Le Refuge de François Ozon
François Ozon à la filmographie personnelle et inattendue aime prendre à contre pied les représentations schématiques du couple, de la famille, de la mort et en livrer une version ambiguë dénuée de tout jugement moral.
A la fois drame moderne et fable universelle sur la quête identitaire touchant tant à la maternité qu’au deuil, « Le Refuge » interroge le parcours initiatique de son héroïne enceinte dont l’évènement « heureux » est marqué du sceau de la mort suite au décès du futur père par overdose.
Passées les vingt premières minutes de reconnaissance des amoureux maudits (Mousse et Louis) qui sont dénuées de toute implication émotionnelle, l’intrigue se concentre sur Mousse et son état de grossesse pour donner alors tout son sens et son inspiration à une introspection mutine, dérangeante, et forte.
Face à la perte de son amant, Mousse (Isabelle Carré) se retire dans une maison au bord de l’océan où le jeune frère homosexuel de Louis, Paul (Louis-Ronan Choisy) la rejoint.
La caméra du cinéaste réussit sobrement à rendre, avec des images très frontales d’une proximité singulière et sans que les acteurs aient à forcer leur jeu, la réalité instinctive de leurs émotions.
Isabelle Carré est proprement troublante dans son interprétation ambivalente entre posture apaisante et terrifiante de la femme enceinte. Elle exprime tour à tour l’appréhension entre un passé tragique où elle tait sa souffrance ainsi qu’un avenir incertain où la descendance renvoie à un fantôme d’amour et l’épanouissement possible d’un recommencement vierge de toute influence.
Elle livre là une grande performance d’actrice jusqu’à apparaître à l’écran dans sa physionomie même différente.
Le beau frère ingénu incarné par Louis-Ronan Choisy apporte beaucoup de douceur et de tempérance au climat tendu du film assorti du timbre musical de sa voix qui n’est pas sans rappeler l’ambiance des films de la nouvelle vague. Il est ce personnage attachant qui au contact de l’amie de son frère se questionne sur sa propre identité et sa sexualité et illustre la métaphore du transfert et du double.
La fluidité des dialogues minimalistes permet à la caméra de s’attarder sur les mouvements des protagonistes, leurs hésitations, leurs ambiguïtés, leurs attentes, leurs désirs, et de souligner, entre oppression et détachement, la mise en scène particulièrement sensorielle.
Ce film lumineux par sa forme et sombre par sa profondeur est à l’image de son réalisateur : imprévisible et sensible…
-Amaury Jacquet-
Sortie en salles le 27/01/2010






Mousse va vers la lumière, c’est son cheminement, sa survie, mais elle reste duale, fragile et cette ambiguïté là (où elle passe d’un état d’apaisement à une révolte intérieure) est très bien montrée. C’est vrai, les rôles s’inversent où les deux protagonistes dans leur quête mutuelle se complètent et se passent le relais. Je suis content que tu aies vu ce film, c’est un film auquel on pense encore après sa projection, il faut pouvoir le questionner…
Oui, tu as raison.
C’est un film qui se médite.
Sais-tu qu’Isabelle Carré, après ce film et son accouchement, a été très rapidement de nouveau enceinte, pour vivre sereinement cette nouvelle grossesse !
C’est un film qui a dû la perturber en profondeur, comme nous d’ailleurs.
Mais je suis très contente d’avoir vu ce film. Grâce à toi !