la Schaubühne) se remémore sur un ton singulier et aux lisières du fantastique, la terreur de l’enfance confrontée à la peur du noir et à celle de l’abandon.
Un rêve halluciné qui pose sur le monde un regard incisif et décalé…
Le Chien, la Nuit et le Couteau par WebTV_du_Rond-Point
-Amaury Jacquet-
Categorie: Spectacles/Théâtre










voici ma petite critique de la pièce: http://medeeaimelabd.wordpress.com/2011/05/04/le-chien-la-nuit-et-le-couteau/