Le Fils de Jon Fosse mise en scène par Jacques Lassalle, à Paris

Théâtre de la Madeleine jusqu’au 15 juillet 2012
19, rue de Surène, 75008 Paris
L’intime, le secret, l’insoluble sont au coeur de cette pièce troublante et déchirante. Une écriture minimaliste faite de répétitions, de variations, de phrases interrompues où les silence et les non-dits sont plus importants que les mots signifiés. Dans ce théâtre introspectif et de l’indicible au bord du vide, Michel Aumont, Catherine Hiegel, Jean-Marc Stehlé et Stanislas Roquette habitent virtuosement cette vérité humaine désarmée et à jamais empêchée.
Contrairement aux opus plus récents Rêve d’automne, Je suis le vent mis en scène par Patrice Chéreau que nous avions chroniqués sur Publik’Art où les situations et les personnages se désagrègent derrière le texte, le Fils, qui appartient à la première période du dramaturge Jon Fosse, obéit encore à un récit et à une chronologie.
© Dunnera Meas
Un couple solitaire vit dans un petit village de Norvège peu à peu gagné par l’obscurité et déserté par ses habitants. Il se terre là, se morfond dans une quotidienneté morne et se lamente de cet état d’anéantissement en attendant, dans l’espoir et la crainte, le retour improbable de leur fils parti il y a six mois sans donner de nouvelles. Leur unique voisin, alcoolique, prétend qu’il est allé en prison. Dit-il la vérité ? Ou s’est-il réfugié dans la musique comme il le dit une fois revenu avant de repartir ?.
Jacques Lassalle décide d’ancrer sa mise en scène dans un réalisme pour mieux en prendre le contre pied et faire émerger le trouble énigmatique des personnages et des situations.
© Dunnera Meas
Il s’appuie sur un décor (Jean-Marc Stehlé – Catherine Rankl) au mobilier rustique avec en fond de plateau un paysage peint sur une immense toile qui dévoile de mystérieuses falaises sous un ciel d’encre entourant un lac, le tout baigné d’une lumière ténébreuse de Franck Thévenon. Où s’explore l’impossible rencontre entre les protagonistes, incapables de dire leur ressenti et d’exprimer leur amour.
Prisonniers d’une barrière insurmontable qui les prive de gestes d’affection, la parole étouffée cristallise l’incommutabilité, l’impossible transmission parents/enfants, le renoncement, et alimente le drame qui se joue, vecteur d’une impuissance existentielle.
Une tension enveloppe l’espace et les personnages suspendus à un ailleurs qui n’advient pas.
Dans cette mise en abîme ponctuée d’une musique lancinante où la mort rode, le déplacement des corps et l’expression des visages impriment l’empêchement extrême de ceux qui désirent tant mais qui ne savent pas aimer.
Le duo Michel Aumont – Catherine Hiegel fonctionne à merveille dans sa complicité conjugale d’une infinie tendresse et son immaturité parentale. Jean-Marc Stehlé qui incarne l’oiseau de mauvaise augure, est impressionnant de danger et de roublardise. Tandis que Stanislas Roquette interprète avec une belle présence le fils inhibé et impétueux.
Un regard singulier et fébrile qui renvoie aux tréfonds de l’être…
-Amaury Jacquet-

Categorie: Spectacles/Théâtre





