Le repas des fauves d’après l’oeuvre de Vahé Katcha, adaptée et mise en scène de Julien Sibre, à Paris
Théâtre Michel 38, rue des Mathurins
75008 PARIS
Le repas des fauves qui a triomphé au Théâtre Michel, récompensé par trois molières en 2011 (meilleur spectacle du théâtre privé – meilleure mise en scène – meilleure adaptation) revient sur les planches. Cette pièce grinçante, adaptée de l’oeuvre de Vahé Katcha, met à mal un cercle d’amis aux prises avec sa vilenie et son instinct de survie : efficace et terriblement humain.
Dans un appartement bourgeois, sous l’occupation allemande, sept convives sont réunis pour une soirée d’anniversaire. Il y a Sophie, femme candide, la maitresse de maison toute affairée à sa soirée et dévouée à son mari Victor, libraire, comme à ses invités. Pierre, militaire désabusé, devenu aveugle suite à une blessure de guerre, Jean-Paul, le docteur pour qui Pétain est un modèle, Vincent, dandy homosexuel et professeur de philosophie éclairé, Françoise, la résistante, dont le mari est prisonnier, et l’oncle jovial de Sophie, André, affairiste collabo sans foi ni loi qui, grâce au marché noir, régale et impressionne la joyeuse galerie.
La fête bat son plein lorsque soudain au pied de l’immeuble deux officiers allemands tombent sous les balles, rappelant aux fêtards une réalité esquivée. Par représailles, la Gestapo investit alors l’édifice et décide de prendre deux otages par appartement. Or, le Commandant Kaubach qui reconnaît en la personne du propriétaire des lieux, son libraire habituel, decide, dans un geste amcial mais aussi pervers dont il se délecte sournoisement, de laisser aux invités la liberté de choisir eux-mêmes les deux protagonistes.
Dans un premier temps solidaire, le groupe va rapidement exploser et révéler, sous l’emprise de la peur, la vraie nature de chacun. De règlements de comptes en compromissions les plus basses, de lâcheté en comportements égoïstes et cyniques, de coups bas en mensonges pathétiques, tous les personnages se montrent capables du pire pour échapper à la vindicte, le tout dans une narration bien construite et un suspens savamment entretenu jusqu’à l’épilogue final.
Cette toute la comédie humaine avec ses turpitudes et sa noirceur, campée par des personnages très caractérisés, qui nous est donnée à voir assurant une identification parfaite des situations. Portée par un humour féroce et dévastateur, on rit comme un expiatoire à cette médiocrité morale, redoutablement ordinaire.
La mise en scène rythmée et cinématographique de Julien Sibre est une réussite. Elle restitue la tension dramatique et ambigüe qui se joue tant à l’intérieur de l’appartement qu’à l’extérieur. En projetant un film d’animation en noir en blanc au graphisme percutant, sur un écran en fond de scène, se représente visuellement la patrouilles des officiers dans l’immeuble, les bombardements, l’attentat contre les nazis, chargeant l’ambiance d’un univers cauchemardesque.
Les comédiens, dans un jeu très équilibré et une belle énergie, sont à l’unisson pour ce huis-clos sans concession qui nous renvoie à cette question tourmentée : qu’aurions nous fait à leur place ? et dont chaque spectateur emporte avec lui son intime réponse…
-Amaury Jacquet-
Categorie: Spectacles/Théâtre











Très bel article qui analyse parfaitement cette piece avec une conclusion hautement et intimement philosophique…