Le Solitaire d’Eugène Ionesco
Jean-Louis Martinelli, directeur du théâtre de Nanterre-Amandiers, met en scène magistralement le seul roman d’Eugène Ionesco, le Solitaire (livre de chevet de Michel Houellebecq), interprété par François Marthouret. Une traversée existentielle amusée et dense, en cinq mouvements, cinq parties, cinq couleurs, qui interroge le destin d’un homme et nous plonge au coeur de sa vie : un vide crépusculaire.
Il est temps de se retirer de la vie, pense le personnage du Solitaire. Ce modeste employé fait un héritage qui lui donne la possibilité de ne plus travailler. « Il ne lui reste plus désormais qu’à essayer de goûter la vie, c’est-à-dire, pour lui, de faire l’apprentissage de la mort. » Il achète un appartement et déjeune tous les jours au même restaurant. Son observation angoissée et quotidienne du monde le conduit alors à s’étonner de l’agitation de ses contemporains et de leur nécessité à avoir des sentiments, des opinions et des combats car « Rien n’est grave puisque tout passe ou plutôt s’éloigne » assène t-il.
Et cet homme qui se livre dans la solitude de sa chambre à des imprécations métaphysiques sur l’incompréhension de l’univers se part d’une dimension mystique où son renoncement à la vie est l’expression même d’un signe incantatoire et miraculeux de vouloir y croire encore. « Il me semblait que quelque chose bougeait en moi… l’envie de bouger… peut-être que des choses étaient encore possibles. »
La lumière et sa métaphore font partie intégrante de cette adaptation où le metteur en scène Jean-Louis Martinelli et son éclairagiste Jean-Marc Skatchko l’utilisent pour séquencer les états d’âme de cet anti-héros inadapté, méditatif et intranquille. Un halo tantôt jaune, vert, rouge, bleu et blanc irradie une fenêtre vide et installe sur le plateau une impression irréelle à l’instar de la conscience et de ses divagations, porteuses de fulgurances ou de non sens.
Dans un décor monacal qui reconstitue une chambre, François Marthouret, avec son timbre suave à la diction ultraprécise, s’approprie la langue du poète et sa solitude mise en abîme dans un jeu juste et distancié où entre effroi, sursauts de colère, d’humanité, d’ironie mordante, il est cet émouvant nihiliste candide…
-Amaury Jacquet-
Théâtre de la Madeleine jusqu’au 31 juillet 2010
loc : 01 42 65 07 09 ou 0 892 68 36 22






Ah si je n’étais pas bloquée dans mon patelin Lot-et-Garonnais, j’irai volontiers voir la pièce !
Merci Amaury, comme toujours un style si agréable à la lecture. J’apprends par la même occasion que Ionesco a écrit un roman =)
Thanks pour ces lignes, oui ce roman qui est une exception dans l’oeuvre d’Ionesco est passionnant, il parle de lui plus que toutes ses autres oeuvres en pointant son rapport au monde, curieux, ironique, angoissé, intelligent, naïf, et ses liens aux autres. Je t’en recommande la lecture à défaut de pouvoir venir voir le spectacle ;-)