Les Amants Du Pont-Neuf, un film de Leos Carax

[ 0 ] 09/07/2012 |

 

Alors que la critique encense Holy Motors, revenons sur le film qui marqua si durablement la vie cinématographique de Leos Carax, Les amants du Pont-Neuf.

Un grand film romantique, pour sûr. Leos Carax, poète maudit, cultive son spleen et met en scène deux corps qu’il ne ménage pas, ceux de Denis Lavant (quel acteur !) et Juliette Binoche. L’univers est celui des sans-logis ; l’espace, principalement le Pont-Neuf et les couloirs du métro ; le temps, quelques instants avant, pendant et après la célébration du bicentenaire de la Révolution française.

Certes le film possède un fort volet social puisque le réalisateur montre sans fard, sans esthétique, le monde des sans-abris, celui de l’alcool, de la violence et du désespoir amoureux. Ce climat social est un point de départ, une chambre de résonnance aux sentiments amoureux de nos protagonistes qui bien vite deviendront nos Roméo et Juliette. Leos Carax se plait en effet à distiller quelques références romantiques. La contemplation éperdument mélancolique du sentiment amoureux, bref la mièvrerie de Carax est tout à fait sauvée par sa poésie. La caméra et la musique virevoltent, toutes deux en parfaite empathie avec Alex et Michèle. Deux scènes subliment particulièrement le trop-plein amoureux, le besoin irrépressible de courir, danser, bouger dans tous les sens : lors de la commémoration du bicentenaire de la Révolution, Paris s’illumine sous les feux d’artifices et la musique envahit la ville. Bien que limités au Pont-Neuf, les amoureux y courent, se pourchassent, accèdent à toute la musique se jouant en ville (la bande sonore est en mode jukebox), ils mettent Paris à leur pieds et s’embrasent. La seconde se déroule au bord de l’océan : les amoureux courent encore, cette fois ce sont des ombres en contre-jour qui s’unissent, l’ahurissement devant l’image habituellement vulgaire de l’érection masculine se transforme en un merveilleux élément de complicité naïve.

Les amants du Pont-Neuf rechigne à se laisser résumer et c’est tant mieux. Nous y retrouvons de la veine d’A bout de souffle. Carax, admirateur de Godard, reprend un peu de son propos. Le disciple s’intéresse aussi aux difficultés de la relation amoureuse, le courage qu’il faut pour accepter ce sentiment. L’amour est ici torturé, unissant des âmes en peine. Nous regrettons quelques peu une vision réductrice car s’il est un besoin universel, c’est bien celui d’aimer comme d’être aimé. Il ne peut se résumer en une instance passionnellement tourmentée et violente. L’amour est à ce point déifié et extrême qu’il guérit ou il tue. Carax prend le Pont-Neuf pour analogie de la relation entre Alex et Michèle. Celui s’affaisse sous son propre poids et réclame d’être consolidé, rebâti. Les deux personnages dorment et boivent sur un pont jonché d’échafaudages. Ils devront l’un et l’autre débloquer leurs nœuds respectifs pour accéder à un amour serein. Michèle refuse son passé, se voile les yeux au point d’en perdre la vue. Alex tient beaucoup de l’enfant, encore sous l’emprise de la figure paternelle (merveilleuse interprétation de Klaus Michael Grüber), les insomnies de solitude le guettent, seule une drogue lui permet de dormir.

Les amants du Pont-Neuf est un hymne à l’amour. Leos Carax amoureux de ce sentiment plus que de ses personnages crée le clivage parmi les spectateurs tant il navigue en digressions contemplatives. L’amour est ici un objet étrange, insaisissable mais seul véritable salut. Le pont, décor théâtral qui isole ses personnages, sera le lien entre deux rives et deux êtres.

L’amour unie deux folies. Voilà en substance ce que nous retiendrons du film.

Maxime Antony


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Categorie: Cinéma, Critiques Films

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